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La densité musicale inédite d'Encore
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La densité musicale inédite d'Encore
Quatrième épisode (cinquième, si on compte un premier album passé complètement inaperçu en 1996 et aujourd'hui indisponible) des aventures agitées d'Eminem, Encore a été comme d'habitude précédé d'une ritournelle, Just Lose It, en guise de premier single. Moins tranchant que les précédents comme My Name Is, The Real Slim Shady ou Without Me, ce mélange typique de ronde enfantine et de hip-hop, tirant cette fois sur l'ambulance Michael Jackson, conforte le blondinet dans son rôle de ludion irrévérencieux.
La plupart des ingrédients qui ont fait d'Eminem la plus grosse star de la musique populaire contemporaine refleurissent sur le même fumier. Pour la mise en spectacle de sa propre vie, Marshall Bruce Mathers brasse témoignages saisissants et provoc trash, réalisme et surenchère, urgence et dérapages incontrôlés. Resurgissent les mêmes femmes de sa vie : Debbie, la mère détestée (encore dénoncée dans l'impressionnant Evil Deeds), Kim, l'ex-fiancée Honnie (vomie au sens propre dans l'écoeurant Puke), Hailie, la fille adorée (Mockingbird, moment fleur bleue de l'album). Dans Crazy in Love, construit autour d'un sample de Crazy on You du groupe Heart, une nouvelle petite amie semble habiter son coeur.
Les confrères pop subissent les mêmes foudroiements en règle ? outre Michael Jackson, Britney Spears, Paris Hilton... ? et puisqu'il aime détester ce que chérit l'Amérique, le bouffon ne s'épargne pas lui-même, passant de l'égocentrisme pur à de beaux exercices d'autodérision (My 1st Single, Rainman).
L'évolution la plus notable est musicale. Si ce CD de 77 minutes recèle son lot de déchets, la façon dont Eminem et son fidèle producteur Dr Dre ont ralenti, dépouillé et assombri les bandes-son apporte une densité inédite à cet album. D'autant que le duo démontre une fois de plus son efficacité. Au coeur de ces climats orageux, une chanson anti-Bush, Mosh, dans laquelle le chanteur se met lui-même dans la peau d'un chef de guerre habité par une vérité divine, pour marcher sur un président américain désigné comme "arme de destruction massive".
Si ce virtuose acide au flow pointu force sur les rots, pets et rimes scato, son meilleur emploi reste celui d'un narrateur au scalpel de sa vie adolescente. Dans le prolongement autobiographique de son rôle tenu dans le film 8 Mile, Yellow Brick Road (clin d'oeil ironique à la route menant au Magicien d'Oz) décrit avec une précision d'historien-sociologue l'identification contrariée d'un jeune Blanc pauvre de Detroit (Michigan) à la culture hip-hop.
<B>Stéphane DAVET Le Monde 2004 distribué par The N. Y. Times Syndicate</B>
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