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La guerre aux graisses est déclarée
Aujourd?hui, les bambins rondouillards deviennent obèses en deux coups de cuillère à pot ! Qualifiée de première maladie non-infectieuse de l?histoire, l?obésité infantile frappe les pays industrialisés et ceux en voie de développement. Ainsi, l?International Obesity Task Force indique que 22 millions d?enfants de moins de cinq dans le monde ont une surcharge pondérale. En France, 16 % des petits en âge d?être scolarisés sont obèses. À ce rythme, ils seront 25 % en 2025 ! Au Japon, l?obésité chez l?enfant a fait un bond de 53 %, en Grande-Bretagne, de 65 % pour certaines tranches d?âge, et de 60 % aux États-Unis. À Maurice, on estime que le taux d?obésité chez les adultes est de 40 % mais pour nos chères têtes brunes, ce n?est que maintenant qu?une étude est entreprise par l?État. Ce phénomène prend toutefois des proportions énormes, selon les experts.
« Dès la naissance, il faut surveiller le poids du bébé. En grandissant, l?enfant devient obèse car il existe un véritable déséquilibre entre les aliments consommés et l?énergie dépensée. Cet excès se transforme en surpoids et il est stocké dans les tissus adipeux », affirme le pédiatre Sunil Ram.
La mal bouffe : un véritable catalyseur
Selon lui, les facteurs génétiques jouent un rôle indéniable dans l?obésité infantile, tout comme les facteurs endocrinologiques issus de dérèglements hormonaux ou glandulaires, et l?environnement. « Les enfants mangent trop et n?importe quoi. On a prouvé scientifiquement qu?un enfant qui passe son temps devant la télé ou avec ses jeux vidéos, prend plus de poids car il grignote des chips, des friandises et ne bouge pas », poursuit le médecin. La mal bouffe ? les fast-foods, fritures, et autres boissons gazeuses ? est un véritable catalyseur. Lors d?un récent congrès sur la prise de poids, des experts ont fait un calcul fort intéressant : la consommation d?un litre de boisson sucrée fait prendre 50 grammes par jour, 35 grammes en une semaine et 8 kg par an ! D?autant plus que le surpoids chez les enfants est associé à diverses complications telles que l?hypertension artérielle, le diabète non insulinodépendant de type II, l?hypercholestérolémie et à long terme, des risques de maladies cardio-vasculaires, sans parler des possibilités de cancer de l?intestin et du sein.
Il est donc temps de bouger et les autorités l?ont bien compris. Il y a deux semaines, une première étape a été franchie par le ministère de la Santé. Ainsi, de nouveaux règlements ont été imposés pour les amuse-gueules. Ceux qui contiennent plus de 10 % de graisses saturées seront interdits de commercialisation. Une récente étude du ministère a démontré que ce taux est jusqu?à présent inférieur à 10 % pour 100 grammes de produits écoulés. Selon ce rapport, les chips banane contiennent 5,58 % de matières grasses saturées, les gâteaux piments 6 % et les frites 5,1 %. Cette enquête a également permis d?imposer des mesures à certaines entreprises qui vendent des amuse-gueules à base de frites et dont le taux en graisses saturées est supérieur à 10 %. Désormais, ces produits importés des pays asiatiques seront détruits.
De son côté, le National Children Council (NCC) mène une croisade contre l?obésité infantile. « Une bonne santé se construit dès le plus jeune âge » : tel est le thème de la campagne de sensibilisation du NCC. « La prévention de l?obésité infantile est une préoccupation majeure de notre programme. À l?heure des vacances scolaires, ce problème va s?accentuer. Vu que les parents travaillent, les enfants seront en compagnie de la télé? et de la malbouffe. Comme le thème de notre campagne l?indique, nous ciblerons la catégorie des 0 à 18 ans pour expliquer ce qu?est, au juste, l?obésité infantile. Il y a une véritable prévalence du problème. Nous allons travailler en collaboration avec le ministère de l?Éducation et celui de la Santé, ainsi qu?avec la MCA et d?autres ONG », déclare Myriam Narainsamy, présidente du NCC.
Enfants, parents et enseignants seront ciblés grâce à des causeries, des expositions, des distributions de brochures, des Essay competitions, des projections de films, etc. La campagne, qui se veut très intensive, sera axée sur les clubs pour enfants, les maternelles, les écoles et les collèges. Par ailleurs, des tests de dépistage pour détecter les enfants obèses seront effectués. La campagne débutera le 30 novembre au Centre communautaire de Cité Vallijee et se déroulera jusqu?en juin 2005.
