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La productivité et la « décence »

4 novembre 2007, 00:00

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Au moment où le débat autour de la nouvelle législation du travail s?enlise ou prend une nouvelle direction ? selon qu?on soit dans le camp syndical, gouvernemental ou patronal ? il convient de rappeler quelques autres éléments du « wider picture ».

Toutes nos industries dépendent de l?exportation. Et chacun de ces secteurs préserve sa compétitivité et sa capacité à rendre ses produits attractifs aux acheteurs étrangers en étant le plus performant et innovant possible. Pour cela, il faut que la main-d??uvre que chacun d?entre eux emploie le soit également. À ce sujet, les statistiques peuvent être trompeuses, si elles sont lues superficiellement. Ainsi, les derniers indicateurs de productivité et de compétitivité de la « Central Statistics Office » (CSO) démontrent que la productivité de la main-d??uvre dans nos industries manufacturières a crû de 3,2 % en 2006.

Cela n?a strictement rien d?exceptionnel ! Dans les pays où le « mix » capital, travail et technologie est bien mieux dosé, les gains en productivité sont énormes. Ainsi la Corée du Sud et Taiwan ont respectivement enregistré des progressions de 10,8 % et 6,9 % durant l?année passée. À Maurice, depuis 1996, ce taux stagne autour de 3,6 %.

L?une des explications à cette inertie est l?attitude de nos syndicats.

Ces grands déphasés devant l?éternel abhorrent le mot « productivité ».

Car pour eux, inévitablement, quand un employeur demande à son staff de travailler plus ou mieux, cela équivaut invariablement à de l?exploitation. Dans leur logique, tout travail supplémentaire doit être accompagné d?un salaire rehaussé. Une douce utopie en laquelle nos syndicalistes s?entêtent toujours de croire.

On se demande si les ouvriers de St-Félix, qui risquent de se retrouver sur le carreau dans les jours à venir, refuseraient de travailler un peu plus ou différemment si on leur offrait en contrepartie l?assurance que leur job allait être préservé sur un nombre d?année déterminé. Cette sorte de deal a couramment lieu dans les pays asiatiques. Pourquoi à Maurice l?évocation d?un tel compromis devrait-il choquer nos syndicalistes ?

Il ne faut pas se tromper, si le « seafood » est florissant. Si le textile renoue avec un taux de croissance fort appréciable, c?est avant tout grâce à des investissements massifs en équipements. Tantôt pour filer du coton, quand ce n?est pas pour traiter le thon dans des conditions d?hygiène impeccables sur des chaînes de production « taillées » pour la performance.

Ce sont le capital et la technologie qui dopent la croissance de la compétitivité dans nos industries de production et de transformation. Pas encore l?apport décisif de la main-d??uvre. Qui, par contre, est de plus en plus performante et productive dans les services. Toutefois, on ne peut demander de l?effort sans rien donner en retour.

Les entreprises les plus performantes, qu?elles opèrent dans les services ou dans la manufacture, obtiennent une plus grande contribution de leurs collaborateurs à travers des plans de motivation pensés. À la faveur de valeurs et de cultures d?entreprise partagées aussi bien par le planton que par le « Chief Executive Officer ». Dans beaucoup de cas, il s?agit avant tout de valoriser l?employé et sa contribution pour qu?il mette deux fois plus de c?ur à l?ouvrage. Un certain nombre de nos entreprises ne semblent toujours pas au courant de cette « découverte. » Elles gagneraient à remettre en question leurs modes de fonctionnement.

Mais il ne faut pas en oublier le salaire. Valoriser et motiver ses employés, c?est une chose. Toutefois, il faut aussi qu?ils puissent vivre décemment, payer les mensualités du prêt contracté pour leur maison, acheter la bonbonne de gaz ou « tire so ration ». L?Organisation internationale du travail rappelle la nécessité d?avoir un « travail décent ». Qui est « productif et apporte une juste rémunération, la sécurité sur le lieu du travail et une protection sociale pour les familles? »

Cette notion nous semble essentielle. Mais remise dans le contexte local, elle ne nécessite pas la mise en place d?un salaire minimum qui dépasse les Rs 10 000 comme le demandent les syndicalistes. Par contre, profitons de l?opportunité que nous offre la réactualisation du « panier » que le CSO utilise pour calculer l?indice des prix à la consommation pour évaluer un nouveau « salaire décent ». Un minimum vital pour vivre à Maurice. Que ce minimum vital serve de salaire de base. Car c?est vrai, l?aberration que constituent les « remuneration orders » doit disparaître.

Mais quelle somme ? Laissons le CSO la déterminer en toute indépendance ! En sachant qu?il y a certaines entreprises qui ne pourront sans doute, pour des raisons économiques justifiables, même pas payer ce minimum. Une réflexion devra être menée au sujet de ces entreprises-là. Doit-on les maintenir sous perfusion d?aides publiques pour assurer artificiellement leur viabilité financière et l?emploi de leurs ouvriers ? Nous ne le pensons pas. Si nous voulons effectivement « protect workers and not jobs », il faudra mettre en place ce salaire minimum. Et poursuivre une réflexion sur comment rendre plus efficientes et profitables les entreprises incapables de payer leurs salariés convenablement. Si nous ne pouvons le faire, peut-être serait-il utile de réfléchir aux stratégies pour aider ces entreprises à carrément changer de secteur d?activité. Faute de quoi on devra les aider à disparaître?

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