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La francophonie, un dialogue entre les cultures

21 mars 2004, 20:00

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LA SALLE était pleine à craquer. Le succès était au rendez-vous, car ils étaient nombreux les élèves de différents collèges, dans leur uniforme respectif, à venir prêter l?oreille aux intervenants universitaires, à fin de saisir les idées importantes autour du thème de la ?francophonie? qui figure cette année au programme scolaire.

?Francophonie et plurilinguisme?. En effet, tel est le thème qui a fait l?objet du séminaire organisé par le Groupe de Recherche en Francophonie de la Faculté des Sciences Sociales et Humaines pour marquer la Journée Internationale de la Francophonie, vendredi dernier, à l?Auditorium Octave Wiehe.

Ont participé à ce séminaire : Arnaud Carpooran, coordonnateur, Shakuntala Boolell, Danielle Tranquille, Daniella Police-Michel, Vina Ballgobin, et le Professeur Lambert-Felix Prudent de l?Université de La Réunion. Les discours, tantôt littéraires tantôt linguistiques, les uns plus intéressants que les autres, ont retenu l?audience jusqu?à la séance de clôture. Si, dès l?ouverture, l?exposé de Shakuntala Boolell a suffi pour plonger la salle dans l?univers imaginaire de ces contes de terroir qui tendent à sortir de nos souvenirs, ce n?était pas uniquement pour nous faire rêver. L?objectif consistait à montrer comment le conte est un genre souple qui a évolué en s?investissant de l?exotisme, du fantastique, de la morale, et de la réalité locale avant de révéler son génie propre. Regroupés en trois principales catégories (fantastique, morale, et miroir), ces contes ont la particularité de nous dévoiler le lien de la voix qui raconte avec sa culture propre. L?esprit du conteur dévoile ainsi la présence d?une conscience linguistique qui expliquerait comment, par exemple, à l?ère coloniale, où l?activité littéraire frayait encore sa voie, ?nos conteurs étaient tributaires des modèles français comme Maupassant et Flaubert?. Il a fallu attendre, selon Shakuntala Boolell, la fin du dix-neuvième siècle et la première moitié du vingtième siècle pour que l?exotisme entre dans la littérature mauricienne d?expression française, comme dans les créations littéraires de Marcel Cabon et de Malcolm De Chazal qui offrent une valeur allégorique à la réalité mauricienne.

Diversité du français

Si la francophonie est un dialogue entre les cultures, elle l?est forcément entre les langues. Danielle Tranquille, qui a également présenté à cette occasion sa version française de Toufann de Dev Virasawmy, a mis l?emphase sur l?aspect interlinguistique des langues. Le dynamisme d?une langue n?est pas centré que sur son côté évolutif, mais aussi sur sa capacité à ?transvaloriser? les cultures. Cette fonction est rendue possible grâce à l?activité de la traduction ? une forme de médiation linguistique qui transmet l?information entre locuteurs de différentes langues. La traduction trouve ainsi sa valeur au sein de la francophonie comme une activité humaine.

C?est ce qui justifie les propos du Professeur Lambert-Felix Prudent selon lesquels Dev Virasawmy n?aurait pas traduit Shakespeare mais s?en est inspiré pour faire passer certains messages, parmi lesquels, ainsi que le précisera l?auteur lui-même, celui qui veut signifier que ?l?avenir est dans le métissage?. C?est pourquoi, préconise le Professeur, il faut que la francophonie vise la complémentarité avec d?autres langues. Parce qu?à bien y voir, dans la pratique, le français n?existe que dans sa diversité, comme l?explique Arnaud Carpooran. Le français standard est une forme purement abstraite de la langue. ?Même les dictionnaires sont des pratiques langagières qui ne symbolisent pas le français standard?, affirme-t-il. Ainsi il existerait, selon Carpooran qui l?a montré à travers trois champs lexicaux, une variété du français dit français mauricien.

Puisque fondamentalement le français se manifeste dans sa diversité, la francophonie, selon Daniella Police-Michel, pour ne pas être une hypocrisie, doit nous inviter à un changement de perspective. Si dans la théorie il y a le recours implicite à une langue, dans la pratique linguistique il y a la nécessité de la reconnaissance de la variété, autrement dit du régionalisme. Le discours de Daniella Police-Michel tenait à cerner et à rendre explicite ?La problématique de la francophonie en contexte mauricien?. Et comme le contexte mauricien est essentiellement plurilingue, l?enseignement d?une langue étrangère, ici le français en l?occurrence, n?est pas chose aisée.

C?était aussi l?aspect central qui animait le discours de Vina Ballgobin lors de son intervention sur ?l?enseignement du français en milieu plurilingue à Maurice?. Elle a souligné l?importance grandissante de la qualité des manuels scolaires, malgré l?entrée de l?informatique comme outil pédagogique dans l?enseignement, et la nécessité des approches qui favorisent le savoir en construction où l?enseignant apprend à apprendre.

Les discours académiques des intervenants, à l?occasion de la Journée de réflexion sur la ?francophonie mauricienne?, feront l?objet d?une publication de la Faculté des Sciences Sociales et Humaines de l?Université de Maurice.

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