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La ruée vers les bichiques
«Bishik la monté to azizé même». Non nous ne sommes pas au bord mer à l?île de la Réunion mais bel et bien à Maurice et cette remarque vient d?un pêcheur de Rivière-des-Galets, Régis Fanny.
En fait, il est en train d?inviter ses proches à pêcher le fameux bichique, un alevin long d?à peine un centimètre, considéré comme le caviar local à l?île de la Réunion. C?était jeudi dernier, quelques heures après que le service météorologique a enlevé la classe 111, après le passage du cyclone Gula. Un événement qui a provoqué une agitation inhabituelle dans cette partie de l?île.
Ayant appris la nouvelle, qui s?est répandue, comme l?on s?en doute, comme une traînée de poudre, hommes femmes et enfants de la région, munis de filets, de sacs de jute, surveillent de près ces alevins qui tentent de traverser avec le courant qui se jette directement dans l?embouchure d?une rivière.
«Zot vinn cabot couma zot rentre dans la rivière», tente d?expliquer Steeve Codor sans grande conviction.
Régis a une tout autre version : les bichiques vivent et se reproduisent en rivière mais au moment de la ponte, ils gagnent la mer où les ?ufs éclosent.
Naîm Islam est dans l?eau depuis 8 h 30. Il s?y est rendu dès qu?il a appris la nouvelle. «Premier fois mo trouve sa . Akoz sa même mo fin fer enn devoir vinn la pes », dit-il.
C?est la fête !
Désiré Bhawanee, est installé sous un grand arbre. Placide. Ce n?est pas sa première expérience. Il a été témoin de la même ambiance à Rivière-des-Galets, lorsque les bichiques grouillaient dans la mer, dans son village natal, il y a quatre ans de cela. Dès que la nouvelle lui est parvenue, il s?est frotté les mains à l?idée du profit qu?il allait réaliser. «Rs 200 la liv mo largue, alle vini, bishik la baissé».
Un banian de Chemin-Grenier ne se fait pas prier. Il tend son sac de jute à Désiré et passe sa commande. Comme les bichiques se font de plus en rares à Maurice ,comme à la Réunion, il sait qu?il peut engranger des bénéfices. D?où son insistance pour que Désiré, le banian «d?un jour» lui accorde une faveur en remplissant son sac.
Jocelyne Perle, une sexagénaire, trempée jusqu?au os, est aussi de la fête. Elle essaye de nous expliquer l?arrivée inattendue des bichiques dans cette partie du littoral ouest et qui rassemble les habitants dans une même joyeuse campagne de pêche.
Willine Codor, qui se trouve dans le même état fébrile que Jocelyne, vient pimenter la conversation : «Couma ou arrive lakaz ou lave bishik la bien, ou marine li avec girofle, canelle, gingembre et ou cuit carry après», conseille-t-elle. «Pas blié prend ti zaffer la pou li capave descendre bien», ajoute-t-elle avec un sourire en coin.
Hubert et son épouse, d?origine française, ne sont pas restés insensibles devant une scène aussi couleur locale. «Comme je suis curieux de nature, je n?ai pas pu m?empêcher de m?approcher pour voir cette montée providentielle de bichiques qui coûtent très cher à La Réunion. Je suis vraiment étonné de voir à quel point cet événement unit les gens d?une même région».
Premduth Angdeen, laboureur, voulait lui aussi avoir sa part de bichiques.Il a mis toutes les chances de son côté pour y arriver. Il s?est fait accompagner par ses deux fils pour récupérer, ne serait-ce qu?une livre de ces alevins, pour satisfaire la maisonnée
Quelques mètres plus loin, Vinay, de Surinam, est satisfait que Régis ait gardé toutes les prises des pêcheurs. «Je vais les acheter en bloc pour les revendre avec mes clients qui me sollicitent régulièrement pour y goûter.»
CAVIAR LOCAL
Des alevins à 50 euros
Les bichiques sont de petits alevins se rapprochant de la civelle (jeune anguille). C?est un met très apprécié des familles réunionnaises au point qu?elles l?ont baptisé « caviar local ». Ces alevins montent dans les rivières trois à quatre fois par an au moment de la pleine lune. La fête des bichiques est devenue une tradition à l?île de la Réunion. Les Réunionnais les cuisinent en curry avec force d?épices, des concassés de tomates, du safran et du gingembre. Pour donner le coup d?envoi de la fête des bichiques l?année dernière à Bras-Panon, trois jours d?activités étaient organisées. Au programme, une messe des pêcheurs, un spectacle, «Etincelles Panonnaises», l?élection de Miss Bichique, une soirée raga, un concours culinaire et une dégustation, entre autres. Le prix d?un kilo de bichiques a atteint les 40 à 50 euros l?année dernière. Saint Benoît et généralement la côte Est sont les endroits les plus prisés par les pêcheurs des bichiques.
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