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La désillusion de l?industrie sucrière

23 février 2007, 00:00

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L?industrie sucrière n?aura pas l?exclusivité de la production de l?éthanol. Ainsi en a décidé le gouvernement. Une décision qui risque de compromettre les chances de l?industrie d?atteindre les objectifs d?efficience voulus.

Les hommes s?entretuent pour avoir accès à des sources d?énergie. À défaut de pétrole, la guerre de l?énergie à Maurice, toutes proportions gardées, est déclarée autour de la canne, source de carburant vert. Le gouvernement a annoncé la couleur en s?attaquant à la position dominante de l?industrie sucrière. Les principaux concernés encaissent.

Le gouvernement a exclu l?éthanol du cluster sucre. Ce terme se réfère à une intégration de plusieurs activités périphériques à la production du sucre roux, jusque-là principale occupation de l?industrie sucrière. Ces activités incluent la production de sucres raffinés, de l?éthanol et de l?alcool de même que de l?électricité.

Cette approche intégrée est prônée dans le plan national de restructuration de l?industrie sucrière. Le but est d?utiliser les ressources de manière optimale et donc, de réduire les coûts à l?usine, maillon important dans la chaîne de production. Les sucriers espèrent aussi acquérir la flexibilité nécessaire pour réussir les combinaisons sucre-alcool les plus rentables en fonction des prix prévalant sur le marché international.

À partir de 2009, quand le prix du sucre à l?exportation aura baissé d?au moins 36 %, Maurice pourra choisir de ne plus se lier contractuellement avec le raffineur britannique Tate & Lyle. De fait, le pays ne sera plus tenu de lui exporter l?intégralité de sa production sucrière. On pourra donc raffiner sur place le sucre pour y ajouter de la valeur. Et si l?éthanol ou l?alcool prennent plus de valeur que le sucre, on pourra même d?une année à une autre en privilégier la production.

Empêcher la concentration

Ce principe constitue le fondement même de la nouvelle industrie sucrière qui est en gestation. Les architectes de la réorientation l?avaient compris et accepté. Pourquoi alors l?amendement au Sugar Industry Efficiency Act qui sera débattu au Parlement aujourd?hui, n?en fait aucune mention ?

C?est que le régime a voulu démocratiser l?économie. Dans la conjoncture, cela veut dire intervenir pour empêcher la concentration du pouvoir économique entre les mains des investisseurs traditionnels. Plus question donc de laisser la production d?éthanol entre les mains des seuls sucriers.

Cet argument est fallacieux dans la mesure où le Sugar Investment Trust détient au minimum 10 % du capital dans les usines sucrière et centrales thermiques. L?organisation, qui regroupe plus de 50 000 petits actionnaires, participera également au capital d?éventuelles distilleries et raffineries.

Le pouvoir choisit toutefois d?occulter ce fait. Il veut privilégier l?entrée en jeu d?opérateurs tiers dans le domaine de la production d?éthanol. Le plan national de réorientation pour l?industrie sucrière estime à au moins 30 millions de litres le potentiel du pays à produire de l?éthanol.

A ce jour, Alcodis est le seul producteur d?éthanol. Il n?est pas considéré comme faisant partie de l?industrie sucrière même si le gouvernement insiste sur son intégration. En revanche, l?industrie sucrière produit de l?alcool. Médine, Beau- Plan et Union St.-Aubin exploitent des distilleries, même si ce n?est que pour produire des boissons alcoolisées.

Quelle peut être la conséquence de cet éveil de conscience gouvernementale ? Conceptuellement, l?approche intégrée au développement futur de l?industrie sucrière demeure. Mais légalement, une distillerie d?alcool ou d?éthanol n?est plus tenue d?être intégrée au sein d?un complexe sucrier.

?La distillerie peut se trouver au Tombouktou (au bout du monde). Rien ne devrait l?empêcher d?exister si elle est rentable et si elle peut justifier son existence aux actionnaires. Nous sommes à l?ère de la libre entreprise?, relève le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell.

Les sucriers encaissent le coup. Ils assurent que ce changement de dernière minute ne met pas la réforme de l?industrie en question. ?Ce n?est pas parce que l?éthanol n?est plus dans le cluster que la réforme est compromise?, relativise Jean Li, directeur de la Mauritius Sugar Producers Association.

Selon la loi, la mélasse, de même que les autres sous-produits de la canne, appartient intégralement aux planteurs. Ceux-ci peuvent choisir de toucher la valeur monétaire de ces sous-produits, comme ils le font actuellement ou alors s?approprier les produits en question. ?Le planteur est libre de ne rien changer à cet arrangement ou alors de vendre sa mélasse à qui il veut. L?usinier devra composer avec ce qu?il a?, explique Jean Li.

La sortie de l?éthanol du cluster sucre porte atteinte aux certitudes que l?usine aurait pu avoir par rapport à une fourniture stable de mélasse. Les planteurs de petites et moyennes envergures contribuent jusqu?à 45 % à la production nationale de sucre. Théoriquement, c?est autant de mélasse qui sort du contrôle des usiniers. Car ce sont ces fournisseurs qu?une distillerie indépendante ciblera en premier. Cela affecte-t-il les plans d?investissements dans la restructuration ?

Guerre de la mélasse

?Nous allons devoir adapter nos plans?, indique Jacques d?Unienville, chief executive officer de la Société usinière du Sud (Suds). D?une manière générale, les sucriers sont confiants que si jamais une guerre pour la mélasse devait être déclarée, ils seraient en position d?offrir le meilleur prix aux planteurs. ?Mais même si cela ne devait pas être le cas, ce ne sera pas très grave. L?important c?est que le planteur continue à produire de la canne?, ajoute le patron de Suds.

La collecte et la commercialisation de la mélasse coûtent. Deux compagnies se spécialisent dans ce domaine actuellement. Il s?agit de Mauritius Molasses Ltd et de Alcohol and Molasses Ltd. Le planteur a droit au prix prévalant sur le marché international. Ce prix a pratiquement décuplé ces dernières années. La tonne de mélasse s?échange à environ Rs 1 500 (US $ 50) actuellement.

?La collecte et le transport sont des coûts qui vont peser sur le prix final qu?obtiendra le planteur d?un opérateur tiers. Je doute qu?une distillerie se trouvant en dehors du complexe sucrier puisse lui offrir un prix plus compétitif que l?usine?, avance Jean Li.

Est-ce à dire que l?industrie sucrière est en position de monopole naturel et qu?une distillerie ne pourra être rentable loin de l?usine ? ?Vu la petite taille de Maurice, je ne pense pas que l?endroit où se trouvera la distillerie posera de gros problèmes?, argue le ministre Boolell. Mais, comme dans le cas d?Alcodis, elle aura à brûler des carburants fossiles pour faire tourner ses machines.

Au-delà de ces questions d?intendance, il ne faut pas perdre de vue la raison première d?intégrer la distillerie à l?usine sucrière : réduire le coût de production du sucre. Il faut savoir que plus on raffine le caramel pour produire du sucre, plus cela nécessite d?investissements dans la raffinerie. Or, une usine peut choisir de s?arrêter à une première extraction sucrière. Cela peut se faire à condition de traiter la mélasse, encore chargée de sucre, immédiatement pour en faire de l?alcool, explique Jacques d?Unienville.

Pour décoder, sans la possibilité de produire l?alcool ou l?éthanol, le raffinage du sucre pour en faire un produit de consommation directe coûtera plus cher. Alors, la réforme aura échoué. Tout au moins, elle n?aura pas atteint les objectifs d?efficience souhaités par l?Union européenne et nécessaires à la survie de l?industrie dans la durée.

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