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La machine économique a mis du temps à démarrer
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La machine économique a mis du temps à démarrer
?Bizin sanzman.? L?heure est venue de constater dans les faits l?esquisse de ce changement promis lors des élections. Un an après la prise du pouvoir par l?Alliance sociale.
Le budget se voulait signe annonciateur d?un nouveau modèle économique avec beaucoup de mesures touchant l?investissement, le marché du travail, le système de pension universelle, le fisc, l?assainissement des finances de l?Etat, la restructuration des principales industries en difficulté et la diversification de la base de croissance. Mais plusieurs observateurs pensent que le gouvernement a mis du temps pour démarrer les réformes face à une situation d?urgence. ?Une année a été gaspillée. Beaucoup de mesures budgétaires prendront deux à trois ans pour donner des résultats. Il se peut même que ce gouvernement ne soit plus là pour bénéficier des fruits de certains changements?, affirme Deven Padiachy, économiste chez KPMG.
?Les mesures n?ont pu être réalisées?
?On ne peut pas parler de bilan car les choses ont, au fait, commencé avec le budget. Il y avait certes la présentation de la Robust Growth Strategy par le ministre des Finances en août 2005. Mais la plupart des mesures annoncées n?ont pu être réalisées. Le secteur privé adoptait entre- temps une attitude de wait and see?, déplore Eric Ng, directeur du cabinet Pluriconseil.
Certaines initiatives du gouvernement au départ faisaient même peur au monde des affaires. Jacques de Navacelle, président du Joint Economic Council (JEC), estime, lui aussi, qu??avant le budget il n?y avait pas grand-chose. J?étais surtout inquiet avec les menaces d?introduire le contrôle des prix sur le lait et par le transport gratuit. Cela ne me paraissait pas raisonnable. Mais il y a eu un revirement de situation. Le gouvernement a, semble-t-il, réalisé que la situation était grave et qu?il fallait tout revoir de fond en comble?.
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, avait promis un budget de rupture. Il fallait replacer la croissance sur une trajectoire supérieure pour que l?économie puisse se tenir seule sans les filets de protection commerciale qui s?érodent.
Un visa d?opération en trois jours
En l?état actuel des choses, marqué par la récession dans le textile-habillement et la baisse drastique de prix du sucre sur les marchés européens, l?économie n?est pas en mesure de prendre de la vitesse. D?après les projections du ministère des Finances, la croissance ne fera pas mieux qu?un taux de 1 % en 2008-09, si les mesures fortes et courageuses ne sont pas appliquées.
Avec les réformes, toutefois, l?on pourra retrouver une progression du produit intérieur brut d?au moins 6 % d?ici deux ans. Pour galvaniser l?activité, le gouvernement entend faciliter l?investissement et favoriser les conditions compétitives (avec la dérégulation de l?emploi, par exemple) au sein des industries.
L?objectif de faire tomber les barrières aux initiatives privées réconforte les opérateurs qui se heurtent trop souvent à une bureaucratie peu conviviale aux affaires. A titre d?exemple, l?Etat veut pouvoir délivrer un permis d?opération à un entrepreneur en trois jours. Les vérifications d?usage se feront après l?entrée en opération du business dans la plupart des cas.
?Le budget agit sur les capacités industrielles de l?économie à travers les encouragements à l?investissement, la déréglementation du marché du travail et la décision d?enlever les taxes sur les intrants utilisés par l?industrie?, observe Deven Padiachy.
Les changements envisagés dans le marché du travail représentent un des plus gros défis du gouvernement travailliste. ?Il était grand temps de réformer les lois du travail et les relations industrielles. Il faut plus de flexibilité dans les lois et les relations industrielles pour pouvoir attirer les investissements et réduire le chômage?, confie de son côté Mookeshwarsing Gopal, président de la Mauritius Employers? Federation.
Sucre et textile en soins intensifs
■ Baisse des prix de 36 % d?ici trois ans et après quatre années de récession, le sucre et le textile voient de grands moyens déployés pour les maintenir à flot. Le secteur sucre sera reconfiguré autour de Belle-Vue, Médine, Savannah et FUEL. Le développement de business annexes dont la production d?énergie, la fabrication d?éthanol, de sucres spéciaux et autres dérivés est aussi en cours. ?Il faut maintenant un engagement plus fort. Si la transformation ne se réalise pas au moment où la baisse de 36 % prend effet, nous ne serons plus dans le marché?, s?inquiète Jean-Noël Humbert, directeur des Syndicats des sucres.
Dans le textile, les observateurs s?attendent à une croissance positive à partir de l?an prochain. ?Il y a un effort pour diversifier les marchés et développer une plus grande variété de vêtements?, note Ahmed Parkar, vice-président de la Mauritius Export Processing Zone Association.
Le gouvernement met aussi l?accent sur une base de croissance diversifiée notamment avec le ?seafood hub?, ou les Tic. ?Le gouvernement veut encourager le développement de l?entrepreneuriat en dehors des secteurs traditionnels?, déclare Rajiv Servansingh, secrétaire général adjoint de la Chambre de commerce et de l?industrie. En attendant, c?est sur le tourisme que se fondent les espoirs. ?Les mesures positives sur l?accès aérien et la promotion expliquent la bonne performance de l?industrie en fin 2005 et début 2006?, confie Patrice Legris, directeur de l?Association des hôteliers et des restaurateurs de l?île Maurice.
