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La majorité des ouvrières veut rentrer au Sri Lanka

14 février 2007, 00:00

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Elles n?ont qu?une seule chose en tête : obtenir leur billet d?avion pour retourner dans leur pays. D?ici là, elles ne veulent plus travailler. Quelque 438 ouvrières sri-lankaises se sont mises en grève il y a huit jours à l?unité de production de Verdun de la Compagnie mauricienne de textile (CMT). Elles protestent contre leurs heures de travail.

La majorité d?entre elles ont décidé hier de retourner dans leur pays, malgré l?insistance de leur agent recruteur et du président du Sri Lanka Bureau of Foreign Employment (SLBFE), Jagath Wella Wellata, pour qu?elles reprennent le chemin du travail.

Ces ouvrières ont jusqu?à aujourd?hui pour dire leur dernier mot car le président du SLBFE devrait quitter Maurice aujourd?hui. Hier, le ministre du Travail et des relations industrielles, Vasant Bunwaree, a eu une session de travail avec le président du SLBFE et l?agent recruteur pour passer en revue la situation après plusieurs réunions en groupes de 25 avec les ouvrières sri-lankaises.

Les techniciens du ministère du Travail et des relations industrielles ont passé en revue le contrat de travail signé par les Sri Lankaises avant de prendre l?emploi à la CMT. Conclusion du ministère : la CMT opère dans la légalité car elles ont accepté de signer un tel contrat.

L?agent recruteur a engagé des pourparlers avec la direction de la CMT pour procéder au rapatriement de celles qui ne veulent plus travailler. Elles ont été transférées de l?unité de production de Curepipe à Verdun mais ne veulent pas être logées dans un dortoir mis à leur disposition à Saint-Pierre. Elles préfèrent dormir dans des autobus à Verdun.

Tentative de rapatriement

?On ne peut laisser des gens dormir à la belle étoile, dans des autobus ou sous des arbres?, réagit Fayzal Ally Beegun, le négociateur des grévistes. Ce dernier affirme que cela ?fait pitié de voir que des pauvres gens qui ont quitté leur pays pour travailler ici vivent dans de pareilles conditions?.

Les ouvrières souhaitent pour leur part que des policières leur assurent une surveillance rapprochée. Elles expliquent qu?il était convenu que leur salaire de base soit de 200 dollars (Rs 6 800) et corresponde à 280 heures de travail. Or, affirment-elles, elles sont appelées à effectuer 315 heures de travail pour le même salaire, soit 70 heures de travail par semaine.

C?est vers le 5 février que les ouvrières sri-lankaises ont fait montre de leur irritation. Elles ont par la suite demandé à la direction de leur rembourser les congés de maladie pour toutes les ouvrières qui avaient attrapé la rougeole pendant 25 jours, de rembourser les congés de maladie de toutes les employées et d?accepter qu?elles travaillent 48 semaines au lieu de 52 semaines par an.

Devant le refus de la direction d?accéder à la première et à la troisième requête, 70 d?entre elles ont alors décidé de faire grève. Une tentative de rapatrier 114 grévistes avait été avortée à l?aéroport vendredi dernier. Avant de quitter le pays, elles voulaient d?abord cinq mois de salaire comme compensation.

Depuis le transfert des grévistes de l?unité de Curepipe à Verdun, 350 ouvrières ont repris le travail. Elles étaient au total 900 ouvrières sri-lankaises à travailler à Curepipe.

Les conditions d?hébergement

Sujet décrié par les ouvrières sri-lankaises : l?hébergement. Chaque dortoir est pourvu d?au moins une quarantaine de lits. Le nombre de lits a toutefois été ramené de 20 à 25 depuis l?arrivée de la délégation sri-lankaise.

Les ouvrières sri-lankaises affirment qu?elles sont parfois obligées d?attendre jusqu?à une heure du matin pour utiliser les salles de bains avant de monter au lit. Car elles doivent attendre leur tour. Ces ouvrières se plaignent aussi du manque d?aération dans les dortoirs. C?est d?ailleurs une des raisons pour lesquelles elles ont décidé de passer la nuit à la belle étoile à Verdun.

Elles ajoutent que ce n?est que samedi après-midi qu?elles peuvent se détendre. Un répit qui est néanmoins de courte durée car les portes de l?usine se ferment à 18 heures.

?La CMT ne nous inspire plus confiance?

Ce qui frappe, dès l?abord, c?est leur bonne humeur, leur sourire? Ces ouvrières sri-lankaises rencontrées hier dans la cour de l?usine de la Compagnie mauricienne de textile (CMT) à Verdun, actuellement engagées dans un bras de fer avec leurs patrons, s?accrochent pourtant à l?espoir d?un dénouement en leur faveur. Ce qu?elles souhaitent le plus : leur billet de retour pour le Sri Lanka.

