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La police veut vérifier les allégations contre Dayal

6 mai 2004, 20:00

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L?allégation d?Antoine Chetty contre un ex-haut gradé de la police a eu l?effet d?un coup de tonnerre aux Casernes centrales. Le suspect repenti aurait impliqué cet ex-haut gradé dans un complot ourdi en 1993 pour piéger un ex-partenaire du notaire Vinay Deelchand. Chetty aurait fait état à maintes reprises des liens ?intimes entre son ex-patron et l?ex-commissaire de police Raj Dayal?.

Ce témoignage serait capital à la suite de l?enquête mais il ne serait pas suffisant pour procéder à des arrestations ou des interrogatoires. Les enquêteurs seraient donc à la recherche d?autres témoignages pour étoffer leur dossier avant de passer éventuellement à l?offensive et d?interroger Raj Dayal. Un haut gradé de la police a déclaré à l?express que l?interrogatoire de Raj Dayal ?est inévitable et ce n?est qu?une question de timing?.

Sollicité par l?express, hier soir, pour une déclaration, Raj Dayal était indisponible. Une voix féminine a répondu qu?il assistait à une séance de prières. Dans un récent communiqué, son avocate, Me Gayatree Dayal, avait précisé que les accusations relèvent d?un complot des trafiquants de drogue contre son client, qui est devenu leur principale cible. Le communiqué précisait que, lorsque Raj Dayal était commissaire de police, pas moins de 254 trafiquants de drogue avaient été arrêtés, poursuivis et leurs biens saisis.

Selon Samad Goolamally, un des avocats de Chetty, les enquêteurs n?auront aucune difficulté à trouver d?autres témoignages incriminant l?ex-commissaire de police dans le complot. Après que la drogue eut été installée chez l?ex-partenaire de Deelchand par Chetty et Moonsamy Mooraghen, une réunion informelle aurait eu lieu dans la cour de la SMF à Vacoas en présence de l?ex-commissaire de police Raj Dayal.

?Politique de deux poids et deux mesures?

Auraient été présents : Chetty, Deelchand et Mooraghen. Après qu?il aurait reçu l?information du trio, Raj Dayal aurait, selon Chetty, convoqué le surintendant Appadoo pour lui demander d?effectuer une opération antidrogue. Toujours selon Chetty, Mooraghen aurait donné des informations précises sur la drogue cachée au domicile de l?homme d?affaires. L?opération a été montée, la drogue saisie et ce dernier arrêté.

Samad Goolamally a également fait ressortir que son client n?a incriminé aucun policier en service et que la déclaration du Premier ministre au Parlement, mardi, ?reflète la réalité de la déposition de Chetty?. Il dit toutefois soupçonner qu?il y a eu ?cover-up? dans des enquêtes où Chetty et Mooraghen ont été impliqués dans des agressions et complots. Il pense que c?est à la police d?enquêter.

Le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh est aussi monté au créneau pour réfuter des critiques à l?effet qu?il y aurait une tentative de cover-up dans cette affaire. Il a déclaré à l?express : ?Il n?y aura pas de cover-up dans l?affaire Deelchand. Les enquêteurs font leur travail pour ne pas laisser de porte de sortie aux personnes incriminées.?

Pour lui, le moindre faux pas des enquêteurs donnerait l?occasion aux suspects et aux personnes incriminées de s?en sortir avec des ?alibis bidon? et pourrait perturber la suite de l?enquête. Il a précisé que Dev Hurnam et Vinay Deelchand ont été interpellés à la suite de plusieurs témoignages.

C?est pour cela que les personnes dont les noms n?ont été cités que par un seul témoin n?ont pas encore été interrogées. D?autre part, l?express a appris des milieux proches des Casernes centrales que le commissaire Gopalsingh n?a aucun intérêt à ?protéger? l?ex-commissaire Dayal car les deux hommes n?ont jamais entretenu des relations de travail harmonieuses.

De son côté, Me Rama Valayden, l?un des avocats de Chetty, a, lors d?un point de presse aux Casernes dans l?après-midi, indiqué que son client va cesser de collaborer avec les enquêteurs car il a le sentiment qu?il y a une politique de ?deux poids et deux mesures?. Rama Valayden trouve anormal que Raj Dayal, qui a été cité nommément par Chetty, n?ait pas été ?interrogé et arrêté? alors que cela a été le cas pour l?avocat Hurnam et le notaire Deelchand. ?Le nom de Dayal a été cité dans un complot et la police fait la sourde oreille.?

