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La Pirogue toutes voiles dehors
Il était là au début. De son premier jour, Ben Rommaldawo (aujourd?hui assistant manager) se souvient avec précision.
«Il n?y avait pas d?arrêt d?autobus près de l?hôtel. Le terminus était à deux kilomètres près du four à chaud. La Pirogue, c?était le fin fond de Flic-en-Flac. à côté, il y avait un pâturage qui n?était pas clôturé et des b?ufs venaient se promener dans la cour de l?hôtel.»
C?était il y a 30 ans. Ben Rommaldawo, 26 ans, se présentait à La Pirogue pour une «petite» interview pour le poste de trainee manager. En sueur, incommodé par son complet veston-cravate. «Le premier jour, le directeur a arraché ma cravate en me disant : «What?s this». «C?était sa manière de me faire comprendre que le style de la maison est le casual smart».
À l?époque, raconte Ben, travailler dans un hôtel était synonyme «d?amusement». «C?était l?orchestre, les spectacles, le bar.» Et puis, il a fallu s?ajuster à la réalité. D?abord celle des horaires irréguliers. D?autant plus difficile pour cet habitant de Port-Louis. Très vite, la direction «qui était bien gentille» a mis la 189 et la 190, (je n?oublierais jamais ces numéros de chambre) à la disposition des employés. «La moitié de l?hôtel n?était pas encore opérationnelle et nos chambres se trouvaient dans cette partie-là.»
<B>Inculquer un standing inconnu à Maurice</B>
Au fur et à mesure qu?il grimpe les échelons, la cadence devient plus exigeante, «very unsociable» comme le dit Ben lui-même. Exemple : «Aussitôt qu?il y a une alerte cyclonique, je quitte la maison pour l?hôtel.»
Et la réaction des proches ? Ben sourit. «Heureusement que mes enfants comprennent.» Ils acceptent que les congés publics, les soirées d?anniversaire ou de fête se passent parfois sans lui. Depuis, Ben a quitté Port-Louis pour s?installer à Flic-en-Flac. Avant d?être actif au sein des forces vives de la localité, «parce que si le village va mal, l?hôtel va mal». Il a réglé sa vie sur celle de l?hôtel, car «je ne sais rien faire d?autre».
C?est que Ben a fort à faire. Surtout au début. Car il s?agit d?inculquer un standing encore inconnu à Maurice. Un décalage rendu plus criant par les deux ans et demi de stage que Ben vient de faire à Edimbourg en écosse puis au Mayfair Hotel à Londres, «un hotel fréquenté par la famille royale», comme il se plaît à se souvenir. Petite digression pour nous raconter comment grâce à ce stage, il a assisté à l?interview que Mohamed Ali accorda à la BBC ( entretien filmé au Mayfair Hotel) ou encore comment il vit Charlie Chaplin «dans sa chaise roulante» à une soirée de gala dans cet établissement. Ou encore comment ses proches ont enregistré sur cassette les bruits d?un cyclone ( le vent, la pluie tombant sur un toit en tôle) et la lui ont fait parvenir à Londres.
Alors forcément, quand on voit des collègues locaux qui débutent et à qui il faut apprendre la différence entre convivialité et familiarité, «qu?il ne faut pas parler au client en lui passant un bras autour des épaules, apprendre l?hygiène corporelle ou qu?il ne faut pas se moucher devant lui», cela fait tout de même un peu bizarre. Surtout avec le recul.
Une expérience de 30 ans qui lui fait raconter comment, «au départ, on faisait tout : la case nautique, le jardin... mais on ne savait pas gérer tout cela. Notre métier, c?est l?hôtellerie. Maintenant nous sous-traitons les activités annexes pour nous concentrer sur notre métier.»
Pourquoi a-t-il choisi de se lancer dans cette carrière ? Réponse évidente : «Dans les années 70, le taux de chômage était élevé. J?ai répondu à une annonce de recrutement dans un journal et j?ai été retenu.» Juste après le collège, Ben se décide à suivre des cours à l?école hôtelière, qui se trouvait alors à la rue Stevenson à Quatre-Bornes. Classé parmi les dix premiers de sa promotion en practical waiting, il décrochera un stage de deux ans et demi.
Qu?en est-il des jeunes ? C?est du côté du court de tennis qu?il faut les chercher. C?est là que nous tombons sur Kamil Patel, puis sur Eddy Clarisse (joueur champion de badminton reconverti dans le tennis). Ils ont tout du tennis coach : le t-shirt et le short blanc, la casquette, avec en prime la maîtrise de la raquette. «J?ai monté ma boîte au début de l?année en m?apercevant que tous les hôtels n?avaient pas de bons coaches.» Son travail, s?occuper de deux types de clients : ceux qui découvrent ce sport et ceux qui en jouent mais qui n?ont pas le temps de pratiquer. «Le plus important, ce n?est pas de corriger les défauts techniques, car les clients veulent avant tout s?amuser.» n
<B>Ambiance</B>
Un toit de chaume caractéristique. Et chacun qui y va de son histoire. «C?est une pirogue inversée», «cela devait plutôt être une voile gonflée par le vent». Trente ans après son ouverture, La Pirogue joue encore du charme de cette forme qui vous force à vous promener le nez en l?air. C?est en tout 248 chambres et deux suites royales, divisées en bungalows, avec une formule «tout au rez-de-chaussée».
La Pirogue, c?est un jardin plein de cocotiers, une pelouse soigneusement tondue, des fleurs, une piscine à débordement qui donne l?impression de se prolonger jusque dans la mer.
«C?est une identité forte», précise Nicholas de Chalain, le directeur de l?établissement. «En plus de la structure physique d?origine, nous avons gardé l?aura, l?ambiance et l?atmosphère.» Avant d?ajouter que «La force de La Pirogue, ce sont les gens. Le personnel est à 100 % mauricien, c?est ce qui fait la force du savoir-faire, du savoir-vivre. Nous mettons l?accent sur le mauricianisme sans que cela rime avec amateurisme. C?est ce qui fait que le client revient.»
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