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La réforme oubliée
Ariane CAVALOT DE l?ESTRAC
Dans nos conversations, l?affaire Jugnauth ne se résume déjà plus qu?à un seul propos : quel nouveau rapport de forces une élection partielle révèlera-t-elle? Une campagne maintenant n?a pourtant guère d?enjeu : chacun sait que le gouvernement n?est pas populaire et que l?alternative n?est pas crédible ; une élection ne servirait qu?à confirmer ce flou. Mais les pronostics et les tactiques nous occupent déjà l?esprit. Le débat sur la corruption aux élections risque d?être vite classé, nous privant ainsi d?une belle occasion.
L?affaire Ashock Jugnauth vient redire l?urgence de corriger les failles de notre système électoral. Elle survient à un moment somme toute propice. Non seulement, à trois ans des élections, le climat est suffisamment serein pour un tel débat, mais celui-là même que l?on considère comme l?autorité nationale sur la question de réforme électorale est un des hommes les plus puissants du pays ! Bien sûr, Rama Sithanen a d?autres priorités, un autre défi à réussir. Et lui demander de mener ainsi deux barques à contre-courant ? il devra encore gagner à sa cause un grand nombre de ses collègues ? serait peut-être au-delà du raisonnable. Mais le fait demeure : c?est l?occasion d?une réforme électorale.
Le débat, on l?a effleuré cette semaine, embarrassés de constater que cinq ans après Sachs, c?est un problème auquel la commission proposait des solutions qui resurgissent avec l?affaire Jugnauth. Parmi les solutions de prévention, le renforcement des pouvoirs de l?Electoral Supervisory Commission, proposition largement souhaitée qui devrait pouvoir sanctionner le candidat pendant la campagne, disait Sachs. On a parlé aussi de «caretaker government» à la manière du Bangladesh où un chef de gouvernement neutre assume, pendant la campagne, la gestion des affaires publiques.
Une solution difficilement adaptable à Maurice vu la rareté de cette neutralité. On a encore évoqué le Code de conduite que la Commission électorale devait mettre sur pied, un code à des miles de nos réalités.
Qui empêcherait les insultes, les attaques personnelles, les affiches sauvages?
Avec ces suggestions en réalité, certes toutes valables et nécessaires, on tourne autour du pot. On ne met pas le doigt sur le problème, on l?évite. Tout système électoral développe une attitude. Les relations malsaines qui se sont développées entre électeurs et candidats, c?est une conséquence indésirable du système First Past the Post (FPTP). L?incident Ashock Jugnauth, c?est une situation observée dans plusieurs démocraties qui utilisent encore cette formule. Pour changer la conduite, il n?y a pas d?autres moyens que de changer le système. Dans la logique du FPTP, il n?y a rien d?autre qui importe que remporter la victoire au niveau de la circonscription. Le nom, inspiré de la course hippique, indique bien l?enjeu de l?épreuve. Réaliser un bon pourcentage de votes permettant au parti d?être représenté n?est pas la question. Car un parti qui aurait le nombre le plus important de votes au niveau national pourrait n?obtenir aucun siège parlementaire. C?est tout ou rien, une condition obsédante qui entraîne des attitudes peu honorables. Gagner à tout prix amène à fragmenter l?électorat, à développer des stratégies différentes pour électorats à sensibilité différente, incite à déployer des ressources illégitimes, des dépenses démesurées pour s?approprier le vote. Ces défauts attribués au FPTP, les experts assurent que la proportionnelle les élimine. Il faut d?abord, avant de choisir l?alternative, accepter que le système ne convient plus, que ce qu?on qualifie de «folklore» s?appelle en réalité «electoral offences», plus nombreuses qu?on ne le croit. C?est peut-être par les nouveaux venus que se fera ce changement. Les professionnels, les jeunes veulent une place que ne leur donne pas le FTPT parce qu?il empêche de voir la valeur réelle des personnes. Profitons de cette occasion de faire «la politique autrement».
Avant qu?ils ne se laissent aussi corrompre.
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