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La triste fin d?une femme battue
Simonette était une femme dont la vie était loin d?être rose, car son époux avait la main lourde. Mercredi, la fureur de l?irascible Ricard a atteint son paroxysme. Il l?a de nouveau frappée? cette fois à mort.
Appuyée sur sa canne, Antoinette Francoeur se fraye un chemin jusqu?au cercueil de sa fille. La vieille femme ne peut s?empêcher de laisser éclater son chagrin. « Ayo mo tifille? Ki fine arrive toi ? » Ses larmes inondent le visage de Simonette Delphine, la cadette de ses cinq enfants. Parée de sa robe fuchsia, la jeune femme semble dormir dans son cercueil. Mais les bleus qu?elle porte sur le cou ne laissent aucun doute sur la violence qu?elle a subie avant sa mort.
La veille, Ricard, son époux, se serait acharné sur elle à coups de poing et de pied. La malheureuse est décédée mardi soir d?une rupture du foie.
Il s?en est fallu de peu pour que ce crime sordide échappe à la police. Le certificat de décès en main, Ricard s?apprêtait à enterrer son épouse mercredi, ni vu, ni connu. Un médecin avait même signé le certificat de décès en attribuant la mort à un ?dème. C?est la s?ur aînée de Simonette qui a alerté la police après avoir remarqué des contusions sur la gorge de la victime. Lorsque les enquêteurs de la brigade criminelle de Flacq débarquent chez les Delphine, ils découvrent la robe de Simonette, tachée de sang, dissimulée dans la salle de bains. L?autopsie, pratiquée par le Dr Amah Charya Gujjalu, confirmera les doutes de la s?ur aînée de la victime.
Pour la famille, ce n?était un secret pour personne que Ricard battait souvent sa femme. « Saque fois mo trouve li, li ti éna marques batté lor so lécorps ou so figir. Ene fois mo trouve disang caillé dans so lizié? », raconte une cousine.
Les nombreuses plaintes déposées à la police ne changeaient rien au comportement de Ricard. Au contraire, il devenait plus violent et plus odieux. C?est ainsi qu?il n?y a pas longtemps, Simonette a dû se faire quinze points de suture sur le corps après une violente dispute. Elle a alors porté plainte mais son mari n?a écopé que d?une amende Rs 1 500? qu?il a refusé de payer. Et c?est Simonette qui a dû s?en acquitter
Un mariage à la dérive
Ouvrière, laboureur, bonne à tout faire, Simonette s?est pourtant échiné pour que son mariage ne parte pas à la dérive. C?est encore elle qui nourrissait leurs trois enfants dans les moments difficiles. Mais selon ses proches, sa seule récompense était le mépris. Ricard ne cessait de l?humilier.
Meurtrie dans sa chair comme dans son âme, Simonette a même tenté se mettre fin à ses jours en se jetant à la mer. Une crise de jalousie de son mari l?avait poussée à vouloir commettre l?irréparable. Mais, ironie du sort, c?est Ricard qui s?était porté à son secours. Souvent, la jeune femme venait chercher refuge chez sa mère. Mais Ricard parvenait toujours à l?amadouer pour qu?elle revienne sous le toit conjugal.
Le jour fatidique, le couple rentre du travail, exténué. Ricard part alors acheter une bouteille de rhum et du poulet. Il en boit le quart. Simonette ne peut s?empêcher d?invectiver son mari. Ricard s?emporte à son tour lorsqu?il finit de vider la bouteille. Il roue son épouse de coups, l?étrangle et la piétine, sous les yeux de leur fille aînée, Anielle. Il lui brise les côtes et lui éclate le foie.
À Allée Mangues, Poste-de-Flacq, les voisins s?étaient habitués aux disputes du couple. Cette nuit-là pourtant, c?en était trop. Incommodés par le bruit, ils viennent frapper à la porte des Delphine pour qu?ils cessent de faire du bruit. Lorsque le silence s?installe, les voisins ne s?inquiètent pas outre mesure. Son forfait commis, Ricard abandonne ses trois enfants, Anielle, Sharlène et Emilio, âgés de 14, 8 et 2 ans, respectivement avec le cadavre de Simonette.
Le lendemain matin, les voisins sont alertés par les cris des enfants enfermés. Ils enfoncent la porte et découvrent le corps. Peu de temps après, Ricard revient sur les lieux du crime, accompagné de sa mère. Mère et fils décident alors d?organiser les funérailles de Simonette sans avertir les proches de la jeune femme qui habitent pourtant à quelques mètres de là. Il faut dire que les relations avec la famille de Simonette n?ont jamais été au beau fixe. Ricard interdisait même à sa femme de la fréquenter.
Il maquille son forfait
Les sautes d?humeur de l?irascible personnage étaient légendaires. Personne n?osait lui tenir tête ou le contredire. Antoinette, qui habite Bramsthan, arrive aux funérailles mercredi ? avant la police ? en pleurs. Elle est accueillie par des insultes, mais elle est déterminée à connaître la vérité. Elle interroge alors la cadette des enfants du couple infernal. « Sharlène fine dir moi ki so papa ine batte so mama. Li dir li : Ki to lé reste là ou bien mort la même ? Li fine prend ène couteau, line coupe so li cou, line trangler li ek pile lor li. »
Ricard Delphine avait décidé de maquiller son crime. Il avait acheté une paire de collants, une veste, un drap et deux taies d?oreiller. Le cadavre de Simonette a ensuite été lavé, habillé, puis enveloppé dans le drap blanc. Un médecin est appelé sur les lieux pour émettre le certificat de décès. Il ne semble pas remarquer les coups et autres contusions que la femme porte sur son corps.
Il se borne à demander si la disparue souffrait d?une quelconque maladie et attribue la mort à un ?dème. La police criminelle de Flacq, dirigée par l?assistant-surintendant Suresh Rampersad et l?inspecteur Gérard, compte interroger le médecin pour son constat?
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