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La pêche en eaux troubles

23 novembre 2004, 00:00

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On l?attendait ce week-end, au retour du Premier ministre, Paul Bérenger, au pays. Et comme l?Arlésienne, il n?est jamais venu. Il s?agit bien entendu du ministre de la Pêche. Le poste reste désespérément vide depuis la démission, lundi dernier, du titulaire Sylvio Michel.

Cette indécision, voire cette absence de décision, est probablement une tactique. Mais elle laisse planer un doute désagréable sur le monde de la pêche, un secteur qui navigue en eaux troubles.

Des pêcheurs qui manifestent dans les rues et sur les plages, une pêche artisanale qui est exsangue, des compagnies de pêche sur les bancs qui vendent leurs bateaux, un stock de poisson qui s?amenuise, des importations qui envahissent le marché local? Si ce n?est pas la crise, ça y ressemble?

A Maurice, la pêche a toujours été une solution de pis-aller, et non une initiative économique, loin derrière la canne, le textile et le tourisme. Pourtant nos voisins malgaches, seychellois, réunionnais et même nos compatriotes rodriguais entretiennent la tradition. Ils font même mieux : c?est une activité économique de premier plan.

Au paradis du tourisme et de la technologie, le secteur de la pêche souffre de l?absence d?une politique cohérente pour le développement durable d?une véritable industrie.

Certes, il y a bien le fameux projet de ?seafood hub?? Etiquetée à tort comme un projet pêche, cette activité économique cherche surtout à générer des emplois et à créer de la valeur ajoutée. Pas à dynamiser une filière sclérosée. Nous nous dirigeons vers le démantèlement d?un corps de métier.

Et nos amis pêcheurs sont en colère. Il faut sauver le plus vieux et le plus dangereux des métiers, mais aussi l?un des plus productifs, aux plans social, économique et culturel. La nomination rapide d?un nouveau ministre de la Pêche, même s?il reste en poste pendant seulement six mois en attendant la prochaine échéance électorale, aurait été un signal fort. Tout au plus, il aurait redonné confiance aux pêcheurs découragés et aux compagnies locales à bout de souffle. Laisser ce poste si longtemps vacant, est un mauvais présage?

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