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La ruée vers... la ferraille
Un canon, vestige du passé, volé et proposé à une fonderie qui ne trouve heureusement pas preneur. Des décorations en fer volées sur les tombes. Un compresseur, valant Rs. 2,6 millions, prêt à être désossé. Le juteux filon des vols de métaux n?en finit pas de faire des adeptes.
Pourquoi, donc, cette ruée vers la ferraille ? Ce dernier trafic en vogue est étroitement lié à la flambée des cours des métaux. Le bronze, le cuivre et le fer attirent la convoitise des exportateurs des déchets métalliques en raison de la forte demande des pays émergents asiatiques comme la Chine et l?Inde. Le recyclage du fer est une opportunité qui permet de puiser à partir des réserves accumulées depuis une centaine d?années.
C?est aussi débarrasser le pays de toute sa vieille tôles, vieux réfrigérateurs, machines à laver, fours et autres carcasses de voiture. ?Le recyclage de la ferraille est une très bonne chose pour l?île Maurice, explique Ranjeev Ramdoo, un ancien directeur de Desbro International. Il y a un prix environnemental à payer. Il faut encourager tout le monde à faire ce business. Samlo a su donner de la valeur au scrap mais il faut que le gouvernement instaure des garde-fous et des lois plus sévères. Il faut prendre exemple sur nos voisins réunionnais car la métallurgie est une science qu?il incombe de bien canaliser.?
Ce créneau porteur a aussi attiré un nombre important de nouveaux opérateurs qui, sans le moindre investissement, s?assurent de la collecte d?importantes quantités de déchets métalliques. ?Nous avons nos principes, nos clients réguliers, nos façons d?acheter et surtout nous connaissons la provenance de cette ferraille de récupération qui est principalement des propriétés sucrières, des chantiers et des ateliers, indique Keseven Runghen, un pionnier dans le commerce de la ferraille et directeur de G. Runghen & Co. Mais un marché parallèle s?est développé. Les Indiens, ne trouvant pas satisfaction chez les réguliers comme nous, ont fait placer des conteneurs et demandent à leurs fournisseurs de les remplir. C?est ce qui explique l?émergence de ce qu?on appelle les gens à brouette qui volent même les bouches d?égout??
?Le commerce de la ferraille, c?est un vieux métier. Dans les années 60, nous n?étions que deux à trois et au départ, c?était pour le démantèlement des rails des chemins de fer. Aujourd?hui, la donne a changé. Les gens se bagarrent et les prix ont augmenté de cinq, six voire sept fois sur le marché local. C?est une véritable explosion et la demande est beaucoup trop forte.?
Le marché du fer a commencé à changer de visage, il y a à peine deux ans. La venue des Indiens a fini par le bouleverser complètement. Ils sont venus chercher les déchets métalliques à Maurice, à Madagascar, au Mozambique et en Afrique du Sud.
?Le commerce de la ferraille, c?est un vieux métier, souligne Marc Técher, propriétaire de Steel Scrap Ltd. Dans les années 60, nous n?étions que deux à trois et au départ, c?était pour le démantèlement des rails des chemins de fer. Aujourd?hui, la donne a changé. Les gens se bagarrent et les prix ont augmenté de cinq, six voire sept fois sur le marché local. C?est une véritable explosion et la demande est beaucoup trop forte.?
Qui dit marché florissant dit urgence à le maîtriser ! D?où l?importance d?avoir institué l?Association of Collectors and Exporters of Scrap Metals qui regroupe trois sociétés. Cet organisme a pour but et à long terme, rappelle Marc Técher, de moduler, de modérer et d?apporter un peu de stabilité dans la gérance de ce secteur bénéfique du pays.
En attendant, tous les opérateurs réguliers s?accordent à déplorer la venue de ces opportunistes qui placent des conteneurs aux quatre coins de l?île et qui repartiront dès que le prix de cette matière première sera en chute libre. ?De ce fait, des antivols et des portails nous sont proposés mais nous les refusons systématiquement, explique Ahmad Taujoo, responsable financier de Scrap Steel Limited. Nous émettons des chèques contre la présentation des cartes d?identité afin de pouvoir garder des traces. Nous conservons aussi les immatriculations des camions qui viennent déverser leurs marchandises. Ce n?est qu?a ce titre qu?on pourra garder un certain contrôle.?
Le commerce de la ferraille et, par ricochet, celui du fer, ont encore de beaux jours devant eux. Le secteur du bâtiment et celui des travaux publics ne cessent de connaître une croissance soutenue sous l?impulsion de nouveaux projets d?envergure en matière d?habitat et d?infrastructure.
La politique du gouvernement, pour l?instant, est d?ouvrir très grandes les portes de ce business et de le conserver en tant que secteur informel. D?aucuns proposent l?interdiction d?exporter le scrap. Ce qui est loin d?être une approche démocratique, rétorquent d?autres, et à juste titre. Ces exportateurs de scrap sont présents à Maurice depuis 1960 et contribuent à l?apport des devises étrangères.
?Des gens à brouette viennent de plus en plus vous débarrasser de vos déchets métalliques et nous les transformons en devises. Il ne faut pas oublier que la majorité des personnes qui sont dans le commerce de la ferraille sont des gens honnêtes qui oeuvrent pour l?économie du pays?, rappelle Marc Técher. Les différents emplois directs et indirects générés par l?exportation du scrap tant dans l?activité maritime que dans d?autres domaines sont, certes, à prendre en considération.
D?autre part, entre le fret à payer pour exporter notre ferraille ou celui qu?une société de scrap paye à l?importation, il y a certainement un mécanisme plus juste à adopter. Tout comme il est opportun de développer et de réguler cette industrie.
Pourquoi pas des permis octroyés à chaque village avec une Petite et moyenne entreprise qui se chargerait de récupérer la précieuse ferraille ? Pour rendre sa portée économique et environnementale à l?industrie du recyclage. N?oublions pas que cette même ferraille que nous vendons à Rs 5 000 la tonne nous est réexportée, certes à valeur ajoutée, à Rs 27 000 la tonne.
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