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La philosophie
La philosophie est, dit Malcolm de Chazal, un naturalisme spirituel, formule que n?aurait pas reniée Spinoza. Sa méthode consiste à partir des degrés les plus infimes de la vie et non les plus grands : on part du microcosme pour s?élever au macrocosme. La vie est alors une question de degrés, non de catégorisation. L?élan vital traverse le vivant, du plus infime au plus développé.
Il y a autant de profondeur dans une feuille que dans une planète interstellaire. Cette méthode permet d?éviter de tomber dans les observations de la pensée miroir, qui ne fait que refléter des catégories mentales à cent lieues de la réalité.
À l?inverse, Malcolm de Chazal parle d?analogies sensorielles et non conceptuelles, de correspondances spirituelles. Par exemple, aucune théorie physique ou métaphysique ne pourra expliquer le miracle du mouvement : je lève mon bras et il bouge. Cette expérience kinesthésique touche aux confins du monde physique. L?aveu des philosophies a été de développer une conception localisée des sens, c?est-à-dire spatialisée. Or, la vue, l?ouïe, l?odorat, le goûter sont les facultés en bloc dans le corps. Mais c?est un artifice rhétorique. Tous les sens font chiasme entre eux. Il n?y a pas de régionalisme sensoriel, seul l?esprit découpe comme un couteau. Tous les sens forment comme un sixième sens qui permet d?aller à la source de la vie.
Mieux encore, par la réunion en fuseau des cinq sens dans le sixième sens, il y a un transfert des sensations d?un sens dans un autre. Pour avoir accès à la signification n?oublions jamais que dans « sens » il y a « sens » c?est-à-dire sensation, sentir. Le corps n?est pas cloisonné, mais De Chazal voit le tout en la partie et la partie en le tout. Il y a une continuité d?une même forme de vie dans une infinité de vases différents, une parenté absolue de formes vivantes dans le réel. Son système, car il ose le mot « système », met une âme dans tout, à tous les échelons de l?existence et sur tous les plans de la vie. Il cherche, dit-il, à intra-visualiser la vie, c?est-à-dire que tout le secret de la vie est renfermé dans le plus petit geste des choses comme dans le plus grand.
Le moyen c?est la paysagéisation des lettres dans la géographie des mots. Étant fait de fini, l?homme ne peut monter vers l?invisible que sur des échelles d?images, reposoir du fini. Le grand secret de la méthode de De Chazal est sa méthode d?opposé qui consiste à jouer des pôles des idées comme des pôles des sensations. Voilà pourquoi il n?y a aucune valeur absolue aux notions d?espace et de temps qui ne sont qu?une catégorie du langage, comme les notions de cause et d?effet.
En réalité, il n?y a que des moyens sensitifs de captation des expressions de la vie, cette élasticité sensorielle de l?espace en moi, cet ?il de visionnaire qui pénètre l?envers du décor, qui appréhende le visible dans l?invisible.
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