Publicité

La saga continue

11 mars 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Sorti en 1998, le tout premier Blade n?était en fait qu?un produit calibré pour un public ciblé, mais avec la particularité, pour son époque, de combiner horreur gothique (en l?occurrence, les vampires) et arts martiaux. Pour ce qui est du concept, il faut avouer que tout cela était à mille lieues de ce que faisait Peter Cushing dans les productions Hammer (qui avaient leur charme, reconnaissons-le) durant les années 1960 ? 70. Le produit lui-même n?avait rien d?original, puisqu?il était l?adaptation d?une bande dessinée (publiée par la maison DC comics), mais le premier Blade frappa les cinéphiles au point d?engendrer d?autres produits dérivés, films ou séries télévisées, qui allaient reprendre l?idée parfois avec succès, mais le plus souvent avec moins de flair et d?imagination.

D?abord, Blade nous présentait une action se déroulant en milieu urbain. Ensuite, il y avait ce créneau que s?était trouvé Wesley Snipes : un justicier noir mais d?origine métissée, dans le sens qu?il était moitié humain ? moitié vampire et qu?il pouvait donc se déplacer de jour. D?un tempérament aussi badin et primesautier que l?inspecteur Harry, il poursuivait son implacable vendetta contre les vampires en les décapitant ou en les faisant exploser. Curieusement, le visage de Wesley Snipes n?était réellement expressif que lorsqu?il portait ses lunettes de soleil.

Bien que plaisant, ce premier Blade était cependant assez éloigné de la perfection pour qu?on ne puis-se même pas le considérer comme un bon film. En apposant sa griffe au deuxième volume, Blade 2, le réalisateur mexicain Guillermo Del Toro vint rehausser le niveau, jouant de manière intelligente sur l?horreur gothique (plus que sur l?action musclée) à laquelle il donna une dimension très ?crade.? Devant ce deuxiè-me tome bien plus réussi, il était pardonnable de tirer la conclusion quelque peu hâtive que la saga était en nette progression et de s?attendre à un troisième volet final en apothéose. On s?attendait donc à voir la réalisation de ce Blade Trinity confiée à un cinéaste en pleine ascension. Au lieu de quoi, elle a été confiée à David S. Goyer, le scénariste des deux épisodes précédents et concepteur de la série.

Son héros tient toujours la forme : on le voit tendre une embuscade à une bande de vampires, puis les liquider un par un au cours d?une spectaculaire poursuite en voiture. Seule-ment, le dernier vampire s?avère en fait être un humain avec de fausses canines et le justicier est filmé au moment où il l?expédie en enfer.

Bien entendu, l?enregistrement trouve son chemin jusqu?aux locaux de la police qui aussitôt dépêche une équipe de commandos dans le repaire de celui qu?elle considère comme un dangereux psychopathe et qu?elle recherche depuis des lustres sans aucun succès. Ils sont au moins une bonne (ou une mauvaise) trentaine, tous armés de fusils d?assaut pour appréhender Wesley Snipes et Kris Kirstofferson (Abraham Whistler, dans le film), son mentor et ami, armés eux d?un sabre et d?un fusil de chasse, respectivement.

Cet épisode de l?arrestation de Blade en dit à mon avis, assez long quant aux intentions du réalisateur. L?action a lieu durant la nuit, les membres du commando sont en treillis, comme les marines en Irak. Ils portent des masques à gaz et les torches qu?ils ont scotchées à leurs fusils projettent autour d?eux une véritable forêt de faisceaux lumineux.

Et, tout se passe dans un vaste hangar désaffecté avec de nombreuses passerelles très élevées pour assurer des chutes spectaculaires et aussi quelques fûts pleins de produits inflammables dont la présence n?a d?autre finalité que celle de nous montrer quelques explosions spectaculaires. Toute cette affaire était un coup monté par les vampires, tout le monde s?en doutait, excepté le héros qui se retrouve ligoté dans un centre de détention du FBI, assommé par un soporifique qu?on lui a injecté et entouré de policiers qui s?avèrent être des vampires. Mais, comme nous sommes encore dans la première demi-heure du film, on se doute bien qu?il va s?en sortir.

Il est toujours possible que tout cela soit intentionnel, comme pour faire un commentaire soit sur le genre, soit sur la saga elle-même. Mais, les chances sont que toute ironie ou tout second degré dans ce film soit purement accidentel. David S. Goyer, réalisateur et scénariste de ce film, a choisi de l?action et le spectaculaire et il semble qu?il ait aussi fait en pleine conscience le choix de ne pas alourdir son film de broutilles telles que finesse, originalité ou même un semblant d?imagination, ne serait-ce que pour nous donner une histoire intéressante à suivre.

Histoire de sortir de la routine pour ce qui est des intentions, l?auteur se contente de nous offrir de nouveaux visages. Blade se fait de nouveaux amis, deux jeunes chasseurs de vampires qui viennent le secourir, Hannibal King ? Ryan Reynolds et Abigail Whistler ? Jessica Biel, fille de son mentor. Le premier finit par devenir assommant à force de vouloir être ?sympa? et de nous sortir des répliques qui se veulent d?un humour pince-sans-rire à tout bout de champ.

Quant à la deuxième, elle est bien mignonne, mais rien, absolument rien, ne la distingue des autres héroïnes types de ce genre de film (ou des séries télévisées), qu?elle soit tueuse de vampires ou pas. Il y a bien évidemment, un nouveau méchant et pas n?importe lequel, puisqu?il s?agit de Dracula en personne. Le film nous le présente comme l?ancêtre ou le père de tous les vampires, exhumé de sa tombe en Irak (faut-il, y voir une allusion politique ?) et ramené en Amérique par ses descendants.

Dracula est censé être le plus puissant de tous les vampires et ses descendants comptent sur lui pour les aider à transformer la planète en vivier dont ils n?auront qu?à puiser leur nourriture. Là aussi, David S. Goyer se contente de pomper les idées de ses plus illustres confrères.

Dans son état naturel ? c?est-à-dire quand il se met en colère ? Dracula ressemble à un croisement entre la créature de Jeepers Creepers et celle de Predator, avec la mâchoire qui ouvre sur trois axes et les dents articulées, mais avec, en plus, une deuxième mâchoire extensible comme la créature d?Alien. Autrement, lorsqu?il est d?humeur plus sociable, ce Dracula se fait appeler ?Drake? et il a le look métro de n?importe quel jeune homme d?aujourd?hui.

Restent les scènes d?action. Un jour, les gens du cinéma finiront par prendre conscience de l?inutilité du coup de pied retourné dans la phase initiale d?un combat. En attendant, les spectateurs devront faire avec, vu que ce geste est toujours spectaculaire.

Ces mêmes spectateurs devront aussi faire quelques compromis avec leur sens du rationnel, devant la panoplie d?armes exotiques déployée dans ce film. Ce qui ne leur demandera peut-être pas de si gros efforts, vu que ces armes sont assez impressionnantes d?aspect. Pour en revenir aux scènes d?action, celles-ci n?ont rien d?original, mais on pourra trouver qu?elles sont bien rythmées. La poursuite du début par exemple, se regarde avec plaisir et la bagarre finale a ses bons moments.

Pour conclure, Blade Trinity ne laissera aucun souvenir impérissable ; ce ne sera pas non plus le film de l?année, mais pour une envie de sortie le vendredi soir, il fera l?affaire.

<I>Dracula est le pluspuissant de tous les vampireset ses descendants comptent sur lui pour transformer la planèteen vivier. Ils pourront y puiser leur nourriture. </I>

Publicité