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La renaissance exemplaire d?un rescapé de la drogue
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La renaissance exemplaire d?un rescapé de la drogue
Il est tout à fait possible de s?extraire des griffes de la drogue. Jean-Noël Abraham, ancien usager de drogue par voie intraveineuse, en sait quelque chose. Abstinent depuis 10 mois, il insiste pour témoigner à visage découvert. Afin de donner l?exemple à d?autres.
«Mo ti enn salo, madam. Dimounn ti bat kart ar moi, pa ti invit moi zot lakaz parski zot ti pou kriye ?voler?. Zordi mo invite partou. Dimoun respekte moi. Mo senti moi for terib», déclare, non sans une certaine fierté, cet homme de 33 ans.
Ce fils d?une famille éclatée et nombreuse prend la mer comme marin pêcheur à 16 ans. Les campagnes de pêche le retiennent six mois hors de Maurice. Dès que son bateau accoste le quai, il n?a qu?une hâte : descendre pour séduire les filles. À 17 ans, Jean-Noël entend dire que la drogue améliore les performances sexuelles. Il veut s?en assurer et se fait injecter sa première dose de brown sugar.
Jean-Noël refuse toutefois de mettre son emploi en péril. De sorte qu?il ne se shoote qu?une fois à terre. Lorsqu?il reprend la mer, pendant la première semaine, son organisme lutte contre les symptômes de manque que sont notamment la diarrhée, une soudaine fatigue physique, des courbatures. Passé le délai de sept jours, il se sent mieux. Mais, dès qu?il regagne la terre ferme, il doit se shooter. Il le fait tous les jours, augmentant progressivement ses doses. «Monn deza consomm ziska enn gram par zour», avoue-t-il.
À 21 ans, il emménage avec une copine dont il est amoureux. Une partie de son salaire de marin-pêcheur est consacrée aux dépenses du ménage. Le reste est dilapidé dans la drogue. «Kan mo kas fini, mo vann bann zafer dan lakaz.» Sa compagne tient le coup, espérant des jours meilleurs. Elle lui sait gré du niveau de vie qu?il lui permet de mener car un marin-pêcheur gagne mensuellement entre Rs 18 000 et Rs 25 000.
Malgré sa dépendance, Jean-Noël veut d?un enfant. Ce n?est qu?au bout de dix ans de vie commune que sa compagne tombe enceinte. Fou de joie, il n?a plus envie de reprendre la mer. Son souhait est de voir grandir son enfant. Un mois après la naissance de sa fille, il abandonne le métier de marin-pêcheur. Il décide dans la foulée de ne plus se droguer. Lui et un ami se lancent même dans la confection artisanale de papaye cristallisée qu?ils vendent.
Prise de conscience
Mais la petite entreprise ne décolle jamais. Si bien qu?il se retrouve sans occupation. Par découragement, il rechute. «Mo ti pe rest akot enn baz ladrog e pourtan, mo ti aret droge enn moi. Ler mo kamarad dir moi li pe fer pert e ki pa kapav kontinie, monn nek sot simin ek mo pran de doz.»
Ce geste marque le début de sa déchéance. Il se drogue sans discontinuer. Et plus encore quand sa compagne le plaque, emmenant avec elle leur fille. «Depi 2002 ziska desam 2004, mo pa finn aret ditou. Ler mo pa ti ena kas, monn kokin dimounn, madam. Gard inn may moi ar ladrog, monn bizin pay kosyon ek laman.» Sa logeuse finit par le mettre à la porte. Il trouve refuge chez une de ses s?urs qui squatte dans une banlieue de Port-Louis. Elle est toxicomane comme lui.
Jean-Noël a un sursaut d?éveil quand il réalise que sa fille est déchirée entre lui et sa mère. «Kan mo al get mo tifi, li envi vinn ar moi. Me li oblize res ar so mama. Mo pa finn le perdi li osi. » Une prise de conscience renforcée par la mort de sa s?ur. «Linn mor tousel kouma enn lisien. Monn pense ki mo pou prosin lor lalist. Lerla monn dir ase. Mo envi dimounn respekte moi.»
Une autre de ses s?urs l?incite à se rendre au Centre de Solidarité à Rose-Hill. Il y va mais ne prend ses médicaments de sevrage que pendant un ou deux jours, préférant se fier aux animateurs et à renforcer sa volonté. «Li difisil oui me pa imposib aret drogue. Bisin volonte ek soutien familial. Monn investi pratikman tou mo letan dan appran kouma dir non.»
Le magistrat, qui doit statuer sur la garde de sa fille, n?en croit pas ses yeux. Il s?attendait à voir une loque. C?est un Jean-Noël tout ragaillardi qui se présente devant lui. Si bien qu?il accorde au père le droit de prendre sa fille un week-end sur deux. «Monn al get tipti me mo pankor pre pou pren li en week-end. Mo pa le pran li pou les li avek mo ser. Mo le, kan mo pran li, mo pas tou mo letan ar li.»
Jean-Noël est en quête d?un emploi bien précis dans le domaine du social. Son objectif désormais est de témoigner et servir d?exemple aux usagers de drogue. «Mo le mo experians servi zot pou zot aret drogue.» Malgré toutes les souffrances endurées, il est à même de regarder le côté positif des choses. «Mo madam inn kit moi oui me mo kone zordi mo zenfan lamem?»
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