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La polyvalence incarnée

1 juillet 2006, 00:00

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En sus d?être élégante jusqu?aux bouts des ongles, Indira Pochun a l?assurance tranquille des gens qui savent exactement ce qu?ils veulent de la vie et comment s?y prendre. Elle attribue

cela à la confiance placée en elle depuis l?enfance. «Quand une personne vous apprécie et vous fait confiance, vous pouvez faire des miracles», affirme-t-elle. Le premier à avoir placé sa confiance en elle a été feu son père, à l?époque employé de la Development Works Corporation.

Elle est choyée mais également responsabilisée. Son autre source d?inspiration est feu Maya Balgobin, rectrice du collège Maurice Curé qu?Indira fréquente jusqu?en Form VI. à 17 ans et demi, elle découvre toutefois certaines réalités qui ne sont guère reluisantes. Elle est tout bonnement sacrifiée à l?autel des convictions politiques de sa famille.

Classée première après les lauréates, elle peut légitimement aspirer à l?obtention d?une bourse européenne. Elle veut étudier la médecine. Ses résultats lui permettent d?échafauder des projets d?avenir grandioses. étrangement, des élèves ayant eu des résultats moins bons que les siens lui passent sur la tête.

La bourse indienne lui est dévolue. «Je ne dénigre pas les bourses indiennes, mais c?était essentiellement une question de méritocratie. J?étais censée être dans une démocratie où l?égalité des droits doit normalement primer. Mais tel n?était pas le cas.» Passant du français à l?anglais avec aisance, elle dit ne pas comprendre pourquoi on mélange tout à Maurice. «Le gros problème dans ce pays est que l?on mix issues. Parce que je l?ai vécu, je peux vous dire que là où je pourrai, je me battrai contre cela. Mais à l?époque, j?étais impuissante. C?était frustrant.»

Elle écrit au Premier ministre d?alors, de même qu?au titulaire du maroquin de l?éducation pour s?en plaindre. Ses démarches restent lettre morte? La chance l?attend tout de même au tournant. Ayant postulé pour une bourse auprès de l?université d?Oxford ? l?Overseas Students? Scholarship ? elle l?obtient. Indira part pour l?Angleterre, réussit sa licence puis sa maîtrise en biochimie cellulaire et moléculaire. Discipline qui lui permet de comprendre le métabolisme humain, animal et végétal afin de trouver des remèdes appropriés aux maladies. Sa thèse, publiée par le journal international de médecine «Blood», porte sur les causes des naissances prématurées.

Elle impressionne tellement le corps professoral par ses notes excellentes qu?une autre bourse lui est offerte pour qu?elle complète ses études par un doctorat en neurologie. Les maladies du cerveau la fascinent au plus haut point. La Commonwealth U.K. Scholarship lui est également proposée.

Mais ayant perdu subitement son père, mort d?un infarctus, au cours de sa deuxième année d?études, Indira craint qu?un tel drame ne se répète dans sa famille. Et puis, elle se dit qu?elle a toujours le temps pour un doctorat. Elle rentre au pays en tant que biochimiste qualifiée et obtient un emploi dans le secteur public, plus précisément à l?Agricultural Products Exports Promotion Authority, unité rattachée au ministère de l?Agriculture.

Le directeur, Pritam Auckle, sent qu?il a affaire à une intelligence vive et la fait piloter bon nombre de dossiers. Lors de son passage dans ce département qui est dissous à l?issue de l?avènement du nouveau régime sorti victorieux des urnes, Indira aide à développer des secteurs porteurs pour l?exportation, notamment la culture hydroponique, l?industrie de la rose ou encore celle des palmiers d?Amérique latine. En parallèle, elle donne des cours de biotechnologie à l?école médicale de Belle-Rive. à l?issue des élections générales, Indira est mutée? dans une laiterie du ministère où elle végète pendant six mois. Elle finit par être remarquée par Maya Hanoomanjee, secrétaire permanente d?alors à l?Agriculture, qui lui offre le poste de coordonnatrice en biotechnologie et de conseillère en la matière. Indira contribue à élaborer notamment la législation sur les organismes génétiquement modifiés et le «Non-Sugar Sector Strategic Plan» pour ne citer que ceux-là.

