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La Reunion ne veut pas être une destination secondaire

11 septembre 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Sur quoi déboucheront les assises du tourisme prévues le 12 septembre à Saint-Denis en présence de Hervé Novelli, le secrétaire d?Etat en charge de ces dossiers au sein du gouvernement? C?est la question que se posent avec un certain embarras les services de la préfecture depuis le milieu de la semaine dernière.

Depuis que la Région a clairement fait savoir à l?Etat qu?elle ne signerait sans doute pas la charte relative au développement touristique de la Réunion.

Elaborée depuis des mois, cette charte était censée graver dans le marbre les engagements des différents partenaires publics, l?objectif étant de définir une stratégie commune pour 2015 et de relancer une destination en panne. Officiellement, les assises du tourisme devraient toujours se dérouler à la fin de la semaine. Officieusement, on estime dans certains milieux politiques et professionnels que «cette grand-messe» voulue par l?État se soldera par «un échec retentissant».

Comment en est-on arrivé là après plus d?un an et demi de discussions ? Les raisons de ce divorce annoncé entre le gouvernement et la Région sont en réalité multiples.

Il y a d?abord la forme. Dans les rangs de la majorité régionale, on ne cache plus son agacement. Le 28 août, la commission du développement économique a regretté dans son avis que la collectivité n?ait pas été associée aux travaux réalisés par ODIT France.

Missionné par le gouvernement, ODIT France est pour mémoire, un groupement d?intérêt public chargé de conseiller l?ensemble des acteurs du tourisme français. La Région estime aujourd?hui que cette plateforme de propositions ne traduit pas «l?esprit partenarial» qui aurait dû présider à l?organisation de ces assises. En termes moins diplomatiques, voilà donc l?Etat accusé de vouloir imposer ses vues sans avoir même pris soin de consulter les élus régionaux et les établissements publics intercommunaux, considérés par la collectivité comme des interlocuteurs pourtant incontournables.

Aux yeux de la majorité, les conséquences sont évidentes : elle considère que «le plan de relance de la destination qui sera rendu public le 12 septembre ne peut ni l?engager, ni être le fil conducteur des assises du tourisme réunionnais».

Privilégier une compagnie privée

L?exaspération de la Région est nourrie aussi par des divergences de fond avec la préfecture. Pour sortir la Réunion de «son impasse stratégique», ODIT France estime que l?île n?a pas d?autre alternative que de «bâtir un partenariat avec Maurice».

Dans le volumineux rapport remis à la collectivité il y a quelques jours, les experts mandatés par le gouvernement assurent que «la Réunion ne sera jamais une destination touristique de masse», et soulignent l?urgence d?adosser notre département au leader touristique de l?océan Indien.

Ce postulat posé, le document va plus loin et considère que le couplage avec Maurice suppose, à terme, la libéralisation de l?espace aérien entre Saint-Denis et Port Louis. «Des projets de liaison entre l?Europe et la Réunion existent déjà mais ne peuvent pas se réaliser compte tenu de la restriction des droits de trafic entre la Réunion et Maurice», peut-on lire page 50 du rapport.

Un paragraphe plus bas, les auteurs affirment qu?il faut laisser à un opérateur qui ne serait ni Air Mauritius, ni Air Austral, la possibilité de proposer une offre touristique pertinente entre les deux îles. Contre toute attente, ODIT France n?hésite pas à nommer cet opérateur et indique noir sur blanc que Nouvelles Frontières et le groupe allemand TUI sont prêts à renforcer leur stratégie dans l?océan Indien.

Pour la Région, actionnaire de référence d?Air Austral , l?Etat sort à travers cette proposition de son rôle de régulateur pour privilégier une compagnie privée. «La Réunion n?a pas vocation à devenir la destination secondaire de Maurice en s?enfermant dans une clientèle européenne», réplique-t-on dans les couloirs de la pyramide inversée. Peut-on imaginer un compromis avant l?arrivée du secrétaire d?Etat au tourisme à la Réunion ? Rien n?est moins sûr. A moins que l?Etat ne se décide, d?ici là, à remanier la charte en s?engageant par exemple sur la question de la délivrance des visas aux touristes étrangers.

Tout le monde sait que la collectivité et l?IRT, la structure créée sur les décombres du Comité du tourisme, sont particulièrement attachées à ce dossier...

Florent CORÉE

© Journal de l?île de La Reunion

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