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La défense plaide la maladie mentale pour sauver Zacarias Moussaoui

23 avril 2006, 00:00

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Les avocats de Zacarias Moussaoui ont utilisé, le 17 avril, devant le tribunal fédéral d?Alexandria, leur ultime argument pour tenter de sauver la vie de l?accusé. Méthodiquement, ils ont cherché à prouver qu?une rupture s?est produite dans la vie du Français de 37 ans, et qu?il a basculé, au milieu des années 1990, à la fois dans le terrorisme? et la maladie mentale.

Spécialiste de l?enfance et des problèmes sociaux, Jan Vogelsang a interviewé 51 personnes, en France et au Maroc, afin de reconstituer le parcours chaotique de la famille Moussaoui.

Elle a expliqué comment la mère de Zacarias, Aïcha El-Wafi, « a été mariée, à l?âge de 14 ans, à Omar Moussaoui, un homme violent, alcoolique, dément ». Les deux premiers de leurs six enfants sont morts jeunes. Omar se trouve aujourd?hui dans un hôpital psychiatrique ; les deux filles souffrent de schizophrénie et sont traitées en permanence. Le frère de Zacarias a été hospitalisé dans le passé, à la suite d?une crise de démence.

« L?absence d?attachement pour des parents qui ont fini par divorcer, les placements dans plusieurs orphelinats pendant les premières années de sa vie, l?instabilité et la maladie mentale » étaient l?environnement de l?accusé, a expliqué Mme Vogelsang.

Pourtant, tout au long de son adolescence, Zacarias Moussaoui est présenté par ses anciens amis et ses s?urs comme un garçon « attachant, drôle, se liant facilement, et très amoureux pendant des années de sa petite amie ». « Il aimait s?amuser, faire la fête, rire », a expliqué, ému, Fabrice Guillin, l?un de ses amis.

Il a évoqué leur complicité, et le racis-me dont Zacarias était la victime : « La famille de son amie n?a jamais voulu le rencontrer. » Un autre de ses proches, Gilles Cohen, était « séduit par son sourire et sa joie de vivre. En 1990, il a vécu trois mois à la maison avec nous pendant l?été, car il était devenu difficile pour lui de rester chez sa mère et il ne savait pas où aller. Nous étions très fiers que moi, le juif, et lui, l?arabe, soyons les meilleurs amis du monde ».

Un petit frère « toujours souriant »

Dans une vidéo, sa s?ur Djamila évoque un petit frère « toujours souriant ». Ses amis insistent aussi sur « l?ambition sociale et professionnelle de Zacarias ». Il ne trouvait pas d?autre travail en France que surveillant dans un lycée. Il a alors voulu se lancer dans le commerce international, et il est parti seul et sans argent, en 1993, à Londres, pour appren-dre l?anglais et obtenir un diplôme. Sur place, il est aidé par des organisations charitables musulmanes, s?intéresse pour la première fois à l?islam. Il mène ses études presque jusqu?à leur terme mais, sous l?influence d?extrémistes, devient un adepte enthousiaste du djihad.

Pour la défense, la vie de Moussaoui ne bascule pas seulement avec la découverte du fondamentalisme, mais aussi parce qu?il tombe malade. Le docteur Xavier Amador, éminent psychiatre américain, considère que l?accusé, qui a refusé d?être examiné, souffre de « schizophrénie paranoïaque ». Une affection qui se traduit par « des hallucinations, des discours incohérents, et une incapacité à admettre son état. Quand on est atteint de cette maladie, cela ne veut pas dire qu?on ne peut pas sembler intelligent et normal ».

« Il fait des rêves », raconte Vik Ohar, shérif adjoint à la prison d?Alexandria, qui parle souvent avec Moussaoui. « Il est persuadé, après avoir rêvé du 11 septembre 2001 et de son arrestation, que la troisième partie de son rêve se réalisera aussi. Il sera libéré par George Bush, prendra un avion pour Londres, écrira un livre, gagnera beaucoup d?argent et rejoindra ses frères d?Al-Qaïda dans les montagnes d?Afghanis-tan », explique M. Ohar. « Il en est totalement convaincu », ajoute-t-il.

@ 2 006 Le Monde ? Éric Leser ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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