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La famille mauricienne du président Omar Bongo

7 mars 2007, 00:00

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Le nom d?Ahmed Bongo est synonyme de meilleur sprinter de moins de 20 ans des 100 et 200 mètres. Mais il n?est pas que cela. Il est, en effet, l?aîné des deux fils qu?Omar Bongo, président du Gabon, a eus de son épouse mauricienne, Zainab Peeroo. C?est en toute simplicité qu?Ahmed, sa mère et sa grand-mère nous content leur histoire.

Zainab Peroo et ses fils vivent en famille élargie dans une demeure à étages à Cité-Martial, Port-Louis. À part une grosse moto et une Mazda 3 noire flambant neuf, leur maison ne présente aucun signe extérieur de richesse. ?Nous ne sommes pas millionnaires mais nous vivons bien ?, déclare Zainab, 36 ans, qui vit des rentes que son célèbre mari lui fournit deux fois l?an lorsqu?il les reçoit en audience privée au Gabon.

Leur histoire commence en 1985. Zainab, fille cadette de Rabia et de feu Yacoob Peeroo, sergent de police, n?a que 15 ans. La s?ur de sa mère vit avec son mari au Gabon. Ce dernier est dans l?armée alors que son épouse travaille au palais présidentiel. Sa soeur aînée, Habeeba, y vit aussi. Zainab rêve de voyages et ses parents l?autorisent à aller rejoindre sa s?ur Habeeba.

Le jour de l?anniversaire du président Omar Bongo, une réception grandiose est organisée au palais. La tante de Zainab y est conviée de même que sa famille. Pour la jeune fille, c?est l?occasion de découvrir les lieux. Vêtue d?une robe de soirée ivoire et les cheveux en chignon, elle fait plus que son âge.

Ce qu?elle ignore, c?est qu?elle a été remarquée par le président Bongo, en instance de divorce de sa première femme. Un mois après, sa tante est convoquée par le président qui lui fait part d?une invitation au palais, pour ses nièces. Lors de cette audience privée, le président Bongo ne s?adresse qu?à Zainab.

?J?avais un peu le trac de me présenter devant un président mais il n?a pas joué les grands seigneurs, raconte Zainab. Il était gentil et il m?a demandé si je voulais partager sa vie. Sur le moment, je n?ai pas compris ce que cela signifiait. Puis il a demandé à ma tante les coordonnées de mes parents pour leur demander ma main.?

Vu l?âge de Zainab, sa tante envisage dans un premier temps de lui faire regagner Maurice en catimini. Mais elle se ravise, craignant des représailles. C?est ce qu?elle fait d?ailleurs valoir aux parents de Zainab après que ces derniers ont reçu un appel personnel du président. En l?espace d?une semaine, il fait venir les parents au Gabon.

Les Peeroo finissent par accepter de donner leur fille en mariage. Comme le divorce définitif du président Bongo n?est pas encore prononcé, lui et la famille Peeroo optent pour un nikka le 27 mars 1987. Zainab se laisse embarquer dans les préparatifs de cette cérémonie religieuse. ?J?ai accepté vraiment sans réfléchir. Je n?avais encore jamais aimé avant.?

Le président Bongo a presque l?âge de son père mais elle finit par ressentir de l?amour pour lui. ?Les gens ont tendance à se demander comment j?ai pu épouser un Africain et ils pensent que je l?ai fait pour l?argent. C?est faux : j?avais des sentiments pour lui.? Le président Bongo la met dans une grande maison et elle lui rend visite au palais le week-end.

Le président Bongo travaille énormément et ne passe pas beaucoup de temps avec sa jeune épouse. Cependant, il l?emmène en voyage avec lui dans d?autres pays africains. Elle vient même à Maurice à bord de l?avion présidentiel. ?Il a toujours fait montre d?un grand respect à mon égard. C?est quelqu?un de simple qui aime bien plaisanter. J?ai aimé partager sa vie. Je ne manquais de rien à ses côtés.?

?Les gens ont tendance à se demander comment j?ai pu épouser un Africain et ils pensent que je l?ai fait pour l?argent. C?est faux : j?avais des sentiments pour lui.?

Zainab tombe enceinte d?Ahmed et accouche de leur premier fils au Gabon. Le président Bongo, qui a déjà des enfants de sa première femme et qui en a aussi beaucoup adopté, est heureux de cette naissance. Il déclare l?enfant sous le nom d?Ahmed Ondimba Bongo, Ondimba étant le nom du père du président. Zainab qui vit comme une princesse, puisqu?elle n?a pas à lever le petit doigt, présente une nouvelle grossesse deux ans plus tard.

