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La mode réformiste

26 août 2006, 00:00

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Le terme est à la mode. Au point où il faut veiller à ce qu?il ne soit rapidement galvaudé. Il importe aujourd?hui de revenir sur ce concept de réformisme sur lequel certains politiques insistent. Dans un pays irradié de considérations ethniques et électoralistes, le débat idéologique s?est toujours résumé à la traditionnelle opposition entre «pro-capitalistes» et «pro-lepep». Désormais, les frontières sont nettement brouillées. Et c?est tant mieux ainsi. Mais il faut à tout prix cerner ce concept du réformisme avant qu?il ne devienne un fourre-tout idéologique dans lequel chacun pourra être tenté d?investir ses fantasmes et obsessions.

Le réformisme, une idéologie d?inspiration libérale ? C?est l?assimilation à laquelle auront recours ceux qui critiquent les choix d?orientation économique arrêtés à ce jour. C?est ainsi qu?après Bérenger, c?est Rama Sithanen qui est présenté comme «l?homme du secteur privé». Car il y a une tonicité dans le réformisme qui le définit fondamentalement comme une rupture avec un ordre ancien. Cela dit, il faut insister sur le fait que le réformisme n?a pas d?unité idéologique, que ce n?est pas un faisceau d?idées homogènes. C?est une manière d?appréhender le monde dans sa dynamique de mouvement en opposition à ceux qui s?accrochent aux principes connus pour évacuer la peur de l?avenir et de la modernité.

Car le processus de modernisation n?est pas seulement économique. Ses effets se font sentir sur le plan culturel et social. Un électorat qui change de mentalité, ce n?est certainement pas ce que désire une grande majorité de nos politiciens. Cela impliquerait que certains auront à se réinventer. Or, ceux-là, n?ont ni les outils intellectuels ni la volonté morale de le faire ! Cela n?excuserait pas les écarts des réformistes. Certes, il y a une part de risque inhérent à leurs initiatives. Mais il y a aussi une part d?obligation de concertation et de dialogue. On a pu voir comment les réformistes mauriciens sont souvent accusés d?arrogance. C?est que le réformiste a, souvent, la tentation de croire qu?il est le seul à connaître la vérité.

Il demeure que selon leurs parcours et leurs sensibilités, les gens du mouvement n?ont pas tous la même conception du réformisme. Ainsi le réformisme sithanien s?inspire d?un libéralisme tempéré, proche des partis politiques européens de centre-droite. Celui d?un Paul Bérenger, par contre, s?apparente à une sociale démocratie mâtinée à la sauce des réalités et des susceptibilités mauriciennes. Forcément dans les deux cas, la volonté du changement n?emprunte pas les mêmes sentiers. Qu?importe, aujourd?hui, le plus important est de voir le parti du mouvement triompher des arthritismes politiques et bureaucratiques.

Le «changement», tel que l?a vendu l?Alliance sociale lors de la campagne 2005, n?a même pas un lien fugace avec le réformisme. C?était du populisme ranci. Désormais, certains dirigeants de cette alliance ont engagé le pays dans une économie de marché qui désespère de voir émerger une société de marché qui lui donnerait son plein sens. Aussi longtemps que cette dichotomie existera, l?élan risque d?être brisé et la réforme reportée sine die. Ce ne sera pas la faute aux syndicalistes ou aux partis de l?immobilisme. Ce sera dû au fait que nous n?avons pas su provoquer la révolution culturelle qui est la condition préalable à tout changement de mentalité. C?est cela aussi le réformisme.

Jusqu?ici nos politiques nous ont livré la vérité des chiffres. Ils nous ont seriné la même antienne sur les fatalités macro-économiques. Ils ont insisté sur les vertus de la rigueur, du travail et du sacrifice. Cependant, il leur reste à nous convaincre qu?ils sont capables de pratiquer le réformisme sur eux-mêmes.

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