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La vérité sur les prix

17 septembre 2005, 20:00

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Promesse électorale et échéance des 100 zour pou sanz u lavi obligent, le gouvernement s?attelle à la tâche de baisser le prix d?un certain nombre d?articles. Comme pour le lait, le prix des médicaments fait problème : exagéré ou raisonnable ? Les avis divergent, selon que l?on soit professionnel du secteur ou politique.

L?électeur qui sommeille en chaque malade ou proche de malade en est convaincu : le prix des médicaments est exagéré et chacun de nous connaît au moins un exemple d?achat de médicaments à un « prix exorbitant ». Annoncer une baisse de prix équivaut à caresser l?électeur dans le sens du poil?

« Nous sommes dans une profession où le coût du produit est réglementé et c?est le ministère du Commerce qui fixe la marge : 11 % pour le grossiste et 22 % pour le détaillant. On ne peut venir parler de prix exagérés, même s?il existe quelques brebis galeuses dans la profession », lâche, en cachant difficilement sa colère, un pharmacien de la capitale, à propos de la baisse annoncée des prix de médicaments.

Produits surfacturés

« Qui fera les frais de cette baisse annoncée ? Comment sera-t-elle calculée ? » : grossistes et importateurs ne cachent pas, en privé, leur inquiétude devant la baisse de la marge annoncée. « Comme il n?y a pas de porte-parole officiel de notre secteur et qu?il y a des brebis galeuses chez nous, personne ne prendra le risque de se mouiller tout seul et d?affronter seul le gouvernement »¸ explique un gros importateur de médicaments et de produits pharmaceutiques.

Les importateurs se défendent de pratiquer des prix élevés et affirment tous, la main sur le c?ur, que leur marge est fixée par les autorités. « Nos produits se vendent au même prix ou légèrement plus cher qu?en Europe », affirme, chiffres à l?appui, un importateur. « Et nous subissons les méfaits de la chute de la roupie : si nous obtenons 60 jours de crédit, cet avantage est "mort" au moment de payer, car l?euro ou le dollar s?est apprécié. »

Comment expliquer alors que certains médicaments se vendent à différents prix ? Là aussi, les importateurs avancent que le pays d?origine du produit détermine souvent le prix. Exemple : la boîte de Strepsils se vend à Rs 118 si elle vient de Grande-Bretagne et à Rs 91 si elle est importée de Thaïlande. Et les deux sont des produits genuine.

Vous avez dit « brebis galeuses » ? « On sait dans la profession que certains importateurs de produits génériques les surfacturent. Ainsi, un comprimé en vente à 50 sous en Inde est offert à Rs 5 ici », indique Arvind, pharmacien retraité, qui reprend ainsi un argument qui revient souvent chez les importateurs contactés. N?est-ce pas une basse attaque commerciale contre des concurrents ? « Que nenni ! », affirment nos interlocuteurs, qui se basent sur les cotations offertes pour l?approvisionnement en médicaments des services de l?État et les prix de ces mêmes médicaments quand ils sont en vente en pharmacie. « Comment expliquer une différence de 100 fois, alors que la marge ne doit pas dépasser 11 % pour le grossiste et 22 % pour le détaillant », se demande un importateur, dont les propos font écho à ceux d?autres collègues.

Il faut savoir que l?État est le plus gros « consommateur » de médicaments à Maurice : « Le secteur public représente environ 60 % du marché des médicaments à Maurice », explique-t-on chez les importateurs. D?où la « bataille pour contrôler » ce marché.

Veiller à la qualité

L?achat par l?État de médicaments est très réglementé. Il favorise les produits génériques. « Les procédures pour l?approvisionnement public de médicaments débutent presque une année avant », explique un ancien fonctionnaire très au courant de ce secteur. Pourquoi donc l?État achète-t-il des produits génériques alors que dans les pharmacies du secteur privé ces médicaments semblent difficiles à trouver ? « C?est faux de dire que nous ne vendons pas des médicaments génériques », se défend un importateur. « Comme la grosse majorité des 22 grossistes, nous travaillons avec des laboratoires produisant du générique et nous veillons à leur qualité », explique-t-il.

« Qualité » : le mot est lâché ! Il faut savoir que pharmaciens et importateurs rencontrés se plaignent de l?absence d?un laboratoire de contrôle de qualité pointu à Maurice. « Au lieu de venir dénoncer la cherté des médicaments, le nouveau gouvernement devrait investir dans un laboratoire state of the art pour vérifier les produits offerts dans les hôpitaux et dans le privé », affirme Arvind.

« Une question simple : l?État a-t-il value for money dans les produits génériques qu?il importe ? », se demande un pharmacien du ministère de la Santé. Importateurs comme pharmaciens de l?État que nous avons rencontrés se disent favorables à la création de ce laboratoire. « À partir du moment où la commande est placée, reçue et distribuée dans les hôpitaux, il n?y a pas de contrôle quant à la qualité de ces produits. Je connais des cas d?antibiotiques offerts dans le secteur public, qui en fonction des lots reçus, sont de qualité inégale. Imaginez les dégâts ou la résistance que ces produits non standards peuvent causer ! », s?indigne un pharmacien de l?État, avant de porter le coup final : « Je serai le dernier à donner un de ces antibiotiques douteux à mes enfants ! »

Rentabiliser les investissements

Autre raison pour le nombre peu important de médicaments génériques commercialisés dans le privé : les médecins sont souvent peu au fait de ces produits, se fiant souvent aux plus connus. Quelques médecins rencontrés avancent également que « certaines pharmacies ont pour partenaires des médecins, qui prescrivent des médicaments plus chers, d?où marge plus importante ».

