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La gravure à l?honneur au MGI
Le département des Beaux-Arts de l?Institut Mahatma-Gandhi peut être crédité d?une belle réussite, grâce à l?organisation d?un atelier de gravure, composé d?artistes de plusieurs pays et du nôtre. Il permet à un public friand d?émotions artistiques de contempler et d?apprécier l?heureux résultat de cet échange international d?expérience artistique et de maîtrise des différentes formes et méthodes de gravure.
Nous laisserons, bien sûr, aux artistes et aux techniciens le soin d?examiner les techniques de gravure convenant le mieux à l?ensemble et à chacun de nos artistes locaux. Cette chronique se contente plus modestement de dire son appréciation du résultat, non pas final, mais ainsi exposé dans la vaste salle d?entrée de l?Institut, heureusement transformée en labyrinthe.
Cela permet une contemplation et une appréciation plus intime des ?uvres ainsi exposées. La galerie Max-Boullé devrait s?en inspirer, dans la mesure où elle ne risque plus de servir de bureaux à des employés, réduits à l?état de squatters professionnels et municipaux.
La finesse du trait de l?artiste
Le visiteur doit, certes, tenir compte que les organisateurs de cette exposition n?ont disposé que de quelques jours pour encadrer et placer les ?uvres à exposer. Ils ont sagement évité les amalgames arbitraires par pays ou encore, plus compréhensibles, par méthode de gravure ou encore par style ou genre artistique. Au visiteur donc de déambuler d?une ?uvre à l?autre, de se fier à sa mémoire artistique et à sa sensibilité pour rassembler en esprit et dans son souvenir les ?uvres dispersées de ces artistes préférés qu?il s?agisse des Indiens V. Nagdas, Pinaki Barma, Kavitga Nayan, Arpan Mukherjee ou encore des Mauriciens Mala Ramyead, Nalini Treebohun sans oublier un Krishna Luchoomun, étonnant de précision et de finesse, d?esprit comme de trait.
À tout seigneur, tout honneur ! Place donc à V. Nagdas, en raison tant de son talent, du volume de son ?uvre que du sens de composition et de finesse que chacune de ses gravures dégage. Celles-ci forment autant de récits de l?histoire de notre humanité, depuis sa genèse jusqu?à son aboutissement ou apothéose, en passant par nos espoirs, nos appréhensions, nos interrogations, nos abandons, nos métamorphoses. Leurs dimensions sont toujours respectueuses par rapport à celles des autres ?uvres exposées.
Elles se construisent généralement autour d?une tête humaine, faisant ici figure de roseau pensant. Le reste de la créature et de l?humanité tourne autour de ce pivot de réflexion et d?animation. Ce visage tourmenté dit bien le combat pour toute vie. « Rien n?est acquis à l?homme », chante Brassens après Aragon.
Quand V. Nagdas ne place pas la tête pensante, au faciès plutôt africain, de l?être humain au centre de sa toile, il se laisse aller à un étrange entrelacement de silhouettes humaines, donnant naissance à d?autres vies humaines quand elles ne sont pas elles-mêmes le fruit d?autres entrailles, entrelacées pour le meilleur comme pour le pire. Nous pouvons mieux alors apprécier la finesse du trait graveur de l?artiste, une finesse qui nous fait songer à la perfection d?un génial dessinateur nommé Pablo Picasso.
Le Tsunami de Kavita Nayan salue d?emblée le visiteur et l?entraîne irrésistiblement d?une gravure à une autre. Nous devons savoir gré à l?auteur pour cet émouvant hommage artistique à un cataclysme qui a marqué nos esprits et nous rappelle toute l?incertitude dont est faite toute vie humaine. Kavita Nayan donne deux vitesses directionnelles à son ?uvre, l?une tirant le tout à droite et l?autre le hissant vers la gauche, avec pour résultat la vision privilégiée d?un tsunami à l??uvre, à l?intérieur même de son flot submergeant et de son reflux. Le vertige nous prend d?être ainsi témoin d?un déversement irrépressible et d?inutiles résistances de fétus de paille se voulant pesanteur et résistance à l?irrésistible.
Donner la réplique à leurs homologues étrangers
On doit aussi à Kavita Nayan une silhouette humaine, une sorte de Pierrot lunaire désarticulé, qui dit bien le flot tumultueux pas toujours contrôlable de toute vie humaine.
Arpan Mukherjee est un autre nom qui restera gravé dans notre mémoire. On lui doit une sorte de gourou philosophant devant des semblants de chaises vides, le tout faisant irrésistiblement penser à un certain Eugène Ionesco. Le tout est d?une facture tellement soignée qu?on ne peut s?empêcher d?y voir une manière chinoise de peindre et de concevoir une ?uvre artistique. Avant d?être une gravure à contempler, ce genre de réussite est d?abord une illustration philosophique. Nous lui devons une autre silhouette humaine massive, aux jambes largement écartées, aux bras déployées, avec une macrocéphalie prononcée. L??uvre échappe pourtant à toute vulgarité pour demeurer une interrogation philosophique.
D?autres artistes étrangers nous émeuvent avec leurs femmes voilées (Thuraya Al-Bagsami du Koweït), avec leur Corps de Garde strié pour mieux souligner sa pétrographie (Danielle Grosbuch du Luxembourg), les pyrogravures du Togolais Peter Ayi Kpade, les émaux bleus de N. Dars (Inde) ou ceux rougeâtres et veinés de Rishi Jogoo (Angleterre).
Les artistes mauriciens ne se contentent pas de faire tapisserie. Ils savent donner la réplique à leurs homologues étrangers. Mala Ramyead nous offre ainsi un visage féminin prostré qui dit bien le calvaire subi quotidiennement et en silence par tant de nos compagnes et de nos s?urs. Des doigts gracieux tentent de rendre invisible une détresse qui explose pourtant au grand jour, du moins pour ceux qui savent voir, comprendre, s?apitoyer et surtout s?engager dans une révolution de mentalité et de comportement afin que le vieil homme en nous cède la place à un homme nouveau. C?est l?objectif final de toute vraie révolution. Celle dont le Grand Soir prend allure d?apothéose résurrectionnelle.
Le jeu avec les teintes et les tonalités
Nalini Treebohun nous offre une composition spatiale, demandant à des espaces aux tons différents de remplir une surface artistique et créer ainsi une forme visuelle, un élan d?élégance. Varsha Rambrassah sait jouer avec les teintes et les tonalités pour créer une explosion solaire sur canapé de fleurs et de pétales.
Krishna Luchoomun nous révèle un talent de graveur et de miniaturiste de bon augure. Son Roméo et sa Juliette ne sont pas sans rappeler des amours divins au sommet d?un Olympe indien. Son tandem, un père et son fils, rappelle heureusement les madones les plus inspirées de l?iconographie orthodoxe. Son Unité possède les mêmes atouts de finesse du trait, d?élégance et d?attachement général.
L?exposition Printmaking ouvre, en tout cas, sous les meilleurs auspices possibles une année 2006 qui ne sera heureusement pas une année de torture de détenus et de suspects par des enquêteurs incompétents ou encore de nos enfants, en raison d?un ranking honteusement rétabli, pour plaire au lobby des instituteurs, des donneurs de leçons, dites particulières, et de faiseurs de lauréats, de grands et de petits boursiers.
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