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La petite fée de Clavis
Kiran Kalachand est une jeune femme heureuse. Phrase clichée, n?est-ce pas ? C?est bien là le problème ; il y a beaucoup de clichés avec Kiran, 29 ans, et institutrice à l?école Clavis à Moka. Mais tout ce qui est cliché n?est pas nécessairement faux. Alors, il faut le répéter : Kiran Kalachand est une jeune femme heureuse et bien dans sa peau.
Son secret ? Se lever tous les matins et avoir envie d?aller retrouver ses petits à Moka. Prendre plaisir à accompagner ses 20 élèves dans leur apprentissage quotidien, d?instiller en ces enfants les valeurs de la vie, de leur enseigner les techniques de l?existence. Mais surtout, de leur donner beaucoup, beaucoup d?amour.
Autre cliché : l?enseignement est une vocation. Ce cliché-là, Kiran, ancienne étudiante du collège Dr Maurice Curé, le vit aussi. Enseigner dans un établissement tel que Clavis aide à développer cette vocation. L?enseignement là-bas se fait de façon informelle, si on peut le dire ainsi. ?Je n?apprends pas à mes élèves comment compter jusqu?à dix. A la limite, à cet âge-là ? sept, huit ans ? la finalité n?est pas importante. Nous mettons l?accent sur le processus. En comptant différents objets, l?enfant comprendra comment on arrive à dix?, explique-t-elle. ?Tout doit avoir un sens pour l?enfant sinon il n?apprendra pas.?
Mais Kiran récuse même le terme ?institutrice?. Ce n?est pas vraiment ce qu?elle est. ?Je suis leur guide, je m?assois à leur table.? Chez Kiran, on n?apprend pas les matières de manière isolée. Quand on apprend les maths, on apprend aussi la langue. Mais avant tout, on apprend à se connaître, à s?apprécier et à faire face à ses sentiments. ?La mort d?un poisson appartenant à un élève est un drame. Et nous passons souvent des heures à en parler, à aider l?enfant à se remémorer les beaux souvenirs de son poisson. Les autres enfants compatissent et réconfortent l?enfant?, raconte-t-elle affectueusement en se remémorant l?épisode en question.
Après une vingtaine de minutes d?un flot de paroles ponctué de rires et de tendresse, nous osons interrompre Kiran. Les petits ne sont quand même pas tous des anges ? Ne parle-t-on pas de la cruauté des enfants ? Questions accueillies par un long silence. Et une expression interloquée, suivie d?un flot de paroles. ?Ah non ! Non, non, non et non ! Cruels les enfants ? Pas du tout ! Rien qu?aujourd?hui (NdlR : mardi dernier) le pain d?un de mes élèves est tombé. Les 19 autres se sont empressés de lui donner un morceau de leurs pains !? explique-t-elle, blessée que l?on ait pu critiquer ?ses? enfants.
?Tout doit avoir un sens pour l?enfant sinon il n?apprendra pas.?
Après ses études en English and Education à l?université de Newcastle en Angleterre, Kiran regagne Maurice en 2000. Il n?était pas question que cela se passe autrement. ?Ma famille et mes racines m?attendaient?,explique tout simplement cette jeune femme, marquée par l?attachement qu?elle porte à sa famille. De sa mère, elle hérite la compassion et cette envie irrésistible d?aider les autres. Ainsi, les samedis, Kiran retrouve ses amis sur le conseil d?administration de l?Association des parents pour la réhabilitation des infirmes moteurs. Son but? Essayer d?apporter aux autres ce qu?elle a eu en abondance : la joie et l?amour.
Mais le choix d?être enseignant n?était-il pas totalement étranger au fait que les professeurs? ont de longues vacances? Éclats de rire. ?Tout à fait ! Après tout, il faut bien que je voyage !? Car voyager, Kiran adore. Ses destinations de prédilection sont l?Inde et la Malaisie. Voyager est important ?parce qu?à part le shopping et la bouffe, cela permet de rencontrer les gens?.
Rencontrer des gens était aussi la raison pour laquelle Kiran sortait assidûment il y a quelques années. Et puis, petit à petit, elle s?est calmée. ?Maintenant je préfère passer des moments tranquilles avec mes amis. Je n?aime plus les sorties en groupes.?
Et quand elle veut se retrouver seule, Kiran va vers un livre ou une comédie romantique, (en espérant qu?il va pleuvoir). Elle a adoré le livre de Kavita Daswani, ?For matrimonial purposes?. ?Je m?identifie à l?héroïne qui est Sindhi comme moi et qui est en âge de se marier.? Avant de s?empresser d?ajouter que ce n?est pas son cas.
Le mariage, Kiran n?a rien contre. Mais il faut d?abord rencontrer la personne qu?il faut. ?Et cela arrivera quand cela doit arriver?, philosophe la fée de Clavis.
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