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La créativité en panne
C?est à n?y rien comprendre. À huit jours de la date butoir pour la soumission d?un design de bijou, seuls 15 applications ont été retirées auprès d?Enterprise Mauritius. L?on aurait cru, et même souhaité, que ce concours de collection de bijoux censé refléter l?identité mauricienne aurait attiré davantage de créateurs désireux de relever le défi.
À la clef, il y a quand même une récompense de Rs 300 000 et la fierté de voir son nom associé à une création uni-que. Et que dire de la promotion médiatique autour du prestigieux designer primé, dont le nom sera affiché dans les hôtels, les boutiques très sélects, ainsi qu?à bord des vols d?Air Mauritius?
La chance de participer
Mais le peu d?intérêt qu?a suscité ce concours a jeté un froid sur Enterprise Mauritius. Amédée Darga, son président, confie qu?il s?attendait à plus d?enthousiasme. « Je suis un peu malheureux. Mais tant que nous ne serons pas au 29 octobre, l?on ne pourra rien supposer? » En lançant cette compétition, EM a souhaité offrir au plus grand nombre la chance de participer. Le concours est en effet ouvert à tous : artistes, créateurs, entreprises, artisans ou individus.
« Ce concours s?adresse à tout le monde, qu?il s?agisse du bijoutier de renom ou de l?étudiant qui suit des cours à l?école des beaux arts? Espérons qu?on va découvrir un beau design », poursuit Amédée Darga. Les sources d?inspiration, ce n?est pas ce qui manque à Maurice : la variété et la richesse de la flore et la faune, l?histoire, la culture, la nature, les légendes du pays?
L?Association of Jewellers (AOF) esti-me que le faible taux de participation a pour toile de fond le manque de créateurs dans le pays. « La majorité des bijoutiers travaille sur des catalogues. C?est comme ça depuis des décennies. Les bijoutiers n?ont pu se former pour devenir des designers, et c?est pourquoi ils ne peuvent aspirer participer à de si prestigieux con-cours », regrette Navin Gunnoo, le vice-président de l?AOF.
Une clientèle qui va voir ailleurs
Il met en évidence « le manque d?évolution des bijoutiers » sur le compte de l?absence de cours de design à l?école de bijouterie de l?Industrial and Vocational Training Board. « Je pense qu?Enterprise Mauritius qui est censée promouvoir le secteur de la bijouterie grâce à l?aide de l?Empowerment Programme, devrait financer la mise en place d?une école de bijouterie et de design digne de ce nom. Ceux qui le souhaitent pourront alors en apprendre les techniques. »
Le manque de créativité dans le secteur de la bijouterie est un problème majeur. La clientèle classique, celle qui commande des bijoux pour un ma-riage, commence à aller voir ailleurs, en Inde ou a Dubaï, où elle obtient des bi-joux de qualité à des prix plus compétitifs. Reste le marché touristique. Mais encore faut-il pouvoir attirer les clients avec des bijoux au design exclusif.
Le plus beau des ornements
En attendant, les participants mettent la dernière main à leur création. « Ce projet-là, je l?ai réalisé il y a environ six ou sept ans. Je l?ai simplement réactualisé et d?ici la semaine prochaine, ce sera fin prêt », confie Ravi Jetshan de chez Ravior.
Dans les ateliers de Caunhye Bijoux, c?est l?ébullition. Les meilleurs créateurs de bijoux se sont mis à table pour dessiner le plus beau des ornements. Siddick Caunhye, le directeur, confie avoir mis tous les soucis liés à la bijouterie de côté pour relever le défi.
« Nous réalisons le dessin d?un collier en or serti de pierres précieuses », confie-t-il. Déjà titulaire du prix du meilleur bijoutier à tendance européenne en octobre 1992, le directeur de Caunhye Bijoux espère bien accrocher une autre médaille à son tableau. « Ce concours est une très bonne initiative. Il encourage les talents et redynamise les artisans et les créateurs. Il ne faut pas que ce soit le dernier » affirme-t-il.
LA CRAINTE DES DESIGNERS
Les créateurs ne peuvent s?empêcher d?avoir quelques appréhensions par rapport à certaines conditions du concours. La question qu?ils se posent le plus souvent a trait à la participation ou non du créateur primé à la fabrication du bijou. Amédée Darga explique que le concours s?adresse aux créateurs en général.
Le design récompensé sera assigné à un nombre de bijoutiers après un appel public. Puis, une équipe sera constituée afin de faire une évaluation des entreprises intéressées à produire le bijou. Si le créateur primé est également un producteur, il devra soumettre son application comme tout le monde. Qu?en est-il des bénéfices que touchera EM sur la vente des bijoux ? Les conditions de participations sont claires. Le design primé deviendra la propriété d?EM, et en participant au concours, les créateurs acceptent cette condition. À la commercialisation du bijou auprès des touristes, si des gains sont enregistrés, les bénéfices seront partagés entre EM et le créateur. EM touchera 60 % des profits et le designer 40 %. Par ailleurs, le jury a déjà été constitué. Il sera composé de personnes ayant des compétences en matière de bijouterie, dans le domaine de l?entrepreneuriat et les affaires touchant aux produits de qualité pour le tourisme.
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