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La preuve par quatre

9 septembre 2006, 20:00

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Revigorés ou angoissés ? L?on ne saurait trop dire l?effet de la visite des quatre prestigieux invités de la semaine sur le moral du cabinet et sur celui des citoyens soucieux de l?avancement du pays. La similitude de leurs méthodes avec la réforme du gouvernement ne peut qu?avoir renforcé la conviction d?être sur la bonne voie ; ils sont la preuve, s?il en fallait, que ça marche. Mais ils ont aussi révélé le devoir de rigueur dans le suivi de toute réforme, l?ampleur de la responsabilité, la conscience du long chemin à parcourir, et imposé par une tension certaine. L?ancien Premier ministre d?Irlande en a rajouté en touchant notre point sensible : sommes-nous sûrs de pouvoir réussir une telle réforme avec un capital humain aussi pauvre ?

Si Garret Fitzgerald est à ce point étonné que les admissions à l?université soient si faibles, c?est qu?il est de ceux qui ont toujours soutenu que de l?organisation de l?éducation dépend directement et largement la réussite économique. C?est l?explication qu?il donne à celle de son pays. Le lien éducation/croissance est indéniable, l?impact significatif de l?un sur l?autre est plus difficile à prouver.

Mais le notable attire notre attention sur un problème réel : le schéma de répartition de notre masse estudiantine (primaire/secondaire/tertiaire), ainsi que le partage, entre ces sections, du budget de l?éducation, ne s?accordent pas avec un pays dont la réforme économique repose sur un « edge » technologique.

Fitzgerald réfléchit sans doute ainsi. Un système d?éducation qui met l?accent sur le primaire et le secondaire est adapté à une économie qui fondera sa stratégie de développement sur l?imitation de technologies qui existent déjà. Une telle économie réclame des exécutants. À l?opposé, les pays proches de la frontière technologique, et qui veulent vivre du développement de logiciels, qui devront trouver des créneaux nouveaux dans les TIC, qui « technologisent » toutes leurs industries, privilégient l?enseignement supérieur, car ils ont besoin d?innovateurs et de chercheurs. C?est des pays en développement les mieux pourvus en travailleurs hautement qualifiés et en universités que sont venues les variétés les plus développées de riz, de blé, etc. C?est, de même, à un cadre de recherche avancé sur le sucre, un savoir sans cesse perfectionné au collège d?Agriculture et à l?université, que nous devons une renommée internationale dans cette technologie et des innovations sur lesquelles nous sommes en mesure de capitaliser aujourd?hui.

Pour être compétitives, pour stimuler la croissance, pour trouver les niches nouvelles, nos industries, actuelles et à venir, ont besoin de la recherche et de l?innovation que garantit la qualité de l?enseignement supérieur. Or, aux yeux de l?Irlandais, il est clair que nous ne nous donnons pas les moyens de nos ambitions : 30 000 enfants au primaire et seulement 3 000 à l?université ? 15 % du budget alloué à l?enseignement supérieur ? Cela relève d?une anomalie pour une économie qui prend pour modèle l?Irlande et la Nouvelle- Zélande. L?Irlande consacre un quart de son budget-éducation uniquement pour un « Strategic Innovation Fund », un programme pour la recherche et le développement au niveau tertiaire. Depuis 1960, son budget-éducation augmente de 2 % chaque année. L?un de ses arguments : sa population est jeune, 40 % est âgée entre 5 et 29 ans. Nous avons exactement le même profil.

La critique de Fitzgerald appelle-t-elle alors une réallocation du budget ? Déshabiller le primaire et le secondaire pour habiller le tertiaire relèverait dans l?état actuel de l?inconscience. Mais l?on ne peut pas nier le fait que, dans la mesure où seul un dixième des enfants seront des professionnels à même de contribuer significativement à l?économie nouvelle, ce que l?État dépense par enfant devient exorbitant par rapport au rendement. Il ne s?agit pas d?imiter l?Irlande, bien qu?il faille, faute de pouvoir allouer un budget supplémentaire à l?enseignement supérieur, inciter davantage encore la venue d?universités étrangères. Le véritable message de Fitzgerald est qu?une réforme de l?économie n?est pas réussie sans réforme de l?éducation. Un message que le gouvernement a jusqu?ici refusé d?entendre.

Tous les problèmes qui sont à l?origine de cette déperdition importante, à partir de 11 ans, sont encore entiers, intouchés. La question de « literacy », revenue sur le tapis cette semaine, (l?Irlande, soit dit en passant, a huit écoles où l?on enseigne en langue locale) ; celle de l?apprentissage des langues en général, qui handicape l?apprentissage des mathématiques et des sciences sur lequel nous aurions dû être en train de mettre l?accent pour consolider notre avantage technologique ; l?urgence de la formation pédagogique des enseignants, médiocre et dépassée (les enseignants de maternelle détiennent leur « Bachelor in Education » dans le pays de Fitzgerald), que le plus beau « curriculum » du monde n?arrivera pas à compenser. Nous ne pouvons pas espérer amener plus d?enfants jusqu?à la formation supérieure, qu?elle soit académique ou technique, sans résoudre d?abord ces problèmes.

Au cours de cette semaine, le gouvernement se sera vu octroyer un certificat d?aptitude. Nos visiteurs partis, l?épreuve ne fait que commencer.

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