« L?important est de faire réaliser aux parents, mais aussi aux enfants, ce qu?ils mangent et ce que cela leur apporte. Nous sommes nombreux à ne pas comprendre des termes techniques relatifs à l?alimentation, comme les hydrates de carbone, par exemple. Il est primordial de décortiquer tout cela petit à petit pour que ces choses soient assimilables. Pour cela, nous allons utiliser des méthodes pédagogiques et visuelles. Si on parvient à créer un déclic chez l?enfant, cela va réduire l?obésité chez les adultes », explique Myriam Marainsamy.
L?éducation est un élément clé de la sensibilisation à ce phénomène. Dès que l?enfant naît, la vigilance doit être de mise. « Il y a une courbe de poids à respecter qui est inscrite sur le carnet de santé pour chaque enfant dans les centres hospitaliers de l?État. Par exemple, à un an, un enfant doit peser dix kilos en moyenne et à deux ans, 12 à 13 kg. Au niveau de son apport calorique, de la naissance à l?âge de trois ans, il a besoin de 100 à 110 calories par kilo, ce qui équivaut à 1 000-1 100 calories pour un poids de dix kilos. Après trois ans, il aura besoin de 90 calories par kilo, à 10 ans, de 80 calories par kilo et à l?adolescence, de 50 à 60 calories par kilo. Si le poids ne suit pas la courbe ou monte en échelle, cela peut indiquer une tendance à l?obésité infantile », explique Sunil Ram.
Une bombe à retardement
Que faire lorsqu?on soupçonne une surcharge pondérale ? Il ne faut surtout pas se dire qu?il est nécessaire de condamner l?enfant à maigrir. « L?objectif est de ne pas prendre plus de poids. Il y a trois choses indispensables que nous devons avoir dans notre alimentation : l?eau, les légumes et les fruits frais. Pour les bébés, on recommande d?introduire l?alimentation après quatre mois », souligne-t-il.
Des propos qui sont relayés par Georgina Ragaven, nutritionniste et consultante en fitness. « Il faut introduire une alimentation saine dès que le plus jeune âge, et encourager l?enfant à faire du sport.
Il faut éviter certaines méthodes de cuisson comme la friture. Par contre, on peut privilégier l?ébullition, la cuisson au four, les grillades ou le stir-frying. Dans les écoles, il serait judicieux d?introduire un suivi de sa croissance ? son poids, sa hauteur etc. Il faut aussi étudier le comportement de l?enfant, avec l?aide des médecins et autres professionnels et rééquilibrer son alimentation ».
Quelques règles d?or pour la prévention : éviter le grignotage, de resservir l?enfant et de consommer des aliments riches en graisses.
Pour Patrick Serog, médecin nutritionniste français, l?obésité infantile apparaît aujourd?hui, comme « une bombe à retardement qui menace notre société ». Les actions entreprises par nos autorités sont déjà un bon début dans la lutte au surpoids. Gageons pour qu?elles ne soient pas les dernières.
Les questions fréquentes des parents
Faut-il interdire les féculents et les remplacer par des légumes verts?
Absolument pas. On recommande de maintenir une portion quotidienne de féculents (pâtes, riz, pommes de terre, etc.) qui sont plus rassasiants. Cela évite le grignotage incessant de sucreries ou de viennoiseries.
À partir de quand doit-on soupçonner un surpoids ?
Dès la naissance de l?enfant, il faut surveiller son poids.
Si vous êtes une personne à risque, il se peut que votre enfant devienne aussi obèse. Ne négligez pas le fait qu?il soit potelé et grassouillet. Une bonne prise en charge dès le départ permet d?éviter le surpoids.
Comment apprendre à un enfant à bien se nourrir au quotidien ?
Il faut s?adapter aux goûts de l?enfant et surtout diversifier son alimentation. Initiez-le aux produits laitiers ? fromages, yaourts. Attention tout de même aux quantités ! Il va reproduire le mode alimentaire de ses parents. S?il les voit manger de façon équilibrée, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, il fera la même chose.
Faut-il leur interdire frites, sodas et bonbons ?
Réduire les portions de frites ne signifie pas interdire ! Sachez aussi qu?un enfant aimera naturellement les sucreries. Et on sait bien qu?à force d?interdire, cela peut inciter l?enfant à en consommer davantage. Préférez la réduction à l?interdiction.
De l?exercice pour combattre l?obésité
Comment encourager les enfants à avoir une activité physique ? Georgina Ragaven semble avoir trouvé la solution idéale. Elle préconise un programme d?initiation au sport en y ajoutant l?amusement.
« Pendant les vacances scolaires, bon nombre d?enfants sont inactifs. À la maison, ils vont se gaver de friandises devant la télé. C?est pour cela que nous organisons des séances d?exercices pour eux », explique-t-elle. Le coup d?envoi sera donné le 17 novembre à 16 h 30 à Ener-Gym, à Quatre-Bornes. L?initiation sera dispensée aux garçons et aux filles de 8 à 12 ans et s?échelonnera jusqu?au mois de décembre. Pour plus de renseignements, appelez le 732.01.21.
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