Elle vient rendre visite à ses parents à Maurice mais ne peut repartir en raison de son état de santé qui s?est détérioré. Et puis, Zainab préfère accoucher à Maurice. Son époux n?est pas d?accord mais elle tient bon et donne naissance à Yusuf Ali. La polygamie étant une pratique courante au Gabon, lorsqu?elle s?apprête à y retourner, elle apprend que son mari a pris une deuxième femme qu?il a épousée civilement. Zainab le vit comme une trahison et décide de ne pas repartir auprès de lui. ?Cela m?a fait mal. Lui, voulait que je retourne auprès de lui mais dans de telles conditions, j?ai refusé.?

C?est à Maurice auprès de ses parents qu?elle panse ses blessures et élève Ahmed et Yusuf Ali. Mais son c?ur de mère se refuse à séparer les fils de leur père. Ainsi, deux fois l?an, ils se rendent au Gabon. Dès leur arrivée, ils sont logés dans la suite présidentielle à l?hôtel Le Méridien, reçoivent un traitement de VIP, sont entourés de gardes du corps et ont un chauffeur personnel à leur disposition. Le président Bongo les reçoit en audience privée lorsqu?il n?est pas trop débordé.

Ahmed et Yusuf Ali n?ont pas vu leur père depuis deux ans. Leur dernière visite au Gabon remonte à novembre dernier, lors des législatives, et leur père était très pris. ?Nos vacances scolaires ne coïncident pas et cela l?agace. Quand il ne peut nous recevoir, il nous le fait savoir par l?entremise de notre demi-s?ur, Pascaline, avec qui nous sommes en contact permanent depuis l?an dernier. Il s?informe de tous nos faits et gestes, notamment de nos prouesses sportives.?

Ahmed avoue être irrité de ne pouvoir passer plus de temps avec son père. ?J?aurais voulu le connaître mieux mais lorsque je vois son emploi du temps démentiel, je suis obligé de me faire une raison?, confie Ahmed qui dit avoir eu pour modèles paternels, son grand-père Yacoob et ses oncles. Ses demi-frères et s?urs, pourtant au Gabon, ne sont pas plus chanceux... Le jeune homme essaie de se documenter sur son père par le biais d?Internet. Et lorsqu?il doit lui faire passer des messages, c?est par l?entremise de Pascaline.

De son côté, le président Bongo gâte bien ses fils qui peuvent se permettre tout ce dont ils ont envie. Récemment, il leur a fait obtenir le passeport diplomatique. Ayant réclamé leurs actes de naissance, Ahmed croit que son père qui est aujourd?hui septuagénaire, en a eu besoin pour assurer leur avenir. Ahmed qui veut devenir sportif professionnel, aurait souhaité obtenir le meilleur des deux mondes. Il se voit bien ouvrir une agence de publicité aussi bien à Maurice qu?au Gabon.

De son côté, Zainab n?a jamais envisagé de refaire sa vie. ?Comment faire confiance aux hommes aujourd?hui ? Ensuite s?il me demandait de revenir auprès de lui aujourd?hui, je crois que j?aurais été immédiatement d?accord. Et cela n?a rien à voir avec l?argent ou le train de vie car l?argent n?achète pas le bonheur. En fait, je crois que j?aurais dû l?avoir rencontré des années plus tard, lorsque j?étais plus mature. Autrefois, je ne mesurais pas l?importance des choses.?

Elle se console en notant que celui qu?elle considère toujours son époux, bien qu?ils vivent séparés depuis 17 ans, traite bien leurs fils. ?Même s?il ne traite pas ses femmes de façon égale, il traite bien tous ses enfants. Ce qui est mieux que rien??

POUR LA PETITE HISTOIRE

40 ans de présidence

■ Cela fait 40 ans qu?Omar Bongo est le président du Gabon. Il est le deuxième, ayant succédé à Léon Mba dont il était le vice-président et bras droit. Selon l?encyclopédie Wikipedia, c?est en 1968 qu?Omar Bongo fonde le Parti démocratique gabonais. En 1973, il se convertit à l?islam et prend le nom d?El Hadj Omar Bongo. Certains de ses opposants attribuent cette conversion à un moyen de se faire bien voir des pays exportateurs de pétrole car le Gabon est aussi producteur de pétrole. Toujours selon l?encyclopédie, il ne serait pas étranger à l?assassinat de Robert Luong, amant de sa première femme, Marie-Joséphine Bongo. C?est en 1990 qu?Omar Bongo est contraint d?abandonner le monopartisme au profit du multipartisme. Il prend le nom de son père en 2004. Omar Bongo Ondimba est réélu le 27 novembre 2005 avec 79,18 % des suffrages. Un résultat que conteste l?opposition qui parle de ?fraudes massives?. Aux élections législatives de novembre 2006, il obtient une majorité de près de 90 députés. Il a rebaptisé sa ville de naissance, Bongoville et a donné son nom à une université gabonaise.

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