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La destitution du président votée
Le parlement sud-coréen, où l?opposition est majoritaire, a adopté hier une motion sans précédent qui suspend de ses fonctions le président Roh Moo-hyun, qui espère toutefois que la cour constitutionnelle annulera le vote.
Roh devra attendre la décision de la cour constitutionnelle de confirmer ou non le vote - un processus qui pourrait prendre jusqu?à six mois. La constitution prévoit que le Premier ministre Goh Kun assumera les fonctions de chef de l?Etat d?ici là.
Le président déchu, qui espère que la cour constitutionnelle prendra une décision dès que possible, a reconnu à la télévision qu?il allait être privé de ses pouvoirs dans la journée et a exhorté dans un communiqué les ministres à travailler «avec une détermination extraordinaire et sans la moindre défaillance».
Les marchés financiers sud-coréens ont vivement réagi, les investisseurs cherchant refuge auprès des fonds d?Etat. La Bourse de Séoul a perdu 4% et le won a aggravé ses pertes. La quatrième puissance économique asiatique émerge à peine d?une récession et se prépare à des élections législatives le 15 avril.
«Aujourd?hui, la démocratie a été massacrée», s?est lamenté le Parti Uri, qui avait cherché à bloquer le vote. Des propos partisans tenus par Roh en faveur de ce parti sont à l?origine de la crise qui a conduit à la destitution du président. Les députés du Parti Uri ont annoncé qu?ils démissionneraient en masse.
Le Grand parti national (GPN), principale formation d?opposition, s?est engagé à travailler avec Goh pour assurer la stabilité du pays.
Fous de rage, des partisans de Roch ont jeté leurs chaussures au président de l?assemblée nationale après le vote, d?autres ont pleuré, crié, se sont accroupis par terre ou ont entonné l?hymne national.
Dans une ambiance tumultueuse, 193 députés sur les 273 que compte le parlement sud-coréen ont voté en faveur de la motion de destitution présentée par l?opposition, soit plus que la majorité des deux-tiers requise de 181 voix.
Seuls deux députés ont voté contre. Les autres se sont abstenus ou avaient déjà été éjectés après avoir occupé le perchoir.
«La destitution va entraîner une grave confrontation politique dans la société coréenne», prédit Choi Byung-il, professeur d?économie à l?université d?Ewha à Séoul.
VIDE DU POUVOIR
Les investisseurs étrangers surveillent de près la situation politique de la Corée du Sud, déjà confrontée à une crise provoquée par les ambitions nucléaires de la Corée du Nord, tandis que la reprise économique est encore balbutiante et qu?une enquête est toujours en cours sur le financement illicite de partis politiques par les conglomérats - les «chaebols».
L?agence de notation Fitch Ratings a déclaré à Reuters que le vide du pouvoir était susceptible d?affecter l?économie. «Il est clair que c?est négatif pour la note de la dette», a estimé Brian Coulton, responsable des notes sur la dette souveraine pour l?Asie.
Park Jin, du GPN, a estimé que le vote contre Roh ne concernait pas seulement son infraction au code électoral, mais également sa capacité à gouverner.
«Peut-être pense-t-il qu?il peut démissionner. Mais nous ne le forçons à rien. C?est sa décision», a dit Park.
Le vote intervient à peine un an après l?élection de Roh pour un mandat unique de cinq ans. Sa courte expérience de président a été marquée par la convocation d?un référendum sur son pouvoir, des déclarations de doutes sur lui-même et des critiques incessantes émanant des médias.
La télévision YTN a annoncé que Goh avait convoqué un conseil des ministres d?urgence pour 4h30 GMT.
Roh avait présenté dans la matinée ses excuses pour cette crise politique sans précédent, mais pour l?opposition, c?était déjà trop tard.
«Je présente mes profondes excuses au peuple entraîné dans cette crise», a déclaré Roh dans un communiqué par son principal porte-parole. «Je n?ai pas fermé l?oeil du tout la nuit dernière».
Roh s?est également dit également effrondré après avoir appris le suicide apparent d?un homme d?affaires dont il avait mentionné le nom jeudi lors d?une réunion au cours de laquelle il avait refusé de présenter ses excuses pour son infraction au code électoral.
Il a exhorté ses partisans de ne pas agir de manière extrême, après l?immolation d?un homme par le feu jeudi.
Jack Kim Martin Nesirky
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