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La dynamique du progrès

4 octobre 2003, 20:00

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Quand mardi dernier, Radio France Internationale annonce la paisible transition au sommet de l?Etat à Port-Louis, entre deux items d?information parlant d?instabilité politique dans d?autres pays, tout Mauricien, à ce moment-là à l?écoute de l?antenne francophone, a dû ressentir un sentiment de fierté. Notre pays rayonne par la force de sa maturité politique.

La passation de pouvoirs durant la semaine écoulée représente une avancée démocratique. Ce n?est pas tous les jours qu?un Premier ministre décide de quitter ses fonctions de son propre gré. Le geste de

Sir Anerood Jugnauth projette Maurice comme une démocratie adulte. Son acte prend valeur de symbole quand on sait qu?ailleurs les détenteurs de pouvoir s?y accrochent. En effet, dans bien des pays, des chefs de gouvernement ne sont délogés qu?après des coups de force ou des élections se déroulant dans des conditions violentes.

Ainsi, limiter ce geste symbole à la consécration d?un homme serait une action réductrice. Certes, Paul Bérenger mérite amplement d?être à la position qu?il occupe aujourd?hui. C?est l?aboutissement de son travail assidu pendant trois décennies. Toutefois, l?initiative de l?ancien Premier ministre a une portée qui devrait induire de profonds changements dans le fonctionnement de notre société. Elle contribue à effacer une règle non écrite qui maintenait notre pays dans un autre âge. Mais l?événement du 30 septembre ne saurait être limité au monde politique. Notre fierté serait encore plus grande si la même règle s?appliquait dans toutes les sphères de la vie socio-économique du pays.

Hélas, tel n?est pas encore le cas. Dans de trop nombreux champs d?activités à Maurice, le mérite n?est pas encore la règle. Il y a d?innombrables secteurs où les réseaux, les bons contacts et l?appartenance ethnique ont la primauté sur les qualifications, l?aptitude, l?expérience et la performance. L?esprit citoyen vient de remporter une victoire. Mais il reste d?autres citadelles à prendre. La transition politique de septembre 2003 perdrait de son sens historique et serait réduite à une parenthèse dans le calendrier si le changement devait se limiter au seul mandat premierministériel.

Même si les Mauriciens ne doivent pas s?attendre à des miracles du jour au lendemain, ils sont en droit d?espérer que l?égalité des chances devienne une réalité. Pour que cela arrive, il nous faut un changement de mentalité. Par exemple, les décideurs économiques doivent se soumettre au même exercice que les politiques. Espérons que la mutation viendra d?elle-même et qu?il n?y aura pas lieu de légiférer.

Quand le débat sur la transition est vu dans cette perspective, les gesticulations grossières du leader de l?opposition révèlent combien il peut parfois avoir un comportement inepte. Navin Ramgoolam se perd dans des stratégies foireuses alors que sa position requiert de lui une posture plus digne. Le pays est engagé dans une voie de modernité politique. L?opposition est mal inspirée d?emprunter un argumentaire d?arrière-garde pour se signaler. Au contraire, il faut pousser pour que d?autres acteurs suivent la voie tracée par les politiques.

Mais le leader du PTr a choisi une autre voie. Il tient ces jours-ci des propos inacceptables et dangereux. Ses écarts verbaux et ses menaces déplacées lui font perdre l?estime due à sa fonction. Devrait-on lui rappeler qu?il occupe un poste constitutionnel et qu?il est censé être le Premier ministre de l?alternance représentant tous les Mauriciens indépendamment de leur naissance ?

En fondant son action politique sur des considérations particularistes, aujourd?hui dépassées, Navin Ramgoolam adopte une démarche suicidaire pour lui et pour son parti. S?il joue sur ce registre, il ne pourra jamais rallier à sa cause une majorité de l?électorat. Au contraire ses outrances et ses menaces l?éloigneront du consensus nécessaire à tous ceux désirant diriger le pays. Sir Anerood Jugnauth avait déjà commis cette erreur. D?ailleurs, c?est Navin Ramgoolam lui-même qui en a profité. Le comportement du leader du PTr le met en totale contradiction avec le « mood » actuel du pays. L?heure n?est pas à la division. Il faut plutôt encourager la dynamique du progrès.

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