Publicité
La grosse frayeur d’une famille
Les champs de cannes ont laissé la place aujourd’hui à des centaines de maisons et des routes asphaltées. P.N., l’air pensif se souvient encore de l’avenue Berthaud lorsqu’il était enfant. Dans les années 70, il n’y avait pas d’eau et d’électricité. « Mes frères et moi avions l’habitude d’aller remplir des seaux d’eau chez un voisin qui habitait à environ 50 mètres de chez nous », nous raconte-t-il avec nostalgie. Il se souvient encore de la charrette tirée par un bœuf qui passait souvent devant la modeste demeure de ses parents.
Aujourd’hui, cet endroit paisible n’est plus le même depuis que les champs de cannes ont été morcelés et habités par de nombreuses familles.
« Regardez ce morceau de parpaing et cette grosse pierre. Si nous n’avions pas verrouillé les portes de la maison, je ne serais plus en vie aujourd’hui », lâche P.N. encore sous le choc. Les traits tirés par la fatigue, il nous raconte le cauchemar que lui et sa famille ont vécu dans la soirée de jeudi lorsqu’un groupe d’individus armés de pierres ont saccagé sa maison.
« Depuis ce jour, mes enfants ne veulent plus aller à l’école. J’ai dû fermer mon business qui se trouve au rez-de-chaussée. » « Nous ne pouvons plus sortir de chez nous », lance son épouse, qui a l’air visiblement angoissée.
Les injures et le bruit des vitres qui volent en éclats. Ces bruits résonnent toujours dans sa tête. Comment faire pour oublier ? « Jamais », nous lance-t-elle. « C’est la première fois que cela nous arrive », confie son époux.
Le jour de l’incident, P.N. vaque à ses occupations dans son atelier situé au rez-de-chaussée de sa maison. Il est environ 15 heures lorsque sa fille aînée rentre précipitamment dans la maison. Celle-ci, visiblement traumatisée, annonce à son père qu’un jeune garçon lui a serré les épaules en lui disant : « To lavenir dan mo la main. »
Le jeune homme le roue de coups
P.N., furieux, demande à sa fille de lui montrer l’homme en question. Pressant le pas, P s’avance vers un groupe. Lorsque sa fille lui montre le jeune homme, ce dernier, sans crier gare, donne un violent coup de pied à P. qui tombe sur l’asphalte. « Mo mem sa », lance le jeune homme en le rouant de coups. Le frère de l’agresseur se met alors aussi de la partie.
« Il a fallu qu’Alain, leur grand frère intervienne en ma faveur. C’est lui qui m’a porté secours. Ma fille et moi avons pu, par la suite, prendre la fuite pour rentrer chez nous », poursuit P. N.
Dix minutes plus tard, une dizaine d’hommes âgés entre 16 et 30 ans, munis de pierres commencent à saccager la maison. Les vitres volent en éclats. « Zot ti oule a tou pri ki mo sorti dans mo lakaz », nous raconte P. N. Quelques minutes après, lorsqu’un fourgon de la police arrive, le pare-brise du véhicule volera en éclats. Cette soirée-là, l’avenue Berthaud à Trèfles n’était plus ce qu’elle était il y a trente ans.
Publicité
Publicité
Les plus récents