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La mécanique est son moteur

15 septembre 2008, 00:00

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Entre les factures, les devis et le courrier personnel éparpillés sur la table de travail et l?entassement désordonné de boîtes en carton, d?où dépassent toutes sortes d?outils le long des murs, on pourrait croire que le bureau de Michael Chan a été cambriolé. «Comme vous voyez, je ne suis pas très ordonné», lâche le garagiste en tentant malgré tout de ranger un peu. C?est à se demander comment il se retrouve au milieu de ce fouillis. Puis, on comprend.

Tout est dans la tête. Ordonné, compartimenté. C?est comme ça d?ailleurs qu?en janvier 2006, trois semaines seulement lui ont suffi pour mettre au point un prototype permettant à sa voiture de carburer à l?huile végétale. Oui, l?huile qui sert à faire les frites et des gâteaux piments. Il faut dire que l?idée lui trottait dans la tête depuis presque 30 ans, «à l?époque où j?étudiais le génie automobile à Londres. Où les gens riaient au nez des environnementalistes».

Enfant déjà, le jeune Michael démonte tous les objets qui lui tombent sous la main. Puis les remonte après avoir bien cerné la mécanique qui les anime. Au départ, il se contente de ses petites voitures. Vient ensuite l?envie de démonter son premier tricycle. Puis, à 12 ans, sa première bicyclette. Et même sa première motocyclette, offerte par son père, Roger, pour ses 15 ans?

Tombé dans la mécanique, il n?en ressortira plus. Ses week-ends d?adolescent, il les passe à entretenir les motos de ses copains. «Pas pour l?argent. Juste pour le plaisir de le faire», se souvient ce petit homme à la fois calme et bavard. Aujourd?hui encore, c?est par plaisir qu?il met les mains dans le cambouis. «Lorsque après avoir réparé une voiture, je fais le test drive et que tout roule, je considère que c?est cela ma paie. Quand ensuite le client me donne de l?argent pour mes services, c?est un bonus», s?enthousiasme-t-il derrière ses lunettes.

Alors, quand aujourd?hui, les jeunes choisissent un emploi «uniquement à cause du salaire qu?on leur propose» sans tenir compte du plaisir qu?ils pourraient et devraient en retirer, Michael, ça l?«énerve». Lui, n?a pas hésité à se mettre à son compte en 1981, après avoir passé cinq ans en Angleterre. Bien sûr, l?époque était difficile, «pénible même» et il ne trouvait pas de travail mais il voulait surtout être «son propre patron».

Les débuts sont difficiles. La suite aussi. Mais Michael tient bon. Il peut compter sur le soutien de son père. Pendant les six, voire les sept, premières années, c?est en effet, Roger, propriétaire du supermarché Chan, qui paye les employés du garage de son fils. D?un employé, il finit par en embaucher huit. «Lorsque les usines ont commencé à ouvrir, je les ai perdus», soupire Michael. Vingt ans plus tard, il peine toujours à recruter des mécaniciens. Alors qu?il lui faudrait au minimum trois employés, il n?en a qu?un. S?il s?en sort quand même, c?est que son garage est «très automatisé».

Lorsqu?en 1991, Michael Chan ferme son garage et quitte Maurice pour le Canada, c?est un vieux rêve qu?il réalise. Celui de l?émigration. «Déjà après mes études, je ne voulais pas quitter l?Angleterre. J?y ai travaillé quelque temps mais ma première épouse voulait rentrer à Maurice», explique-t-il. «En 1985, j?avais fait une demande pour l?Australie. Nous avions obtenu un visa mais mon épouse n?a pas voulu partir». En 1991, son aînée, Charlene, était en CPE ! «La pression était vraiment forte pour la petite et c?est ce qui a convaincu mon épouse de partir.» Ils choisissent le Canada.

Le garagiste prend un emploi chez un concessionnaire automobile à Calgary, dans l?ouest du pays, mais un an plus tard, il décide de se mettre à son propre compte. «Après avoir été votre propre patron, il est difficile de travailler pour quelqu?un d?autre», soutient Michael. Mais Michael a du mal à supporter l?hiver canadien et au bout de six ans, il veut rentrer au bercail. Son épouse s?y oppose. Ils se séparent. Michael rentre en 1997 avec ses enfants. Charlene a alors 17 ans et Charles 14 ans.

<I>«J?ai eu cette image effrayante de mes enfants devenus adultes à la station- service. Je les imaginais prendre du carburant à une pompe et de l?oxygène de l?autre, pour qu?ils puissent respirer tant l?air était pollué.»</I>

Quelques mois plus tard, il rouvre son garage à Port-Louis. «J?avais vendu la maison et le garage au Canada mais j?avais ramené les équipements. Des machines comme ça, high tech, pour le nettoyage industriel ou encore un pont (lift), ça dure une trentaine d?années au moins.» Et aujourd?hui, lorsqu?il a besoin d?outils supplémentaires qu?il ne trouve pas à Maurice, il les fabrique lui-même. Les invente même parfois. Ainsi, avant son départ au Canada, il a construit tout seul tous les ustensiles du snack qu?il possédait alors : friteuses, chauffe-plats, plaques de cuisson, etc.

Mais depuis qu?il a équipé le 4x4 de son père avec son dispositif à l?huile végétale, il s?ennuie. «J?ai l?impression de plafonner», confie-t-il. Il est à la recherche de nouveaux défis. Le solaire, il y pense. Fabriquer son éolienne pour assurer sa consommation d?électricité également. «Je l?ai déjà en tête. Je pourrai la fabriquer tout de suite. Il me faut juste trouver le temps», affirme-t-il avec l?aplomb souriant qui le caractérise.

Et si Michael est autant branché énergies renouvelables, c?est tout simplement parce qu?il se demande ce qu?il va léguer à ses enfants. «Bien sûr, je vais leur laisser un compte en banque, une maison, mais qu?est-ce que je vais leur léguer en termes de qualité d?air, d?eau»?, s?interroge ce père de famille. D?autant qu?avec Merong, sa nouvelle épouse, il a eu deux autres enfants, Mayline, 8 ans, et Matthew, 6 ans. «Il y a 25 ans, j?ai eu cette image effrayante de mes enfants, devenus adultes, à la station-service. Je les imaginais prendre du carburant à une pompe et de l?oxygène de l?autre, pour qu?ils puissent respirer tant l?air était pollué. Je ne veux pas de ça pour mes enfants.»

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