Publicité

La situation économique inspire de vives inquiétudes

8 août 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?La situation est vraiment dramatique.? Le Premier ministre, Paul Bérenger, résume ainsi le sentiment du gouvernement et du secteur privé après quatre heures de discussions, samedi, sur l?économie du pays. C?est sans doute la première fois que le gouvernement et le secteur privé s?accordent sur la gravité de la situation économique.

Ce sentiment d?urgence n?était pas de mise il y a deux mois lors de la dernière rencontre entre le gouvernement et le Joint Economic Council (JEC) quelque peu avant la présentation du budget. ?Entre-temps malheureusement, la situation économique s?est empirée de manière dramatique?, reconnaît Paul Bérenger.

Et pour cause. Les menaces sur le sucre se sont précisées avec d?une part le projet de réforme et de baisse de prix de l?Union européenne, et d?autre part, la victoire remportée par le Brésil, l?Australie et la Thaïlande au niveau de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) qui devrait remettre en cause le régime sucrier européen.

Parallèlement, la zone franche continue à perdre des emplois à cause de la compétition qui s?accentue à mesure que l?on se rapproche de l?abolition des quotas en 2005. La restructuration est pénible. Le tourisme, sur lequel reposent les espoirs de l?économie, montre des signes inquiétants d?essoufflement et stagne.

C?est en tenant compte de tout cela que le Bureau central des statistiques a révisé à la baisse les perspectives de croissance. La croissance sera de 4,5 % seulement, a confirmé samedi le ministre des Finances, Pravind Jugnauth.

?Nous sommes à l?heure de tous les dangers et de tous les défis. La situation est sans précédent. Les défis auxquels sont confrontés le sucre, la zone franche et même le tourisme, sont sans précédent. Dans la conjoncture, nous devons faire preuve de courage, de discipline et d?imagination?, déclare Paul Bérenger.

Le président du JEC, Arif Currimjee, va dans le même sens. ?Il n?y a pas de baguette magique. Il nous faut de la rigueur dans la gestion et de l?imagination. Nous avons les moyens pour assurer la continuité du développement économique?, assure-t-il.

Lors de la réunion de samedi, le gouvernement et le secteur privé sont déjà tombés d?accord sur la stratégie à adopter. Ainsi au niveau de l?industrie sucrière, un plan d?action accéléré sera adopté et dirigé par un comité de haute instance gouvernement-secteur privé et présidé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth.

Il s?agira d?abord d?établir un constat sur ce qui a été accompli comme réforme sous le Sugar Sector Strategic Plan (SSSP) et d?identifier ce qui reste à faire rapidement. A la lumière des récents développements, il est aussi certain que de nouvelles mesures qui n?avaient pas été envisagées jusqu?ici auront à être adoptées.

La Chambre d?agriculture contribuera à l?élaboration de ce plan d?action accéléré. Elle commanditera également une étude d?un cabinet de consultants international sur les implications microéconomiques de l?industrie sucrière. Cette étude sera utile pour aider à défendre les intérêts du sucre auprès des partenaires de l?Union européenne, indique Arif Currimjee.

Au niveau de l?industrie touristique, Paul Bérenger est d?avis que le moment est venu de prendre certaines décisions afin que ce secteur reste un pilier de l?économie. Il s?agit de veiller à ce que le nombre de touristes augmente suffisamment pour remplir les nouveaux hôtels qui viendront grandir le parc hôtelier du pays.

<B>Générer des investissements</B>

Arif Currimjee note ?certains dangers? en raison de la baisse de 1 % du nombre de touristes au cours des six derniers mois. ?Il est clair qu?il faut stimuler la demande. Il faut prendre les actions nécessaires pour que le tourisme continue à générer des investissements et des emplois?, dit-il.

Le Premier ministre se dit, lui, satisfait du dialogue qui s?est installé entre Air Mauritius et l?Association des hôteliers et restaurateurs de Maurice (Ahrim) alors qu?auparavant, les mauvaises relations entre les deux acteurs de l?industrie étaient caractérisées par la méfiance.

L?équilibre entre les intérêts des hôteliers et de la compagnie nationale d?aviation est difficile. Dans la conjoncture, Air Mauritius souffre de la flambée des prix du carburant, indique le Premier ministre. Malgré tout, il y a eu des ajustements sur plusieurs destinations clés, notamment la France, l?Angleterre, l?Allemagne et l?Italie et ces ajustements se poursuivront, dit-il.

Des solutions sont également envisagées concernant le décalage persistant entre la saison de pointe de l?aviation qui coïncide avec la basse saison des hôteliers. Le Premier ministre annonce que le gouvernement est prêt à considérer l?octroi de fifth freedom rights. Il s?agit de permettre à des compagnies d?aviation de faire escale à Plaisance et d?embarquer des passagers pour une autre destination. Un avion en provenance d?Australie, par exemple, pourrait s?arrêter pour prendre des passagers à destination d?Afrique du Sud.

?C?est très risqué. Cela peut-être une formidable ouverture permettant à Maurice de devenir un hub touristique, mais cela peut aussi être catastrophique. Nous sommes appelés à prendre une décision cruciale?, déclare Paul Berenger.

Plusieurs pays, dont l?Inde, l?Australie et Singapour ont déjà fait des demandes pour des fifth freedom rights et la possibilité de faire un bond en avant dans ce domaine existe. La question sera étudiée par un comité qu?il présidera lui-même, indique le Premier ministre.

Pour ce qui est de la zone franche, le gouvernement comme le secteur privé estiment que la situation se stabilise, notamment au niveau des pertes d?emplois, même si l?environnement demeure difficile. Arif Currimjee estime que la situation se décante. Les entreprises étrangères s?en vont et l?on s?y attendait. Les pertes d?emplois devraient se limiter à la moitié du nombre enregistré l?année dernière.

REFORME

<B>Mauritius Revenue Authority : pas de ?reculade?</B>

■ Le gouvernement se dit déterminé à aller de l?avant avec la création de la Mauritius Revenue Authority (MRA). Il n?y a aucune ?reculade? affirme le Premier ministre, Paul Bérenger. Le gouvernement souhaite toutefois se donner le temps d?un dialogue avec les principaux concernés et les syndicats. ?Tous les douaniers et fonctionnaires honnêtes n?ont rien à craindre?, assure le Premier ministre. A ?l?express? qui voulait savoir si les pouvoirs de sélection et de recrutement de la MRA seront maintenus, Paul Bérenger déclare : ?La déclaration des avoirs est une ?tough solution? qui nous permettra d?éliminer les corrompus du passé. L?article 17 de la loi sera maintenu. La philosophie de la MRA sera maintenue?, dit-il. Au sujet de l?article 28 qui concerne la sélection et le recrutement, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, déclare que le dialogue se poursuit avec les syndicats afin d?assurer le plus large consensus possible. Paul Bérenger devait ajouter que l?article 14 portant sur les pouvoirs d?arrestation de la MRA sont également en train d?être réexaminés.

Publicité