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La révolution monétaire attendue avec impatience aux Seychelles

8 août 2006, 20:00

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James Michel au pouvoir ne réjouit pas forcément la communauté des affaires aux Seychelles. Entrepreneurs locaux et investisseurs étrangers, dont des Mauriciens, s’accrochent à présent à l’engagement préélectoral du président de l’archipel de déréguler le taux de change et l’accès aux devises, d’abolir le contrôle des prix et de moins imposer les sociétés.

“Rien ne change vraiment. Mais nous n’allons pas faire un procès d’intention au nouveau gouvernement Michel. Il a promis de rendre les Seychelles plus business friendly. “Espérons que cette fois, il tiendra parole”, déclare Bernard Pool, président de la Chambre du commerce et d’industrie des Seychelles.

Peu avant les élections, James Michel a annoncé une augmentation du seuil d’exemption pour la taxe sur les sociétés. Celui-ci passe de R 48 000 à R 250 000 (une roupie seychelloise vaut environ six roupies mauriciennes). Cette annonce a instillé un certain optimisme au sein de la communauté des affaires seychelloise, très réprimée par des politiques restrictionistes telles que le contrôle des prix et la pénurie de devises étrangères.

Pour Bernard Pool, toutefois, aucune amélioration significative de l’environnement des affaires n’est possible aussi longtemps qu’il n’y a pas un relâchement du contrôle serré relatif aux devises. En théorie, la roupie seychelloise est indexée à un panier de devises. Officiellement, sa valeur est maintenue à R 5,50 pour un dollar américain. En réalitié, la roupie seychelloise vaut deux fois moins, le dollar peut valoir jusqu’à R10 sur le marché noir.

Une roupie forte peut arranger les importateurs mais pas les exportateurs et l’industrie touristique en particulier. Les Seychelles sont tenus pour être une destination paradisiaque mais chère. Ajay Bramdeo, haut-commissaire sud-africain à Port-Louis et à Mahé, concluait peu avant la proclamation des résultats de la présidentielle du 30 juillet, que cela ne valait pas la peine d’encourager ses comptriotes à aller aux Seychelles. “Ce pays est trop cher. La roupie seychelloise est presque à parité avec le rand”, relevait-il peu avant la proclamation des résultats à l’issue de la présidentielle du 30 juillet.

Mais ce qui dérange dans la politique de contrôle de la monnaie seychelloise, c’est surtout le mécanisme complexe régissant l’accès aux devises. Une grosse part des recettes en devises étrangères est retenue dans des comptes spéciaux, inaccessibles sauf pour des besoins spécifiés par l’Exchange Control Act. Cet argent n’entre pas en circulation dans l’économie qui se retrouve ainsi appauvrie.

“Les Seychelles gagnent davantage en devises par tête d’habitant que Maurice. Notre pouvoir d’achat est supérieur au vôtre. Mais le commerce et les affaires n’ont pas libre accès aux devises pour importer les produits de consommation et pour investir dans l’expansion. Aux Seychelles, nous avons de l’argent mais nous ne pouvons le dépenser”, souligne Bernard Pool.

Sur chaque dollar que gagne l’industrie du tourisme, par exemple, elle doit conserver entre 15 et 85 sous en devises. Le reste, peut être échangé en roupies pour financer les dépenses courantes. Les devises ne sont accessibles que pour rembourser des dettes ou financer des investissements.

Le taux de rétention est négocié au cas par cas avec le gouvernement. La Chambre de commerce seychelloise estime qu’en moyenne, 35 % des recettes touristiques sont ainsi vérouillées dès le départ. Des 65 % restantes, une part additionnelle (45 %) est maintenue en devises à l’usage de l’état qui a d’importantes dettes et d’ambitieux programmes sociaux à financer. Ainsi, sur chaque dollar qui entre aux Seychelles, environ 30 sous de plus sont bloqués et le gouvernement seul y a accès.

Au bout du compte, sur chaque dollar gagné par les Seychelles, 35 sous seulement circulent dans l’économie. Quand un promoteur ou un commerçant veut importer quoi que ce soit, il doit faire une demande auprès de sa banque pour obtenir le montant nécessaire en devises pour la transaction. Il intègre automatiquement une liste d’attente et cela peut prendre jusqu’à deux ans avant que son tour n’arrive.

“Le secteur privé seychellois est tué à coup sûr. L’entrepreneur local n’a d’autreschoix que de se lancer dans le tourisme qui est la seule industrie autorisée à accepter des paiements en devises. Ailleurs, il devra obligatoirement se tourner vers la banque pour se procurer des devises. Le plus souvent, celle-ci plaidera la pénurie”, fait remarquer Bernard Pool.

<I>“Le président Michel est-il capable des décisions dictées par l’impératif économique du moment ? Ou se laissera-t-il encore une fois dicter par son chef de parti, Albert René, qui reste éminemment socialiste ?”</I>

De même, un expatrié travaillant aux Seychelles ne peut rapatrier qu’une part pré-négociée de ses salaires. Le reste, il est obligé de les échanger en monnaie locale. Très souvent, il n’a d’autre choix que de voyager pour tout dépenser. Car la roupie seychelloise n’a de valeur que dans l’archipel. Et là encore…

Cette situation a donné naissance à un important marché parallèle de devises. Chaque expatrié travaillant dans l’archipel est un cambiste potentiel. Pour lui, c’est le seul moyen de battre le système et de faire des économies qui ont une certaine valeur hors des Seychelles. Tous les efforts du gouvernement Michel de réinstaurer la souveraineté des banques dans ce domaine se sont soldés par un échec.

Les investisseurs étrangers recourent à d’autres manœuvres, plus sophistiquées, pour accéder aux devises. “Ainsi, certains groupes hôteliers ont obtenu de pouvoir vendre leur réserves de devises à d’autres investisseurs. D’autres ont négocié toutes sortes de concessions”, fait ressortir le président de la Chambre de commerce. Abondant dans le même sens, l’opposition a fait remarquer que certains groupes hôteliers mauriciens opérant aux Seychelles ont pu recruter jusqu’à leur service de sécurité à Maurice. Des pratiques de ce type ne sont pas pour améliorer le sort des Seychellois, insistait-elle.

L’accès aux devises et le taux de change n’étaient pas toujours contrôlés aux Seychelles. Mais il y a eu des abus par rapport à l’expatriation des recettes. à tel point que l’économie en était presqu’au même niveau d’atrophie que présentement. Le contrôle a été introduit en réponse à cette situation. Mais il a été très vite perverti de sorte que les Seychelles sont aujourd’hui de retour à la case départ.

“Le président Michel s’est engagé à déréguler. Nous ne savons pas encore comment il compte procéder. Il a indiqué qu’il entend réduire la part des devises retenue pour le compte de l’état. C’est un bon début” , poursuit bernard Pool.

Le président de la Chambre de commerce seychellois brosse un tableau plutôt sombre de l’économie. Le secteur manufacturier est quasi inexistant. L’industrie de la pêche gagne bien mais une grosse part des recettes va au remboursement de dettes. Idem pour les trois tankers acquis par la Seychelles Petroleum Corporation. Seul le secteur offshore s’en sort mais il est encore relativement jeune.

“Nous nous dirigeons tout droit vers le gouffre. Le président Michel est-il capable des décisions dictées par l’impératif économique du moment ? Ou se laissera-t-il encore une fois dicter par son chef de parti, Albert René qui reste éminemment socialiste ?” se demande Bernard Pool. Il ne peut s’empêcher de faire ressortir que comme René, Michel est avant tout un homme de parti.

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