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La riposte de Navin Ramgoolam

21 septembre 2008, 00:00

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Navin Ramgoolam a orchestré sa riposte à l?offensive de l?opposition, animée principalement par le MMM, en trois temps. D?abord avec la reconduction de sir Anerood Jugnauth (SAJ) à la Présidence de la République, ensuite avec le remaniement ministériel et enfin avec le projet de loi pour le maintien de Rama Sithanen et Xavier-Luc Duval dans leur position de vice-Premiers ministres honorifiques. D?autres volets de sa riposte qui, s?ils sont moins médiatisés, ne participent pas moins à une stratégie globale de consolidation de ses assises en vue des prochaines élections générales.

La reconduction de SAJ répond à trois objectifs précis. D?abord, Ramgoolam entend mettre un terme à l?effritement de sa base qui n?était pas satisfaite et avait la perception que le pouvoir lui échappait ; la non-reconduction de SAJ aurait confirmé cette perception. Ensuite, il prévient tout retour de SAJ sur la scène politique, comme le voulaient des rumeurs persistantes, pour prendre le leadership d?une éventuelle alliance MSM-MMM, soit un remake du come-back de 2000. Et troisièmement, il rend plus compliqué un rapprochement MSM-MMM. Même si cela devrait finalement se concrétiser car il s?est doté de munitions pour mieux attaquer une telle alliance.

Dans la foulée de la reconduction de SAJ il a procédé à un remaniement ministériel. C?est un remaniement politique ayant des visées électorales. A moins de deux ans des prochaines législatives, on ne peut reprocher à un PM de développer sa stratégie pour se maintenir au pouvoir. Le remaniement répond ici essentiellement à trois impératifs : consolider le principal segment de sa base traditionnelle rouge, satisfaire davantage les autres segments de son électorat, ne pas frustrer la communauté musulmane dont le basculement en 2005 l?a fait gagner les élections. Quant à la population générale, il a fait un jeu à somme nul. L?exercice était difficile, délicat, voire même périlleux. Mais il avait de la marge et l?a utilisée. Il y a eu un mix de sanctions, de promotions, de récompenses bien dosé. Les ministres critiqués par l?opinion publique, Dulull, Jeetah, Gokhool, Tang se sont vu attribuer de nouveaux portefeuilles. Il a fait aussi comprendre à tout le monde que c?est lui et lui seul le boss. Ceux qui pouvaient penser et agir en oubliant cette réalité ont compris?

Eu égard à ses objectifs politico-électoraux, il ne semble pas s?inquiéter des réactions critiquant le remaniement. Il y a eu le mécontentement allégué du Deputy PM, très vite démenti par ce dernier, de même que la sortie de l?Union musulmane et celle du député Reza Issack à l?effet que la communauté musulmane s?est sentie « humiliée ». Les critiques sévères du père Grégoire sur la sous-représentation de la communauté créole dans l?exercice de nomination à la présidence et de remaniement ont été assorties de menace d?actions à venir.

Ramgoolam n?a sûrement pas abattu toutes ses cartes. Il va les utiliser dans les mois à venir en fonction de nouveaux développements sur l?échiquier afin de répondre, entre autres, aux attentes du père Grégoire. Avec cette riposte, Ramgoolam a enrayé la dynamique de l?opposition. Il a réussi à créer dans l?opinion le sentiment qu?il reste le maître du jeu et qu?il entend jouer à fond les cartes dont il dispose pour mettre toutes les chances de son côté afin de remporter les prochaines élections générales.

Les déclarations de Pravind Jugnauth en dit long sur la gêne qui l?anime. Quand il insiste sur les qualités de son père pour être reconduit à la présidence, il dit son appréciation de la justesse de la décision du PM. Son électorat appréciera. Pravind Jugnauth souligne toutefois que le MSM est une entité indépendante et que la reconduction de SAJ ne signifie pas automatiquement une alliance PTr-MSM. Il ne peut faire autrement sinon il perdrait tout pouvoir de négociation. Le MSM considère qu?il est le joker. Toutefois, s?il se montre trop gourmand il risque de se trouver entre l?enclume et le marteau avec une alliance PTr-MMM.

Le MMM, frileux de ne pas heurter les susceptibilités des différentes composantes et segments de l?électorat, s?est contenté de parler de « rigolos et de comiques » en insistant qu?il y avait au moins quatre ministres qui n?avaient pas leur place au cabinet. Visiblement, Ramgoolam n?a pas été sensible à l?intense campagne du MMM ciblant Rama Valayden. Paul Bérenger sait que le MMM jouera son va-tout lors des prochaines élections. Il a mesuré pleinement l?impact politico-électoral de la reconduction de SAJ à la Présidence d?où son insistance que Pravind Jugnauth « has a mind of his own ». Bérenger sait qu?il serait impossible pour le MMM de remporter les prochaines élections générales sans le MSM. Pour cela, il serait prêt à faire beaucoup de concessions à Pravind Jugnauth. Mais au-delà d?une certaine limite, il pourrait toujours choisir l?option rouge !

D?ici les prochaines élections, le gouvernement aura fort à faire pour répondre aux attentes de la population sur trois fronts : la bonne gouvernance, la sécurité et le pouvoir d?achat. La gestion de l?affaire Boskalis avec les résultats que l?on sait pour Siddick Chaddy et Gérard Philippe permet d?espérer. Valeur du jour, le nouveau CP Rampersad, avec la discrétion qui le caractérise, inspire confiance quant à une politique pour combattre l?insécurité. Sur le pouvoir d?achat, c?est autrement plus compliqué avec la grave crise financière qui secoue les Etats-Unis et par effet domino, le reste du monde dont Maurice. Rama Sithanen affirme que notre économie est résiliente mais pas immunisée. Le jeu politico-électoral c?est une chose, mais restons vigilants sur la dure réalité économique. C?est aussi ça la politique !

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