Par aileurs, une vidéoconférence était prévue hier soir entre les deux avocats de Chetty, l?avocat français, Bernard Meli, et un avocat britannique pour décider de la stratégie en attendant que Raj Dayal soit interrogé. Deelchand a eu, pour sa part, une longue séance de travail avec ses hommes de loi.

Douze charges contre Deelchand et ses complices

Le notaire Vinay Deelchand et ses complices, Moonsamy Mooraghen, Dharmanaden Sambon, et Mahendra Choonea, ont comparu hier au tribunal de deuxième instance de Port-Louis devant la magistrate Veda Bhadain. Douze nouvelles charges provisoires allant d?assassinat à crimes d?incendie contre rémunération ont été retenues contre eux. Leur détention en cellule policière a été étendue jusqu?au 13 mai prochain.

Dans certains cas, les charges ont été reformulées alors que dans d?autres elles ont été établies avec l?évolution de l?enquête des hommes de l?inspecteur Hector Tuyau de l?Anti-drug & Smuggling Unit (Adsu) et de l?interrogatoire d?Antoine Chetty.

Le notaire Vinay Deelchand répond d?une accusation de complot pour assassiner Parvez Damree. Selon l?acte d?accusation, ce complot a été ourdi entre juin et juillet 1995 à partir du bureau du notaire sis à Pearl House , à Port-Louis.

Ancien toxicomane, Damree avait été condamné à six mois de prison en novembre 1994. Il avait impliqué Deelchand dans un trafic de drogue. Quelques jours après sa sortie de prison, il a été retrouvé mort près d?un arrêt d?autobus. L?autopsie a conclu qu?il était mort d?une overdose. Neuf ans plus tard, les circonstances de sa mort sont éclaircies avec les révélations de Chetty selon lesquelles une forte dose d?héroïne a été injectée à Damree.

De plus, le notaire est accusé d?un complot ourdi en mars 1999 pour assassiner Fezal Buglah à Madagascar. Il est aussi accusé d?avoir donné des instructions, en janvier 2000, à Chetty, son ex-bras droit, pour assassiner Philippe Calou contre paiement de Rs 500 000. Cet ex-employé de la propriété de la sucrerie Mon-Trésor-Mon-Désert a été agressé à coups de sabre pour avoir tenu tête au notaire et à Mooraghen sur un terrain dont ces derniers s?étaient appropriés illégalement mais il a survécu. Il avait identifié Chetty et Mooraghen comme ses agresseurs.

Le notaire est aussi sous le coup d?une charge d?avoir donné des instructions en août 2000 à son ex-bras droit pour mettre le feu au domicile d?Anwar Toorabally à la rue Shakespeare à Port Louis contre paiement de Rs 25 000. La 4x4 de Toorabally avait été entièrement détruite dans cet incendie. Ce dernier avait constaté des irrégularités dans la vente de son terrain à Bois-Pignolet, Terre Rouge, en 1994, et exprimé son mécontentement au notaire. Toorabally n?aurait reçu qu?une partie du prix de vente de son terrain soit Rs 1,6 million sur un total de Rs 3 millions. Il avait menacé Deelchand de porter l?affaire en cour.

Multiples complots

Un autre chef d?accusation contre le notaire est celui de complot en avril 1999 pour cacher de la drogue chez Fezal Buglah, à Mare-Gravier, Beau-Bassin. Le notaire avait recherché la complicité d?un dénommé Désiré Soyfoo pour commettre le délit contre paiement de Rs 30 000. Celui-ci est actuellement en prison pour une autre affaire.

Comme le notaire, Moonsamy Mooraghen est accusé d?avoir donné des instructions en janvier 2000 à Antoine Chetty pour assassiner Philippe Calou contre paiement de Rs 500 000.

Dharmanaden Sambon, partenaire en affaires de Deelchand et directeur d?Agnis Properties Co. Ltd, est aussi sous le coup d?une accusation de complot avec d?autres personnes pour cacher de la drogue chez Buglah afin que ce dernier soit arrêté par la police. Sambon est également accusé d?avoir donné des instructions à Chetty en août 2000 pour mettre le feu à la maison de Toorabally contre paiement de Rs 25 000.

Mahendra Choonea, un autre partenaire en affaires du notaire, est accusé du même crime d?incendie chez Toorabally. Comme Deelchand, il est accusé d?entente délictueuse datant de février ou mars 1999 pour assassiner Buglah à Madagascar. Il est aussi impliqué dans le complot pour piéger Buglah avec de l?héroïne.

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