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La peine de mort pour Chévery et Polimont
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La peine de mort pour Chévery et Polimont
La cour d’assises, présidée par S.S. le juge H. Goburdhun, condamne à mort l’aide-chauffeur Marc Chévéry, 52 ans, et le pêcheur Bénédicte Polimont, 28 ans. Elle les a trouvés coupables de l’assassinat d’un garçonnet, Hurrynath Itwaroo, à Petite-Rivière, le 12 août 1978. Un des avocats de la défense, Me G. Duval, fait savoir, à l’issue du verdict, que son client interjettera appel. L’autre avocat est Me N. Sooknah. Ils ont tous deux plaidé l’innocence et ont réclamé l’acquittement de leurs clients.
Le ministère public, représenté par Mes S. Hattea et R. Soopramanien, rappelle les faits reprochés aux deux accusés. Le 12 août 1978, avec une troisième personne, ils demandent au jeune Hurrynath de les accompagner. Ce dernier n’est pas sain d’esprit. Il accepte. Ils quittent Petite-Rivière et se dirigent vers Pointe-aux-Sables. Arrivé à un carrefour, Chévéry tranche la gorge du garçonnet et invite Polimont à boire le sang qui s’écoule de la plaie. La victime meurt quelques instants plus tard. Polimont expliquera qu’il s’abreuva du sang de la victime, à l’instigation d’une longaniste, nommée Thérèse, qui lui fit accroire qu’un esprit malfaisant buvait son sang et que pour s’en débarrasser, il lui fallait à son tour se nourrir du sang d’un autre humain. Le cadavre de Hurrynath sera retrouvé quelques jours plus tard par une femme en quête de fourrage. La police ouvre une enquête qui la conduit à un Flacquois, Laval Georges Jacques. Ses révélations entraînent l’arrestation de Marc Chévéry et de Bénédict Polimont. Chévéry refuse de faire la moindre déclaration. Polimont passe aux aveux. Me D.N. Sooknah, le défenseur de Chévéry, fait ressortir que les prétendus aveux de Polimont ne constituent pas une preuve contre son client car le témoignage d’un suspect ne peut incriminer un autre accusé. Il estime que le témoignage de Jacques doit être ignoré car contenant des contradictions. Il laisse entendre que le coupable pourrait bien être le troisième homme, le mystérieux accompagnateur de Chévéry et de Polimont.
Me Gaëtan Duval s’acharne également sur le témoin Jacques, au casier judiciaire chargé. Il déplore qu’on n’ait pas appelé le témoin Justin de Rougère qui a hébergé Jacques lors de son évasion. Les aveux de Polimont lui ont été extorqués par les enquêteurs. L’intérêt de Polimont, au dire de son défenseur, était d’accepter d’être le témoin à charge de la police. Il a refusé cette offre, ne sachant rien de l’assassinat du jeune Hurrynath.
Le représentant du ministère public, Me S. Hatteea, se refuse de faire l’apologie de l’évasion des détenus. Il faut toutefois reconnaître qu’elle (l’évasion) peut parfois rendre service à la société quand elle permet à un fugitif d’être le témoin d’un crime aussi atroce. La mémoire humaine n’est pas infaillible et le témoin Jacques ne fait pas exception à la règle. Son casier judiciaire ne l’empêche pas de dire la vérité sur ce qu’il a vu alors qu’il était caché dans un champ de cannes, du côté de Petite-Rivière, le 12 août 1978.
De 1965 à 1979, onze personnes furent condamnées à mort. Les dernières condamnations à mort concernent Ram Seewoopal (19 janvier 1972) pour crime d’incendie le 1.1.1971 à Constance La Gaiété ; Vedah Bissessur et Dhannajaye Annia (20.1.1972) pour un crime commis le 2.3.78 à Deux-Bras ; Cyril Armoogum (4.2.1972) pour assassinat commis à Union-Park le 14.9.1971. Ces condamnés ne furent toutefois pas exécutés, leur peine ayant été commuée par la Commission de pourvoi en grâce. La dernière pendaison de l’ère coloniale est celle de Claude Goind (1961), reconnu coupable d’assassinat à Mare-Longue. Après l’Indépendance, on peut noter la condamnation à mort de Léopold Myrtil (avril 1982) et sa pendaison à la fin de novembre 1984. La peine de mort fut supprimée en 1995, à l’initiative de Maurice Rault, alors ministre de la Justice. Il en fut question en 1972, après le meurtre d’Azor Adélaïde, mais les partisans de son abolition ne purent l’emporter sur ceux de son maintien.
En décembre 1979, Chévéry est acquitté en appel. Il avait déjà été condamné à mort et acquitté subséquemment en appel.
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