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La valse des crooners
Ainsi donc la valse continue. Sera-t-elle à trois, à quatre ou à mille temps ? Réca-pitulons : au premier temps de la valse, Anil tout seul, le haïssait déjà. Au deuxième temps de la valse, Choonee, plus seul, annonçait béat : « Je suis venu te dire que je m?en vais »?. Et pourtant hier, il jurait de l?aimer.
Pendant ce temps-là, Navin criait, criait, Rama, pour qu?il revienne ! Ne le quitte pas, ne le quitte pas. Il te donnera des tickets venus de régions où Anil n?est pas. Au troisième temps de la valse, Dinesh s?voyait déjà en haut del?affiche, en dix fois plus gros que n?importe qui. Et fredonnait « My Way ».
Et le Parti travailliste qui bat la mesure, et le Parti travailliste qui mesure notre émoi, nous murmure tout bas : une valse à trois temps, qui s?offre encore le temps, de s?offrir des détours du côté de l?amour, une valse à mille temps, une valse a mis le temps, de patienter cinq ans, une valse à mille temps, offre seule aux militants, de maintenant à septembre, mille fois le temps, de bâtir un roman?
Tandis que les copains d?abord du Sun Trust reprennent en c?ur : « Si c?est fichu entre nous, la bataille continue malgré tout », et que les copains de toujours prophétisent : « On a vu souvent rejaillir le feu d?un ancien volcan qu?on croyait trop vieux? »
Et nous, spectateurs impuissants, au bout de nos rêves, qui allons assister, de maintenant à septembre, à ce pot-pourri de vieilles rengaines, que pourrions-nous bien chanter à notre tour ? Que les feuilles mortes de l?espoir se ramassent à la pelle ? Que tout s?en va, tout s?en va, de déraison en déraison ? Nous voilà tout au bout de nos peines. L?élite agresse l?élite, les meurtriers s?acharnent sur leurs victimes, les familles ne veulent plus récupérer le corps de leurs enfants perdus, le matérialisme triomphe, les politiciens s?étripent au nom d?aucun principe.
Et pourtant, pourtant? ils n?aiment que nous. C?est du moins ce qu?ils nous disent. C?est tellement plus mignon de se faire traiter de cons en chanson. La politique, c?est comme l?amour, c?est toujours la même chanson : ça s?en va et ça revient. Et c?est plus marrant, moins désespérant en chantant. Alors, ils peuvent toujours chanter « We Are the Champions » pendant que nous, nous déchantons.
?Merci à Brel, Christophe, Brassens, Aznavour, Balavoine, Sardou, Delpech, Mercury et Sinatra.
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