Publicité

La guerre du lait est déclarée !

21 octobre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les hostilités sont enclenchées. L?Etat se lance dans l?importation du lait, estimant que les importateurs traditionnels n?ont pas joué le jeu. Une commande initiale a été placée en Inde. Des négociations ont été entamées avec d?autres pays producteurs. Déjà, le principal opérateur crie à la concurrence déloyale et envisage des licenciements.

La State Trading Corporation (STC) a placé une commande de 75 tonnes de lait en poudre auprès de la multinationale Amul pour tester le marché. Cette cargaison sera écoulée à travers les services d?un distributeur, la compagnie Yip Tong. Dans ce milieu, l?on affirme que le sachet d?un kilo coûtera quelque 20 % de moins que la moyenne des prix pratiqués dans le commerce. Ce stock sera écoulé sur une période maximale de trois jours. La population consomme 9 000 tonnes de lait par an.

L?importation par la STC ne se limite pas à l?Inde. Le ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, souligne que des pourparlers sont en cours avec des producteurs tels que l?Australie, l?Argentine et, récemment, la Hollande. Il estime que les possibilités d?importer à un prix moindre tout en respectant la qualité existent.

La décision d?entrer dans ce marché, pour le ministre, s?est avérée nécessaire à la suite des observations faites sur le fonctionnement de ce commerce. «On a jugé que le lait est une denrée essentielle pour le pays. Et parce qu?ils n?ont pas été raisonnables (NdlR : les importateurs et revendeurs), nous nous mettons de la partie.»

<B>Licenciement du personnel</B>

Ce faisant, l?Etat confirme, une fois de plus, sa volonté d?un marché concurrentiel d?où le consommateur sortira gagnant. Cette deuxième étape s?ajoute à celle de ramener la marge des importateurs et distributeurs de lait à 14 %, mesure effective depuis le 13 août. «Ce n?est pas dans la politique du gouvernement de contrôler les prix. Nous ne nous intéressons qu?aux produits de base. Et c?est ce que nous faisons», ajoute Rajesh Jeetah.

Du côté de New Zealand Milk, la réaction est des plus violentes. «Le gouvernement nous fait de la concurrence déloyale», clame Paul Ah Lim, directeur de l?entreprise. Celle-ci détient 65 % des parts de marché avec ses trois marques : Red Cow, Anchor et Farmland. Le ministre s?interroge sur la justification de cette accusation de «triche». «La STC procède par appels d?offres», ajoute-t-il.

Pour Paul Ah Lim, son entreprise «est régie par une marge de profits qui ne tient pas compte de l?empaquetage. Depuis l?entrée en vigueur des nouveaux prix, nous avons essuyé des millions de roupies de pertes». Il concède volontiers que l?importation du lait en sachet est une option «plus rentable» que d?assurer l?empaquetage local, créant de l?emploi.

Dans une telle conjoncture, le directeur souligne que New Zealand Milk ne peut poursuivre sur cette pente. D?ici la fin de l?année, l?entreprise fermera son unité de mise en sachet et licenciera le personnel pour se lancer dans l?importation de lait empaqueté.

Du côté de Happy World Foods, distribuant la marque Twin Cows, on ne s?émeut pas outre mesure, puisque que c?est la qualité qui prime, comme l?affirme le chief executive officer, Kriti Taukoordass. «Si le lait indien est à la hauteur des produits australiens, nous verrons quelle marche adopter,» explique-t-il. «La qualité sera là. Il faut respecter les normes. Là dessus, il n?y a aucun compromis», affirme le ministre du Commerce. Prenant pour exemple le lait Amul, il s?interroge sur la pertinence de ces critiques : «Comment peut-on se poser des questions sur un produit que consomme une population de 1,2 milliard ?»

Dans sa politique de contrôler le prix de cette denrée, le gouvernement a franchi une nouvelle étape cette semaine avec la baisse sur les marques de lait écrémé. A titre d?exemple, pour une boîte de 750 g de Régilait, le prix chute de 34 %. En général, le montant à débourser sera réduit de Rs 7, 36 à Rs 70,20. «C?est choquant que la marge ait pu atteindre un tel niveau. Or, le lait écrémé est un produit qui se vend à un plus bas prix», s?indigne encore Rajesh Jeetah.

Mais le prix fixé sera toujours revu à la hausse, fluctuation des devises oblige. Depuis mercredi, les sachets de Red Cow, Farmland et Anchor ont augmenté d?une roupie, notre monnaie s?étant dépréciée face au dollar australien.

PROFIL D?ENTREPRISE

Amul, géant laitier

■ Voilà quatre lettres qui cachent une gigantesque organisation. Nom commercial de la Gujerat Cooperative Milk Marketing Federation, Amul est l?instance dirigeante de 2,41 millions de membres. Sa gamme de produits englobe tous les dérivés du lait. Son chiffre d?affaires a quasi doublé au cours des dix dernières années pour atteindre Rs 20 milliards en 2004-2005. Sa collecte totale de lait a été de 2,1 milliards de litres, soit une moyenne quotidienne de 5,7 millions, venant des 11 615 sociétés rurales. Sa capacité de traitement est de 511 tonnes par jour. En Inde, Amul serait le synonyme de produits laitiers tant sa variété est ancrée dans les m?urs depuis plusieurs décennies. Dans son panier, le consommateur y trouve du lait en poudre, condensée et UHT, du beurre, du fromage, du yaourt, des chocolats, des sucreries, du «ghee», de la crème glacée et des boissons aromatisées.

Publicité