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La mue attendue de Pravind

6 février 2005, 00:00

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La canicule de l?été semble avoir dérégler l?horloge mentale de certains. Le Premier ministre découvre et avoue subitement qu?il s?est accommodé pendant plus de quatre ans d?un ministre des Infrastructures publiques «limité sur le plan intellectuel et politique». Un vice-Premier ministre assure, pour sa part, que le ministre démissionnaire, Anil Bachoo, est un «nimak haram», soit un traître, après avoir cohabité pendant des années avec cette même personne.

On est dans un autre de ces psychodrames politiques qui, à y voir de près, n?a de sens que dans l?irrationalité qui caractérise la classe politique mauricienne. Car, en fin de compte, Anil Bachoo n?aura jamais été cet être limité sur le plan intellectuel et politique s?il n?avait pas claqué la porte de l?alliance gouvernementale. Il n?aurait jamais été non plus un délateur s?il était resté fidèle au parti soleil. Il y a des contradictions profondes.

Il y a des paradoxes abyssaux chez nos dirigeants politiques. Pravind Jugnauth est la dernière incarnation de cette aporie politique. Reprenant le relais d?un parti soumis aux diktats d?un père qui a fait ses preuves, il est demeuré sensible à ceux qui revendiquent ou plutôt exhibent leurs origines modestes et qui subliment leurs ascensions sociales. Il s?est cru dépendant de ces supplétifs qui allaient lui garantir un réservoir de votes ethniques. Face à ceux toujours prêts à dégainer, ceux portant le marteau et la faucille estampillés sur le front, ceux qui pratiquent la politique de la canonnière, ces kamikazes de toutes les fêtes foraines politiques, Pravind Jugnauth a dû, depuis la démission d?Anil Bachoo, s?efforcer de rassurer sur son leadership.

Après quelques ans à la tête d?un parti, il se doit toujours de convaincre sur ses qualités de leader. C?est le grand drame de Pravind Jugnauth aujourd?hui. Ce n?est pas tant que l?homme n?a pas su mettre en exergue ses qualités à la tête d?un parti. C?est encore moins le fait qu?il ait à porter le bilan d?un père qui a écrasé de toute sa splendeur la vie politique d?un pays. Et c?est encore plus loin de la critique de celles et ceux qui estiment qu?il reste trop à l?ombre de Paul Bérenger.

De telles interprétations procèdent des lectures traditionnelles, d?une vision de la politique vue à travers des prismes classiques. En fait, Pravind Jugnauth pourrait bien être en train de se livrer à un autre jeu. A un jeu de poker menteur où celui qui perd dans l?instant met toutes les chances de gagner dans le long terme. Si tel est son jeu, le leader du parti soleil prend un pari qui légitimement dérouterait tous ses partisans.

Ces derniers sont plus habitués à voir leur chef se métamorphoser en leader lorsque sonne l?heure de la révolte des seconds couteaux. Ils adorent ces discours qui fleurent la provocation, le défi. Ils ne se reconnaissent pas, par contre, en ce chef de parti qui s?accroche à la perche bienveillante que lui tendrait son partenaire.

C?est au plan de ces clichés conventionnels que Pravind Jugnauth est en train de perdre des points. D?autant plus que dans sa réponse à ses détracteurs, il se livre à un exercice de justification sur son leadership qui donne de laconsistance aux critiques qui lui sont adressées. La complémentarité à Paul Bérenger, ou le devoir de solidarité vis-à-vis de son Premier ministre, ne garantit pas à Pravind Jugnauth cet aura qui lui aurait permis de rayonner auprès de ses partisans. C?est le piège qui se referme sur lui dans le court terme. « Dans la vie, la vérité finit toujours par triompher. »

C?est en ces termes que Pravind Jugnauth a conclu la conférence de presse tenue conjointement avec le leader mauve vendredi dernier. Si dans le fond, dans l?absolu, il n?a pas tort, par contre, en politique, ce n?est pas toujours la vérité qui finit par triompher. C?est sa vérité qu?il se doit désormais d?inventer au-delà de tout rapport d?altérité avec son père et le chef du gouvernement.

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