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La première greffe complète de visage au monde espérée d?ici un an

28 octobre 2006, 00:00

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Une équipe de chirurgiens britanniques a reçu cette semaine l?autorisation de réaliser ce qui serait la première greffe complète de visage au monde, espérant qu?elle puisse intervenir d?ici «un an».

L?équipe du professeur Peter Butler a reçu le feu vert du comité d?éthique du Royal Free Hospital d?Hampstead, dans le nord de Londres, et doit maintenant sélectionner un patient apte psychologiquement à supporter une telle opération.

Spécialiste en chirurgie reconstructrice, le Pr Butler, qui travaille sur ce projet depuis près de 15 ans, s?est dit «ravi» par cette annonce. Il avait obtenu le droit en décembre 2005 de présélectionner des patients. Les noms de 34 personnes ont été jusqu?à présent retenus. «Nous pouvons maintenant commencer à évaluer les patients et établir une liste de quatre personnes voulant suivre la procédure», a expliqué le Pr Butler, 44 ans, qui entend éviter de se lancer dans une course à une première mondiale.

Le Royal Free Hospital est en effet en concurrence avec l?équipe du Pr Maria Siemionow à Cleveland, dans l?Ohio (Etats-Unis), qui a obtenu le feu vert des autorités médicales américaines dès octobre 2004 mais n?a pas encore choisi de patient.

«Nous continuerons à adopter une approche très prudente et à ne pas nous précipiter», a affirmé le Pr Butler. «Cela pourrait prendre plusieurs mois avant que nous soyons prêts à mener l?opération. Il est très important que nous retenions le bon patient».

Une Française, Isabelle Dinoire, avait été en novembre 2005 la première au monde à subir une greffe partielle de visage. Défigurée par son chien, elle avait été opérée au niveau du triangle nez-lèvres-menton. En avril, Li Guoxing, un paysan chinois de 30 ans, défiguré par un ours, a aussi été partiellement greffé.

Aspects phsychologiques

Mais le projet du Pr Butler va plus loin, puisque ce serait un visage entier qui serait greffé. Les patients susceptibles d?explorer cette voie ont atteint «le bout de l?échelle des possibilités en matière de chirurgie reconstructrice et il n?y a rien d?autre qu?on puisse leur offrir», a-t-il expliqué. «Il y a le problème de l?intégration dans la société, être capable de marcher dans la rue en société sans que personne ne les dévisage. C?est tout ce que les gens veulent: être normal», a-t-il remarqué.

Le Pr Butler espère ainsi qu?à long terme la greffe devienne la méthode privilégiée avant la chirurgie reconstructrice. «Pourquoi un patient voudrait-il passer par tant de procédures et ensuite être greffé ?», s?est-il interrogé.

L?opération consisterait à enlever la peau, la graisse et les vaisseaux sanguins du donneur, en état de mort cérébrale, pour les greffer sur le visage du receveur. Celui-ci devrait ensuite prendre des immuno-suppresseurs pour prévenir un éventuel rejet.

Comme pour toute greffe, une compatibilité entre le donneur et le receveur est nécessaire tant au niveau du groupe sanguin que des tissus. Dans ce cas précis, elle doit aussi l?être pour la teinte de la peau, et la texture et la couleur des cheveux.

La difficulté tient autant aux aspects psychologiques que techniques. En 2003, l?Ordre des chirurgiens s?était opposé à la demande du Pr Butler pour une greffe sur une Irlandaise de 14 ans, mettant en avant les potentiels troubles de la personnalité, particulièrement chez une jeune patiente.

Les parents du donneur peuvent également nourrir de légitimes inquiétudes, face à l?idée de voir le visage d?un être aimé disparu greffé sur un inconnu, selon le Pr Butler.

Mais selon les recherches de l?équipe londonienne, le nouveau visage du malade serait en fait hybride entre celui du donneur et celui du greffé. D?après des simulations informatiques, les familles des donneurs ne reconnaîtraient donc pas leurs proches décédés chez les greffés.

Le Collège royal des chirurgiens a rappelé ses «sérieuses préoccupations» et réclamé une «approche prudente». Mais il a souligné qu?à la lumière des dernières avancées, les réticences éthiques pourraient être levées si étaient respectées des «exigences minimales».

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