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?La Môme?
Une scène dans ce film témoigne à la fois du savoir-faire d?Olivier Dahan, le réalisateur, de son audace et de la passion avec laquelle l?interprète principale s?est jetée dans son rôle. C?est la scène où, dans son appartement à New York, un matin, Edith Piaf / Marion Cotillard encore dans son lit, accueille Marcel Cerdan / Jean-Pierre Martins qui a pris l?avion de France pour la retrouver. Heureuse, elle se lève pour aller lui faire du café et le spectateur se dit qu?il y a là quelque chose qui cloche : il est un fait connu que Cerdan est mort en allant rejoindre Edith Piaf à New York, l?avion dans lequel il voyageait s?étant écrasé. Puis, en voyant les gens effondrés autour de la chanteuse, on comprend : Edith Piaf est dans un état second, rejetant pour l?instant la tragique réalité. Et, lorsque celle-ci la rattrape, l?instant d?après, elle hurle son désespoir et avance en titubant le long d?un couloir, la caméra reculant devant elle. Elle avance, avance?et finit par se retrouver sur une scène, chantant devant un public.
C?est ainsi que fonctionne La Môme dans sa plus grande partie : une tragédie ou un traumatisme, suivi d?une séquence nous montrant Edith Piaf sur scène. Olivier Dahan, réalisateur au goût prononcé pour le romantisme noir, s?est trouvé une justification pour nous proposer sa vision du mythe Piaf : s?étant écroulée sur la scène, suite à un malaise, celle-ci revoit les moments les plus marquants de sa vie. La sachant ravagée par la drogue et l?alcool, on devine la fin toute proche et cette promenade à travers ses souvenirs est des plus subjectives.
Le réalisateur choisit de ne nous montrer essentiellement que les souvenirs les plus tragiques. C?est ainsi qu?il perçoit le mythe Piaf, à travers ses chansons ; c?est, ainsi qu?il nous invite à le percevoir. Cela lui permet de tourner le dos à la reconstitution et à l?analyse psychologique. Il nous peint un portrait avec toute sa sensibilité par rapport au mythe et fait avancer son film à grands coups d?émotions.
À travers de constants allers-retours entre les derniers mois de la chanteuse et son passé, le spectateur prend en pleine face toute la cruauté des étapes qui marquèrent sa vie. Il y a bien en évidence, tous ces magnifiques effets de mise en scène avec ralentis lyriques, un côté sordide un peu souligné dans certaines séquences, la voix de la chanteuse qui paraît un peu plus puissante qu?elle ne l?est dans ses enregistrements, etc. Tout cela marche admirablement, sans doute parce que le réalisateur est sincère dans son entreprise. Mieux, il s?est complètement abandonné à son sujet.
C?est ce même abandon qui caractérise la prestation de Marion Cotillard, méconnaissable au point de ressembler physiquement à Edith Piaf. L?actrice ne se contente pas d?interpréter son personnage, elle le devient, elle le vit du fond d?elle-même. Marion Cotillard est La Môme Piaf lorsque la caméra fait un gros plan sur son visage alors qu?elle chante C?est Mon Homme ou La Vie en Rose. Elle est également Edith Piaf, lorsqu?on la voit dans sa dernière phase complètement usée par la drogue et devenue effrayante. On en vient presque par moments, à craindre une pathologie mentale (comme Charles Boyer pour Napoléon).
Bien sûr, on pourra toujours contester toute cette noirceur et toute cette charge d?émotions. Mais, on ne pourra qu?applaudir tout ce savoir-faire et cet investissement total tant dans la réalisation que dans l?interprétation y compris les seconds rôles, Sylvie Testud en tête. Voilà un grand film français, comme on les aime. Cela arrive, de temps à autre.
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