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La ligne française s?impose à Bush

14 novembre 2003, 20:00

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George W. Bush a décidé de changer de stratégie et veut désormais accélérer la passation des pouvoirs aux Irakiens, un processus qui pourrait intervenir courant 2004. «Nous voulons que les Irakiens soient plus impliqués dans l?administration de leur pays», a déclaré le président à des journalistes, une position exprimée depuis plusieurs mois par plusieurs pays européens, notamment la France.

La réconciliation franco-américaine peut-elle fleurir sur la tombe des illusions perdues de Washington en Irak ? La France, opposante à la guerre, ne pensait pas que les États-Unis avaient beaucoup de chances de réussir dans leur entreprise. Pour autant, elle ne souhaitait pas que les Américains échouent lourdement. Cela aurait été synonyme de déstabilisation aggravée du Proche-Orient, d?encouragement à l?extrémisme islamiste et de reprise du terrorisme anti-occidental. Or c?est bien l?hypothèse sombre qui se vérifie sur le terrain. Voilà pourquoi la France cherche à offrir son aide à l?Administration de George W. Bush. Mais, pratiquement, ses moyens sont bien limités. Paris n?a aucune solution miracle à présenter.

Le ton change côté français car l?inquiétude croît à Paris. Voici deux semaines, le gouvernement français refusait, lors de la conférence de Madrid sur la reconstruction de l?Irak, tout concours financier à la puissance occupante américaine. Aujourd?hui, le même gouvernement veut «tendre la main» aux Américains, a déclaré hier le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. «Nous sommes prêts aujourd?hui à tous les rendez-vous (...) à toutes les concertations», a-t-il expliqué sur Europe 1. «Il s?agit de la sécurité du monde, c?est un enjeu qui nous concerne tous», a-t-il dit.

La France envoie un double message à destination de l?Administration Bush. Le premier, explicite, est une offre de bons et loyaux services qui peut se traduire par une coopération active dans les enceintes internationales, mais aussi par une aide financière ou une assistance à la formation des forces irakiennes. Envoyer des troupes, il n?en est pas question à ce stade.

Le deuxième message, implicite, est une admonestation aux dirigeants américains, priés d?assumer les conséquences du désastre qu?ils ont contribué à créer. «Les Américains ont engagé une action, elle doit être menée pour conduire à davantage de sécurité», a déclaré le ministre Villepin. Cela doit se produire «sous l?égide des Irakiens eux-mêmes». Pour essayer de se faire entendre à Washington, le ministre s?est longuement expliqué hier sur CNN.

<B>POWELL À BRUXELLES</B>

Sur le fond, les responsables français maintiennent les recommandations qu?ils ont formulées depuis l?été. L?Irak doit redevenir souverain sans délai, afin que les troupes américaines et britanniques ne soient plus des forces d?occupation. Les fonctions gouvernementales doivent être transférées de façon accélérée aux Irakiens. Les Nations unies doivent se voir reconnaître un rôle éminent dans la transition politique.

Au fur et à mesure que s?approche l?élection présidentielle de l?an prochain aux États-Unis, l?Administration Bush reprend à son compte des avis qu?elle rejetait avec condescendance en septembre et octobre. Mais, à l?Elysée comme au Quai d?Orsay, on est loin de s?en réjouir. En effet, si les Cassandre avaient raison en Irak, c?est que la situation est au plus mal. «Nous avons tous intérêt à ce que l?après-guerre ne soit pas un échec, explique un diplomate français. Les conséquences en seraient payées par les pays de la région, en termes de fragilisation et de déstabilisation, mais aussi par les démocraties occidentales.» Le risque d?un regain du terrorisme international est pris très au sérieux à Paris.

En conséquence, les dirigeants français, qui ont bataillé pour empêcher les Américains de mettre le pied en Irak, les supplient aujourd?hui d?y rester. Paris souhaite que les troupes de la coalition s?intègrent dans une force multinationale qui serait invitée par une autorité irakienne souveraine, qui serait elle-même issue d?un nouveau cabinet provisoire à créer.

Pour les analystes parisiens, le scénario le plus irresponsable serait qu?après avoir suscité le chaos en Irak en se passant de l?aval de l?Onu, les Américains plient bagage sans demander leur reste. «L?Irakisation» prônée depuis peu à Washington ressemblerait fâcheusement à la «vietnamisation» de funeste mémoire.

Cependant, cette hypothèse n?apparaît pas, à ce stade, comme la plus probable. A Paris, on s?attend plutôt à un repli partiel des forces américaines, avec, en parallèle, une montée en puissance des troupes irakiennes, que les États-Unis devront notamment réembaucher dans les rangs du Baas et de l?ancienne armée qu?ils ont malencontreusement dissoute.

Les dirigeants français et les autres Européens devraient en savoir plus sur les intentions américaines mardi. Le secrétaire d?État, Colin Powell, doit venir à Bruxelles rencontrer ses homologues des Quinze. Les Européens veulent savoir si les États-Unis seraient prêts à une action multilatérale, impliquant une nouvelle résolution de l?Onu, ou s?ils veulent en rester à une gestion bilatérale du dossier avec leurs protégés irakiens.

La première solution faciliterait la restauration de l?unité des Européens. Elle pourrait aussi permettre une décrispation de la relation franco-américaine. La crise du printemps est encore loin d?avoir épuisé ses effets. Les désaccords de fond persistent entre la France et les États-Unis, comme on peut le constater avec le projet controversé de création d?un état-major européen en dehors de l?Otan. Mais, comme le souligne un responsable français, «la période la plus difficile est dépassée».


Incertitude persistante sur un retour de l?Onu à Bagdad

Un responsable des Nations unies a estimé hier qu?il était difficile d?envisager un retour de l?organisation en Irak sans amélioration préalable de la sécurité dans ce pays.

«Il est difficile d?envigager que nous puissions accomplir l?ensemble des activités que nous souhaiterions mener (...) tant que la sécurité ne se sera pas améliorée», a déclaré à «Reuters» Kevin Kennedy, responsable des affaires humanitaires d?urgence de l?Office pour la coordination des Affaires humanitaires de l?Onu.

Ce responsable participe à une réunion organisée à Chypre, où est repliée la majeure partie du personnel expatrié de l?Onu évacué de Bagdad après l?attentat suicide du 27 octobre contre le siège du Comité international de la Croix-Rouge dans la capitale irakienne.

Le siège de la mission des Nations unies à Bagdad avait lui-même été dévasté le 19 août par un attentat à la bombe qui avait notamment tué le Brésilien Sergio Vieira de Mello, représentant de l?organisation en Irak.

L?objet de la réunion de Nicosie est de faire des recommandations au secrétaire général, Kofi Annan, sur les conditions d?un retour éventuel en Irak des expatriés de l?Onu.

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