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La ligne continue d?un mouvement passionné
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La ligne continue d?un mouvement passionné
Yvette Maniglier, actuellement en vacances à Maurice, peint depuis plus de cinquante ans. Celle qui, dès ses débuts, croise la route de Matisse, parle des formes qu?elle met en scène.
A peine arrivée à Maurice, elle cherche déjà ses pastels, ses encres et son papier à dessin. C?est un coup de foudre. Dès les premiers instants, l?île suscite chez elle d?intenses émotions. Yvette Maniglier, grand peintre français, a déjà des idées de nouvelles toiles, de couleurs, de sensations. Cette vision elle la traduira par la manière expressionniste, ?sans en donner la réalité?, dit-elle, mais plutôt par sa propre réalité, celle de son c?ur, cette réalité d?émotion sans la réforme de la raison.
Ses yeux s?illuminent. Elle esquisse un grand sourire. Et nous décrit les images, les couleurs qu?elle met en scène. ?A un certain endroit, un pic se détachait du ciel, des impressions fortes de cratères, de roches noires qui ont l?air de s?inscrire dans le ciel, comme le point de rencontre des forces? une musicalité, un rythme?, décrit le peintre.
Maniglier découvre Maurice pour la première fois. Et ses yeux innocents, émerveillés sont touchés par ?l?émotion vraie, authentique, la beauté des êtres et la diversité des cultures?. Une passion de découvrir qu?elle a cultivée tout au long de sa vie. Aujourd?hui, elle est régulièrement l?invitée d?honneur de grandes expositions de peinture partout dans le monde. De New York à Tokyo en passant par Beyrouth, où elle exposait tout récemment? Ses pairs reconnaissent en elle un talent rare.
Rigueur
Sa peinture évolue au fil de son existence, au gré des rencontres. Elle garde en tête ces conseils que lui prodigua le maître Matisse : ?Cherchez vos thèmes dans tout ce qui vient à vous? Sans vous poser de questions? ou encore : ?Il faut que le sujet, la chose vous fasse signe. Ce n?est pas vous qui choisissez.?
Sa rencontre avec Matisse, considéré comme l?un des plus grands peintres du XXe siècle, a été déterminante dans sa carrière. Celui-ci travaille sur le projet de la chapelle St.-Paul de Vence quand elle le surprend au milieu de ses fameux découpages, ses papiers collés. ?On m?a envoyé une jolie messagère?, chuchote le peintre. Elle avoue volontiers que ?c?est lui qui m?a donné l?étincelle?.
A la fin des années 50, elle suit les cours du maître Primo Conti, à l?Académie des Beaux-Arts de San Marco, à Florence en Italie. Elle y reçoit une formation très académique, qui impose la rigueur. ?On vous dit de tout oublier. Vous faites ce qu?on vous dit et on vous montre comment.? Une rigueur qu?elle ne retrouve plus dans les écoles d?art d?aujourd?hui. Elle peut comprendre ceux qui déclarent que la peinture est morte. ?C?est un désastre. ll y a trop de liberté.?
Elle intègre ensuite l?Académie des Beaux-Arts de Stuttgart et Manfreid Henninger, un maître de l?abstraction, devient son Pygmalion. Elle découvre et comprend enfin la peinture de Picasso : ?L?art abstrait est une chose subtile?, souligne-t-elle. Maniglier traverse toutes les époques avec pour ligne directrice l?analyse d?Aristote du dessin, ?une ligne entièrement continue, jamais rompue. La courbe authentique.?
Elle peint la beauté, la générosité, tout simplement. ?Ma peinture, je ne la dirige pas. C?est elle qui me dirige. Elle m?interpelle. Les gestes, les couleurs s?imposent à moi. Un dessin, c?est du travail acrobatique, un pas de danse.?
Elle évolue, traversant différents périodes picturales avec une grande aisance. Après une période fauviste, et un passage par l?expressionnisme, elle se lance dans les ?planétaires?, des formes géométriques. ?Et une fois dans le ciel, je ne pouvais peindre que? des scènes bibliques?, dit-elle avec un sourire malicieux. Suivront aussi les ?destructurés?, dont elle dit que ?si elle ne les avait pas inventés, Matisse l?aurait fait.?
Passionnée d?architecture, elle a déjà l??il sur les maisons coloniales de Maurice. D?un tracé parfait, continu, elle a représenté les ponts de Paris, la Mairie de Neuilly, les châteaux de la Loire, la place de la Concorde? Elle a entrepris aussi une série d??uvres, plus abstraites, sur le monument de la Défense, à Paris.
En 2002, elle a peint une représentation des deux tours de la Société Générale, en direct pour un film de la chaîne de télévision Arte. Le tableau, fruit de cette belle aventure est même entré dans le très select mécénat de la Société Générale.
Aujourd?hui au sommet de son art, va-t-elle s?exiler, dans une île tropicale, comme l?a fait Gauguin ? Pourquoi pas. ?Je n?ai d?attache que ma peinture?, dit-elle.
Sonia SERRA
Jean-Bernard BARBEAU
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