Envoyer des signaux de discipline
■ Le gouvernement veut faire la démonstration d?une gestion économique disciplinée afin qu?elle soit notée par les bailleurs de fonds. Le pays est à la recherche de quelque Rs 150 milliards pour financer ses divers programmes de restructuration.
Discipline d?abord dans les dépenses publiques. ?Le gouvernement envoie un signal fort qu?il ne va pas relancer l?économie par les dépenses publiques car il a lui-même un déficit budgétaire à gérer?, estime Eric Ng. Pour Deven Padiachy, les mesures introduites pour maîtriser les dépenses dans les ministères et organismes parapublics devraient grandement aider le gouvernement à réaliser ses objectifs de réduire le déficit budgétaire et la dette publique.
Mais il faut tenir compte de l?interaction entre les différentes variables dans une perspective dynamique pour évaluer leur incidence sur l?économie à moyen et à long terme. ?Il faut garder en vue la manière dont les opérateurs et le public en général réagissent aux décisions annoncées. Il faut des modèles macro-économétriques pour évaluer les effets dynamiques sur l?économie et non pas se contenter d?une approche comptable qui, elle, privilégie un postulat statique?, estime-t-il.
Le New Labour fait ses preuves
Métamorphose ou gestion experte de l?opinion ? Un an passé à voir faire le Parti travailliste (PTr), de nombreux Mauriciens peinent encore à se décider. Certes, ces travaillistes d?aujourd?hui semblent avoir quelque chose de différent. Le leadership a l?air plus convaincant. La philosophie plus moderne. Le style plus dynamique. Leur tout premier budget en témoigne. Mais si le peuple reste sur ses gardes, c?est peut-être parce qu?il a trop souvent fait les frais de la superficialité des politiques. On jugera donc le Parti travailliste sur le temps.
Hier encore, le PTr souffrait d?une mauvaise presse. Il était perçu comme sectaire, un argument des années 70 que ses détracteurs ressuscitent à chaque fois. Après tout, les élections se gagnent en jouant sur les peurs de la masse.
Le PTr était également accusé d?un certain dilettantisme. Le dernier passage au pouvoir de ce parti a laissé une douloureuse impression d?irresponsabilité. La crédibilité de Navin Ramgoolam s?en est trouvée pas mal entamée. Ajoutez à cela une performance moyenne en économie et le PTr a vite fait de désenchanter la population. Résultat : une cuisante défaite cinq ans plus tard.
Quand il a amorcé son retour au pouvoir, beaucoup ont attribué son succès à la faiblesse de son adversaire. Il remporte d?ailleurs les élections avec une majorité simple.
Pourtant sur l?estrade, Ramgoolam semblait avoir gagné de l?étoffe. La campagne était bien ficelée et la relation publique savamment menée. Mais surtout, Rama Sithanen a été utilisé en bon joker.
Les Mauriciens ont-ils voté par défaut ? Ou se sont-ils dit qu?ils n?ont d?autre choix que l?alternance ? Mais si ce n?est qu?à travers le budget qu?ils viennent de présenter et d?adopter, les travaillistes ont démontré qu?ils ?mean business? comme aime le dire Navin Ramgoolam.
?Ceux qui disent qu?ils ne s?attendaient pas à la philosophie que prône ce budget n?ont pas lu notre manifeste électoral. A moins qu?ils sous-estiment tellement le PTr qu?ils ne le croient pas capable de mener une réflexion sérieuse et empirique sur les manquements de l?économie?, relève Nita Deerpalsing.
Lors d?une intervention au cours des débats budgétaires, la députée disait que la jeune génération s?identifie davantage au PTr d?aujourd?hui, l?opposition étant sérieusement handicapée par un manque de renouvellement pour qu?elle puisse croire en l?avenir.
Or, le PTr s?est justement beaucoup investi dans le renouvellement. Tony Blair, architecte du New Labour en Angleterre, expliquait qu?efficience économique et justice sociale ne sont pas incompatibles. Et cette philosophie, Navin Ramgoolam, l?a faite sienne. ?Il faudra à tout prix créer de la richesse. Nous ne pouvons pas distribuer la pauvreté.?
?Nous avons entrepris une restructuration en profondeur en vue d?attirer des investissements et de créer de l?emploi?, dit avec conviction Lormus Bundhoo. Ce discours politique ressemble trop à celui des libéraux ? Qu?importe. Les idéologies ne sont plus distinctes avec la globalisation.
Ce qu?il importe de savoir, c?est si le PTr saura maintenir le cap. Pour le faire, le parti devra taire les voix conservatrices en son sein. Le leader devra pouvoir maîtriser sa troupe, la réforme dut-elle préconiser d?autres mesures aussi impopulaires que la taxe nationale d?habitation et la suppression de la subvention sur le riz et la farine.
Après quinze ans dans l?arène politique, Ramgoolam semble mieux maîtriser les rouages du pouvoir. Selon ses proches, l?homme n?a pas changé dans l?absolu. La seule chose qui a changé chez lui c?est sa façon d?appréhender son rôle. ?Dans le passé, il avait cru bon de laisser travailler son équipe en toute liberté. Depuis, il a compris qu?il lui est préférable de non seulement dire à ses collaborateurs ce qu?ils doivent faire mais aussi de veiller à ce qu?ils le fassent de la manière qu?il le veut. Désormais, il impose sa propre discipline?, relève le député Lormus Bundhoo.
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