La profession risque-t-elle d?être durement touchée par toute réduction de la marge ? Nos interlocuteurs estiment que leurs représentants ont essayé de gagner du temps lors de leur rencontre avec les ministres Satish Faugoo et Rajesh Jeetah. Mais plusieurs grossistes et détaillants, se qualifiant « d?honnêtes », ne cachent pas leurs craintes quant à l?avenir de leur profession : « Il ne faut pas se leurrer : il existe des pharmaciens véreux qui font énormément d?argent en commercialisant des produits utilisés comme substituts par les toxicomanes. Certains autres surfacturent, de l?étranger, des produits génériques importés de l?Asie du Sud-Est. Ces gars-là sont avant tout des commerçants. Les grossistes et détaillants honnêtes vont devoir licencier et peut-être même fermer boutique avec la réduction de marge annoncée », affirme un gros détaillant.

N?est-ce pas une annonce apocalyptique pour faire reculer les pouvoirs publics ? « Non. Comment allez-vous pouvoir rentabiliser vos investissements, payer votre personnel, votre loyer, vos autres frais et vous trouver un salaire avec une marge si étroite ? », lâche, plein d?amertume, Ravin, jeune pharmacien qui vient d?ouvrir une officine en zone rurale. « Veut-on notre mort ? », se demande-t-il.

Le consommateur sortirait gagnant, estime Ravin, si comme en France, la législation permettait au pharmacien de modifier une ordonnance médicale en substituant un médicament par sa version générique. Ce qui permettrait au patient de faire des économies de 25 à 30 %.

Lien incestueux entre pharmaciens et médecins

« Il est primordial que les autorités réunissent tous ceux concernés et, qu?ensemble, on élabore des règlements et/ou un code d?éthique pour que cessent ces liens incestueux entre certains médecins et certains pharmaciens » : ces propos d?un jeune pharmacien résument une préoccupation majeure dans la profession et chez les praticiens.

Plusieurs de nos interlocuteurs dénoncent une complicité entre certains médecins et des pharmaciens : « Le système est simple : le médecin A va consulter dans un cabinet dans le même bâtiment que la pharmacie B, voire dans le même emplacement et les médicaments prescrits devront être achetés à la pharmacie B », explique un pharmacien. Plusieurs professionnels du secteur de la santé souhaitent que Maurice adopte une législation comme dans certains pays anglo-saxons, « où un médecin n?a pas le droit d?avoir son cabinet dans le même immeuble qu?une pharmacie ». Cela, estiment-ils, évitera des conflits d?intérêt.

Autre possibilité de liens incestueux : le médecin actionnaire d?une pharmacie. « Il y a plusieurs cas à Maurice où le médecin, ou sa famille, est propriétaire d?une pharmacie. Cela, au vu et au su de tous », déplore un jeune médecin du privé. Un troisième cas concerne les médecins notoirement connus pour leurs ordonnances de « sirops contre la toux » délivrées à des toxicomanes et qui ne seront acceptées que dans « certaines » pharmacies. « Il serait tellement aisé de faire le relevé de ces prescriptions de complaisance et de sévir contre ces médecins et pharmacies véreux », constate un pharmacien de la capitale. Cependant, force est de constater que de telles situations perdurent, du fait de l?absence de textes régulateurs.

« Le plus vite les deux professions concernées rédigeront un code d?éthique, le mieux cela sera », conclut cet interlocuteur.

Qu?est-ce qu?un médicament générique ?

C?est l?exacte copie d?un médicament original, dont le brevet est tombé dans le domaine public. Il faut savoir qu?issu des progrès de la recherche médicale et thérapeutique, le médicament original est protégé par un brevet, généralement de 20 ans. Aujourd?hui, un grand nombre de médicaments n?est plus protégé, ce qui veut dire que des laboratoires pharmaceutiques peuvent decider de fabriquer et de commercialiser ces produits, équivalents et aussi efficaces, à des prix nettement inférieurs. De nombreuses multinationales produisent le medicament original et ses génériques, vendus sous d?autres marques.

Est-il aussi efficace et sûr ?

Comme tous les médicaments, le générique doit respecter une réglementation très stricte, qui vise à protéger les patients. Cependant, si la majorité des laboratoires indiens, pakistanais, sud-africains et kenyans respectent les normes européennes, on sait que certains d?entre eux ne répondent pas aux critères de haute technologie, et ne remplissent pas les mêmes conditions de qualité que le médicament original. Les produits de ces quelques laboratoires n?offrent donc pas les mêmes garanties que les « vrais » génériques.

Pourquoi est-il moins cher ?

Aujourd?hui, les laboratoires peuvent les fabriquer avec des technologies plus modernes et moins onéreuses qu?autrefois. De plus, les frais de recherche ayant été amortis, ces derniers ne sont plus à la charge du fabricant.

Comment le reconnaître ?

Le médicament générique est identifiable de deux façons : soit par un nom commercial suivi de l?annotation Gé ; soit par le nom de la molécule (appelée dénomination commune internationale, DCI) ; suivi du nom du laboratoire qui le commercialise.

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