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La rebelle aux yeux pétillants

15 février 2007, 00:00

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Les yeux de Nita pétillent. Elle rougit et ne peut arrêter son fou rire. On aura rarement vu Nita Deerpalsing, députée travailliste, députée rebelle ? à la langue et l?esprit ainsi futés.

C?est vrai que l?on imagine difficilement qu?un personnage public, politicien de surcroît, soit comme les autres. Que comme le commun des mortels, le politicien aspire lui aussi au bonheur. Mais Nita n?est pas politicienne. Elle ?est?.

?Je suis entière?, répond-elle quand on lui demande ce qu?elle pense être sa plus grande qualité. Elle est également passionnée par tout ce qui l?entoure. C?est d?ailleurs ce qui explique ses coups de gueule. Ce n?est pas un hasard si elle est connue comme la ?grande gueule?. Mais cette passion doit bien l?épuiser. ?C?est vrai. C?est éreintant. Mais le jour où je ne ressens plus de passion, je meurs?, dit-elle d?un ton catégorique.

Quand on est comme cela, on ne fait pas forcément que ce que l?on a envie de faire. C?est parce que ses parents la forcent à manger de la viande quand elle est toute petite déjà, qu?elle devient végétarienne lorsqu?elle s?envole au Canada pour ses études. Mais Nita n?est pas totalement déraisonnable. Juste un peu têtue. (Mais ça, elle l?admet.) Quand elle quitte le Canada en 1995 pour revenir au pays dix ans après, pour des raisons familiales, elle le fait avec un sentiment mitigé.

Mais devoir ou pas, elle ne durera que dix mois. Après la liberté ressentie à Vancouver, Nita étouffe à Maurice. Elle n?en pouvait plus d?avoir à faire face à toutes ces ?matant ek belser?, qui, à la moindre occasion, lui demande l?inlassable question ; ?kan gran zour la ?? Elle fait ses valises et retourne au Canada. Mais sa conscience ne la laissera pas en paix. Un an après, Nita retourne au bercail encore une fois.

?Et cette fois, j?avais pris la décision d?envoyer les tantines et les belles-s?urs paître. J?ai décidé que j?allais vivre ma vie?, dit-elle. Et ainsi est née Nita la rebelle ? ?Ah non. J?ai toujours été une rebelle !? s?écrie-t-elle, visiblement jalouse de sa rébellion.

Mais cette rébellion s?atténue peut-être en 1998 quand elle perd sa mère. Elle marque un temps d?arrêt. ?Quand on perd sa mère, c?est comme un pilier qui s?effondre. On revient à l?essentiel. Le reste est superflu et n?a plus de place.? L?émotion est tangible. Le revers de cette passion qui la consomme.

En 2002, Nita Deerpalsing, prend une nouvelle dimension. Elle connaît l?intensité quand elle s?envole pour Londres pour un an au London Business School.

?Londres m?a libérée?, dit-elle. De quoi ? ?Je ne sais pas?, répond elle. Depuis elle y va tous les ans. Plusieurs fois par an, précise-t-elle, rieuse. La douleur est oubliée, le pétillement des yeux reprend. Londres, dit-elle, est l?endroit ?où je me défoule, je fais la folle. Londres me stimule intellectuellement, culturellement, physiquement. Je suis allée au concert de U2, de Sting et je me suis dit : this is the life ! ?

Fuguer à Londres

Nita Deerpalsing n?a jamais été aussi vivante que lorsqu?elle parle de Londres ?le moment le plus intense dans (sa) vie.? Cette joie qu?elle met à nu nous laisse quand même perplexe. Intense dans quel sens ? ?Vous savez le sentiment que the world is my oyster ? Que tout est à votre portée ? C?est ce que Londres m?a apporté.? Forcément quand on est aussi passionné, on ressent les choses de façon intense. C?est ainsi que Nita dit ne pas avoir de place dans sa vie pour l?hypocrisie. Un positionnement qui ne vient pas faciliter sa vie de politicienne. Mais elle le conjugue très bien.

Car Nita est aussi dans la politique par passion. Mais une passion différente. Elle dit avoir une confiance infinie en Navin Ramgoolam ainsi qu?une admiration profonde. N?est-ce pas là un aveu pour le moins bizarre ? ?Non parce que je suis persuadée que c?est le seul politicien qui a le courage de ses convictions.? Ce qui fait que Nita Deerpalsing fera de la politique aussi longtemps que Navin Ramgoolam fera de la politique.

Mais au fil des années, Nita la rebelle a appris à tempérer et à ajouter un peu d?eau dans son vin. Elle ne fuit plus les ?matant ek belser?, elle réplique dorénavant que ?gran zour inn fini arive. Zour mo ti ne.? Depuis qu?elle est dans la politique active, Nita sort moins, sa vie sociale est moins active. Mais quand elle sent qu?elle étouffe, la fugue est toujours possible... Londres n?est qu?à 11 heures de vol.

Et après ? Un sourire éclatant et des yeux pétillants dans un visage franc nous regardent. ?Où que soit le script, je jouerai le rôle qui m?est réservé.? Il faut juste s?assurer que l?aéroport n?est pas trop loin?

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