Les nuits passées à la belle étoile n?ont pas entamé leur détermination. Pour les ouvrières, cela a valeur de symbole. ?Nous préférons rester là pour continuer à mobiliser l?opinion publique et maintenir la pression sur la compagnie?, fait comprendre l?une d?elles, sous le regard d?une autre porte-parole du groupe. Cette dernière, avec qui nous avons pris rendez-vous par téléphone, est une jeune femme de 26 ans, toute menue. Mais c?est avec force qu?elle s?exprime. ?Nous ne désirons qu?une seule chose, nous dit-elle en anglais, c?est de rentrer chez nous. La direction de la compagnie ne nous inspire plus confiance.?

Mais au moment où notre photographe tente de la photographier, elle a un mouvement de recul, expliquant que sa photo dans le journal ne pourrait que lui valoir des ennuis.

Désillusion

Elle nous raconte que rien ne pouvait laisser présager que les choses allaient se passer ainsi à Maurice. Ses compatriotes et elles, dit-elle, travaillaient toutes dans le secteur textile au Sri Lanka. ?Les salaires ne sont pas attrayants, mais les conditions sont bien meilleures qu?à Maurice?, lâche-t-elle, en portant un regard désabusé sur ses collègues vaquant à leurs occupations dans la cour de l?usine.

Au moment de notre visite à la mi-journée, certaines étaient occupées à laver leurs vêtements et à les étendre sur l?herbe. D?autres, à l?ombre d?une rangée d?arbres longeant la grille de la CMT, étaient allongées ou assises sur des matelas de fortune constitués de larges feuilles de carton ou de draps posés sur le sol. La nourriture leur étant offerte par la compagnie, tout ce qui leur restait à faire, c?était d?attendre une décision de la direction.

Leur désillusion a été grande, explique encore la représentante des ouvrières. Avant de venir, elles ont signé un contrat qui stipulait qu?elles auraient à fournir 70 heures de travail par semaine. Elles ont accepté vu qu?on leur promettait des salaires de deux cents dollars par mois.

Mais une fois à Maurice, elles devaient faire face à une réalité brutale : 315 heures de travail à fournir pour la même rémunération au lieu des 280 convenues. Si elles touchaient moins dans leur pays, leurs horaires étaient aussi plus convenables, dit-elle. De 7 heures à 16 heures. A des années lumière de ces conditions précaires qu?elles vivent actuellement, lâche-t-elle.

Et lorsqu?on lui demande si un dortoir ne leur aurait pas été alloué à St.-Pierre, elle est catégorique : ?Absolument faux. Ce n?est qu?hier soir dans la nuit qu?on nous a proposé un endroit pour habiter.?

En attendant, dans la cour de l?usine, elles continuent à faire face aux moustiques et aux intempéries. Sans compter les péripéties pour faire leur toilette quotidienne.

Ce que dit leur contrat de travail

Selon le contrat signé au Sri Lanka, chaque ouvrière sri-lankaise doit effectuer 70 heures de travail par semaine alors qu?à Maurice la loi prévoit 45 heures de travail et dix heures d?heures supplémentaires obligatoires par semaine. Mais ces ouvrières ayant accepté de signer ce contrat de travail, le ministère du Travail ne peut intervenir.

Leur contrat de travail stipule également que ces ouvrières doivent effectuer 52 semaines de travail par an.

De plus, pour accomplir les 70 heures de travail par semaine, ces ouvrières travaillent de 7 h 30 à 23 heures du lundi au vendredi, de 7 h 30 à 15 heures les samedis et de 7 h 30 à 21 heures les dimanches.

Elles n?ont droit qu?à un dimanche par mois pour se reposer. Sur ce point, le ministère est cependant intervenu car un travailleur a droit à un jour de congé après six jours de travail consécutifs.

Questions à Fayzal Ally Beegun négociateur des ouvrières sri-lankaises

● Quelles sont les retombées de la réunion entre l?agent recruteur, le représentant du bureau de l?emploi du Sri Lanka et les grévistes ?

La délégation sri -lankaise n?a pas réussi à les convaincre à reprendre le travail. Elles en seront donc aujourd?hui à leur neuvième jour de grève. C?est dommage parce que nous avons tout essayé. Par exemple, renégocier le contrat de travail, leur accorder un peu plus de liberté.. Mais elles ont pris leur décision : quitter le pays.

● La prochaine étape ?

Il est clair que les ouvrières sri-lankaises ont elles-mêmes rompu leur contrat de travail. Malgré l?appel lancé par la direction, elles ne veulent pas retourner au travail. Je pense que l?agent recruteur et le ministère du Travail doivent assumer leurs responsabilités avant qu?il ne soit trop tard. Il faut leur offrir leur billet d?avion. On ne peut pas laisser des femmes vivre comme cela sous des camions, des autobus et dans des conteneurs. Leurs valises sont dans ceux-ci. Si par malheur une d?entre elles tombe malade, c?est l?image du pays qui prendra un sérieux coup.

● Que comptez-vous faire aujourd?hui ?

Je vais écrire aux associations qui s?occupent des droits de l?homme et au ministère de la Femme aujourd?hui. La situation a trop duré. Il faut agir et vite avant que l?agent recruteur ne quitte le pays.

Propos recueillis par J.-D.P.

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