Elle se bat pour que le Mauritius Agricultural Biotechnology Institute ? organisme censé être le support en matière de recherches pour le secteur non-sucre ? voie le jour. Sans succès, même si le projet est approuvé et son budget voté. Se sentant pressée comme un citron et pressentant qu?à un moment, une autre personne sera appelée à récolter les lauriers à sa place, Indira préfère démissionner, même si le ministre de l?Agriculture d?alors, Nando Bodha, apprécie son travail.

Sa détermination d?intégrer le secteur privé, notamment le groupe Rogers dont elle a tant entendu parler, joue en sa faveur. Sans même le connaître, elle sollicite et obtient un rendez-vous avec Tim Taylor, «chief executive officer». Celui-ci lui fait part qu?il n?a pas d?emploi à lui offrir. Mais il doit avoir été impressionné par son assurance car un mois plus tard, le représentant d?une société française qui va entrer en partenariat avec Rogers, la contacte.

On lui propose d?être la responsable de la technique et des recherches d?une compagnie qui effectuera des tests de tolérance et d?efficacité des produits dermatologiques et cosmétiques. Alors qu?Indira suit la formation appropriée en France, le projet est gelé. Après une évaluation de ses compétences, John Couve de Murville, directeur exécutif de l?unité rebaptisée Cerena, la nomme manager des projets à Roger Fayd?herbe and Co. Ltd, qui diversifie ses activités pour réduire sa dépendance du secteur sucre.

Depuis qu?elle y est, Indira a initié trois projets, à savoir la commercialisation de la technologie des serres, avec un service conseil gratuit, celle de tous les accessoires et équipements de golf, importés des fournisseurs leaders sur le marché mondial. Le dernier en cours a trait à la production de plantules de légumes, projet réalisé de concert avec la Compagnie agricole de Labourdonnais. «Les planteurs ne produisent pas la qualité car ils ne disposent pas des variétés de plantules qu?il faut et leur méthode de production n?est pas au point. Le rendement et la qualité sont donc absents. Nous leur offrons désormais une technologie importée de l?Afrique du Sud pour obtenir des plantules de qualité que nous leur livrons aux champs. La phase initiale est terminée. Nous passons à l?offensive commerciale bientôt.»

«Je crois en la méritocratie, le travail bien fait, l?intégrité et la sincérité. Je ne compte pas changer pour les autres. Chacun est libre de ses pensées.»</I>

Elle reconnaît être dans son élément au sein du privé. «Personne n?essaie de me coincer. On respecte mes compétences et on me laisse m?épanouir.» C?est après les élections que le gouvernement en place lui propose d?agir comme «chairperson» à la Small Enterprises and Handicraft Development Authority (SEHDA). Indira est surprise car les petites et moyennes entreprises ne sont pas vraiment dans ses cordes. Elle accepte pour relever le défi.

«Puisqu?un décideur a pensé qu?il devait me donner une chance, indépendamment du fait que je sois jeune ou femme, je me suis dit : pourquoi pas?» Et puis, à ce stade de son existence, précise-t-elle avec honnêteté, elle ne recherche pas de postes prestigieux.

Depuis qu?elle préside le conseil d?administration de la SEHDA, son maître-mot, outre le fait de faciliter l?émergence de petits entrepreneurs en les aidant notamment à réaliser leur plan de business et à obtenir le financement approprié, c?est d?aller vers le peuple. «Nous avons animé 39 causeries dans les centres sociaux et de jeunesse. Nous avons réalisé qu?il ne suffit pas d?informer, il faut accompagner les gens pas à pas. Je veux les aider à penser différemment, leur faire comprendre qu?il faut en finir avec la recherche de la sécurité à travers un emploi comme planton dans le gouvernement mais qu?ils peuvent être autonomes avec le coup de pouce approprié. C?est ce que nous allons faire avec d?autres organismes gouvernementaux».

Indira ne dit désormais plus que les PME ne sont pas de son ressort. «Quand on est une scientifique, on maîtrise l?analyse, la méthode et la logique. En adaptant cette compréhension à tous les domaines, on réussit obligatoirement.»

Pour avoir accepté ce poste, elle ne craint pas d?être étiquetée à jamais pro Parti travailliste ou Alliance sociale. «Les compétences n?ont pas de couleur politique. Il devrait en être ainsi quel que soit le régime en place.

Je crois en la méritocratie, le travail bien fait, l?intégrité et la sincérité. Je ne compte pas changer pour les autres. Chacun est libre de ses pensées.» Quel discours rafraîchissant, pour changer?

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