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La malédiction du « Paille-en-queue Court »

16 juillet 2006, 00:00

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Le vaisseau amiral de notre tourisme est hanté par une malédiction. Celle qui contraint ses directeurs, depuis bientôt dix ans, à partir prématurément du 19e étage du Paille-en-queue Court et ce, de manière volontaire ou involontaire. Quand ce n?est pas son propre staff qui a raison du directeur général, c?est un conseil d?administration importun qui sape son moral, ou alors c?est le gouvernement qui décide qu?il doit céder sa place à un autre qui a la confiance de l?actionnaire majoritaire d?Air Mauritius.

La compagnie d?aviation connaîtra, jusqu?en février 1997, une longue période de calme. Avec à sa tête, un Sir Harry Tirvengadum alors Président-directeur général (P.d.g.) d?une entreprise dont il tient solidement les rênes depuis plus de 10 ans, avec une gestion non encore entachée du moindre soupçon de malversation.

Pourtant, on nommera à sa place feu Nash Mallam Hassam, un professionnel de l?aviation, mais également un proche du Premier ministre élu en décembre 1995, Navin Ramgoolam. Mallam Hassam sera contraint de partir dans les semaines suivant l?élection de l?alliance MSM-MMM en septembre 2000, moyennant des indemnités d?environ Rs 6 millions.

En septembre 2000, c?est Vijay Poonoosamy, jusque-là directeur des affaires juridiques de l?entreprise, qui est catapulté au fauteuil de numéro un. Il couronne ainsi une carrière qu?il a entamée en 1988. Mais déjà les questions sur l?avenir de Poonoosamy se posent, notamment par rapport à sa capacité à mettre en ?uvre de manière efficace les profondes restructurations que l?entreprise doit subir dans les années à venir pour assurer sa survie.

Des dissensions au sein même de l?entreprise commencent aussi à fragiliser sa position, notamment le sort de son adjoint, Vinod Chidambaram, dont les nouvelles fonctions ne sont pas clairement définies. Mais ce sont surtout les désaccords répétés avec le président du conseil d?administration, Sir Harry Tirvengadum, qui mèneront au licenciement de Poonoosamy en mars 2001.

<B>Le sort s?acharne</B>

Ce dernier est remplacé par Vinod Chidambaram, le second personnage le plus élevé dans la hiérarchie de l?entreprise. Mais son mandat sera miné par « l?affaire Air Mauritius » et la découverte d?une « caisse noire » dans l?entreprise.

À peine remis de ce choc, c?est face à ses propres collaborateurs et à son conseil d?administration (CA) que Chidambaram devra faire ses preuves. Le CA et son président grignotent même du terrain sur la gestion quotidienne de l?entreprise en pilotant deux comités : l?Appointment and Remuneration Committee et le General Affairs and Policy Committee. Deux pôles de pouvoir existent alors.

Mais c?est le premier, celui du directeur général qui va faire l?objet de toutes les critiques. Arrivé en septembre 2003, on reproche pêle-mêle à Chidambaram sa gestion prétendument peu rigoureuse, une prise de participation hasardeuse dans le capital d?Air Botswana. Le sort s?acharne, avec l?Hôtel du gouvernement qui fait savoir à Chidambaram qu?il serait peut être temps de plier bagage. Ce qu?il fera fin septembre.

Entre alors en scène Megh Pillay, tout auréolé du succès obtenu chez Mauritius Telecom où il aura su piloter efficacement le premier virage de l?entreprise vers un paysage des télécoms libéralisées. Pillay obtient davantage de pouvoir que son prédécesseur, renvoyant même le CA à ses attributions premières. Se forgeant la réputation de bosseur, Megh Pillay passera pour être solidement ancré à la direction générale pour de nombreuses années. Mais en vain. Le contrat de Pillay, qui s?étend initialement sur une période de 4 ans, sera écourté de deux ans.

Pourtant, au lendemain des élections générales de juillet 2005, on assure dans les hautes sphères que Pillay est à sa place au Paille-en-queue Court. Mais l?acharnement de certains apparatchiks rouges, décidés à avoir la peau de Pillay, finira par payer en septembre 2005. Ils lui reprochent d?être trop « proche » de Paul Bérenger. Pillay bien que jouissant de toute « l?estime » du Premier ministre, est remplacé par Nirvan Veerasamy, professionnel respecté et reconnu de l?aviation.

Mais à peine 10 mois après son arrivée au Paille-en-queue Court, le voilà aussi rattrapé par des allégations de conflits d?intérêts. Prochaine victime de la malédiction ? Ou saura-t-il conjurer le mauvais sort avec l?aide et le soutien de ses collaborateurs, du conseil d?administration et du gouvernement ? L?avenir le dira.

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