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La rupture sinon rien

7 juin 2006, 00:00

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<B>Par Stéphane SAMINADEN</B>

La population et la communauté des affaires retiennent leur souffle. Dans 48 heures, le ministre des Finances, Rama Sithanen, dévoilera le contenu du premier budget de l’Alliance sociale.

Les attentes sont aussi grandes que les appréhensions. Depuis qu’il a repris la parole, le ministre des Finances s’est surtout évertué à bien faire comprendre l’ampleur des difficultés économiques et budgétaires.

Le tableau dépeint est si sombre que la population s’attend au pire. Rama Sithanen et le gouvernement ont déjà donné un avant-goût de leur détermination à entreprendre des réformes profondes en annonçant coup sur coup deux mesures impopulaires et courageuses : la fin des tripartites et la fermeture de la Development Works Corporation.

Un gouvernement capable de prendre des mesures aussi difficiles politiquement serait donc capable d’aller très loin dans une politique d’austérité et de “painful trade offs”. D’où les craintes de la population.

Mais outre le courage politique, le gouvernement est aujourd’hui forcé d’agir. Soit nous engageons volontairement des réformes, soit Bretton Woods finira par nous l’imposer.

Les consommateurs ont par-dessus tout, peur d’une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Les analystes s’accordent à dire que seule une hausse du taux de la TVA est susceptible de générer les ressources additionnelles dont le gouvernement a cruellement besoin pour réduire le déficit tout en continuant à investir dans les infrastructures publiques. Mais le risque existe qu’une telle hausse soit contre-productive dans la mesure où elle freinerait tellement la consommation que les objectifs de revenus ne soient pas atteints.

Freiner la consommation aiderait à combler le déficit de la balance commerciale qui a atteint Rs 30 milliards. Mais localement le commerce risque fort de souffrir, ce qui aura un impact négatif sur la croissance du produit intérieur brut. L’austérité affecte également l’humeur générale dans le pays. D’autant plus si elle est accompagnée d’autres mesures socialement pénibles. La déprime peut mener à la dépression. Le ministre des Finances marche sur la corde raide.

Outre la crainte d’une pression fiscale accrue ou de nouveaux impôts, le budget 2006-07 est surtout attendu pour la prescription économique que fera Sithanen. Après le diagnostic, place aux remèdes.

Là aussi le ministre des Finances devra trouver le bon dosage. L’ouverture de l’économie fait peur aux petites et moyennes entreprises et à l’industrie non zone franche. Va-t-il privilégier le “big bang” comme le craignent certains ou prônera-t-il une libéralisation étalée sur plusieurs années ?

Un discours de rupture est le seul susceptible de provoquer le déclic nécessaire pour que le pays se réinvente un avenir économique. Des demi-mesures ne feront que prolonger le sentiment que Maurice est un pays situé sur une autre planète, à jamais béni des dieux et éternellement à l’abri des vagues de la libéralisation du commerce.

Rama Sithanen sait, lui, que nous n’avons plus le temps. Le Fonds monétaire international est derrière la porte. Le ministre des Finances sait aussi que son avenir politique et celui de l’Alliance sociale dépendront de la rapidité avec laquelle les décisions difficiles sont prises car il faudra que les fruits des sacrifices exigés soient visibles avant 2010. Il s’est trop impliqué personnellement pour reculer maintenant. La rupture ou rien…

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