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La croisade pour sauver la doyenne de nos lieux de culte

5 octobre 2003, 20:00

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Il fut un temps où l?on brocardait les curés bâtisseurs en insinuant qu?ils étaient affligés de la maladie de la pierre. Qu?il y en ait eu plusieurs, que la démangeaison toute ministérielle de la pose des premières pierres et du ruban à faire couper dévore ou encore qu?obsède l?envie de marquer leur passage par l?érection d?une murette ou d?un sens giratoire, exécré par des paroissiens d?occasion déjà irrités par l?obligation dominicale, qui songe à le nier.

On peut, en revanche, imaginer les meilleurs d?entre eux au chevet de l?église confiée à leurs soins, rêvant de lui doter d?ailes plus déployées, d?une façade plus baroque, d?un clocher plus élancé ou encore de la fortifier à coups d?arcs-boutants. Mis à part les tenants de l?action pastorale exclusive, les personnes sensées conviennent qu?un curé poseur de première pierre est somme toute préférable à un autre grand ?pauseur? devant l?Eternel et peu soucieux de s?esquinter à laisser derrière lui des traces indélébiles (car gravées dans la pierre).

Plus rares sont les curés qui s?acharnent à bâtir et à rénover dans des paroisses qui ne sont pas les leurs. Au sein de cette exception de taille resplendit Henri Souchon, dit Henri le Thaumaturge, celui qui ne perd pas son temps à vieillir, celui qui construit sur la pierre basaltique sa foi en Dieu (et en le Mauricien de toutes cultures) et son ministère sacerdotal. Henri Souchon, sur-nommé le Bulldozer par Henri van Kesteren qui, en bon Vacoassien, avait peu apprécié que son remplaçant intérimaire, notre Henri national, profite d?un congé bien mérité dans sa Batave natale pour peindre le clocher ajouré de la Visitation ?patiné par le temps? (ils sont fous ces Vacoassiens pour trouver de la patine du temps sur un clocher en béton armé, datant d?un seul petit quart de siècle et qu?on avait simplement oublié de peindre lors son érection).

Henri le Bâtisseur n?eut guère de chance. A Vacoas, il n?eut que le clocher à repeindre. A Lourdes, les Jésuites avaient déjà doté la paroisse de tout ce qu?elle avait besoin en matière de grottes, de salle d??uvres, de presbytère avec patio. A l?Immaculée-Conception, le chanoine Streicher avait déjà construit le monument Marie Reine de la Paix et, Mgr Jacques Giraud, le Centre Social Marie Reine de la Paix, connu et apprécié des milieux syndicaux. Mon p?tit Père Raoul avait déjà reconstruit l?Immaculée-Conception, église renversée par la méchante Jenny de sinistre mémoire. C?est alors que naquit la légende d?Henri le Grand Sauveur du patrimoine religieux en péril et des églises à rénover dans le respect absolu des nobles matériaux d?origine, malheureusement recouverts par des couches de plâtre, de stuc, de peinture, d?enduit et d?ennui.

A ce jour, Henri le Rénovateur compte à son éloquent tableau de chasse la cathédrale des Pauvres (l?église Saint-Sacrement) à Cassis, la vaste église Saint-François-Xavier à Plaine-Verte, une église fruitière en Chine qui le rendit aussi populaire que le régime en place à Beijing. Il nous prouve, aujourd?hui, que de la route de Pamplemousses (passant à quelques dizaines de mètres de l?église conservant le souvenir du Père Roger Dussercle Littéraire) à Pamplemousses, il n?y a qu?un pas qu?il franchit à la seconde même où il comprend qu?on a besoin de ses bons services.

L?église paroissiale Saint-François d?Assise se meurt à Pamplemousses. Vétusté bien compréhensible quand on songe que sa façade et une partie de l?édifice datent de? 1756. Ce serait à désespérer si, à 247 ans, on ne finit pas par prendre un coup de vieux. Tous nos lieux de culte centenaires et plus ne jouissent malheureusement pas de la vigueur et de la robustesse d?Henri de Bonne Souche. Cela dit, nous comprenons mieux que la nef de Saint-François d?Assise ne sent pas autant le neuf ni la ?nephtaline? comme une autre Nef flambant neuve et d?inauguration récente.

Une paroisse pour un quartier prospère

Contons donc les fioretti de l?église dédiée au Poverello (quelle idée saugrenue aussi de dédier un lieu de culte à ce saint dépouillé au point de faire défaillir plus d?un Tartuffe) à l?intention de ceux et celles sur qui nous comptons pour aider Henri Souchon à trouver les fonds requis au sauvetage de l?église de Pamplemousses.

Notre guide sera Clément Charoux. L?ancien comptable de Beau Plan S/E. publia, en 1943, une plaquette du souvenir, peu après la célébration mémorable du bicentenaire de la fondation de la paroisse, dédiée au fondateur des congrégations franciscaines pour honorer François Mahé de Labourdonnais. Situé à peu de distance de Port-Louis, le quartier de Pamplemousses attire bien vite des colons. La décision de Labour-

donnais d?y construire une route, une sucrerie et une maison de campagne active encore les choses. Le quartier prospère au point qu?il faut songer à y aménager une paroisse. Monsieur Igou, curé lazariste, y songe depuis 1734 déjà. En 1736, la Compagnie des Indes et Saint-Lazare conviennent d?un plan pour aménager d?autres paroisses à l?Ile-de-France.

En 1737, Labourdonnais construit le premier Mon Plaisir et y aménage une salle pouvant servir de chapelle. L?aménagement ne plaît guère au clergé. Six années se passent en demandes de lieu de culte plus approprié mais non satisfaites. Labourdonnais, toujours en manque de temps, de matériaux et de main d??uvre, finit par proposer au clergé l?habitation du Sieur Nicolas Boucher, officier de garnison, pour servir à la fois de presbytère, de chapelle avec une portion de terre pour construire la future église et le cimetière paroissial.

Avril 1742, Igou, curé de Saint-Louis, accepte le projet après avoir trouvé convenable l?habitation Boucher.

Exemple à suivre

Le 25 avril de cette année, le Conseil supérieur (le conseil des ministres de l?époque) décide l?achat par la Compagnie des Indes de l?habitation Boucher aux fins précitées. Cette habitation Boucher sert donc, depuis 1743, de presbytère à la paroisse de Pamplemousses. Le 26 mai 1743, le clergé prend possession de la cure de Saint-François. Le premier curé est M. Rabi-nel, lazariste.

Avant l?érection paroissiale, M. Périgot, prêtre de Saint-Lazare, réside à Pamplemousses et exerce le ministère sacerdotal. Le Père Dupuy de Grand-Port vient le remplacer avant de céder la place au Père de la Perdrix, vicaire de M. Igou. Passons sur un litige foncier datant de 1745 pour noter le décès, en 1748, du deuxième curé de la paroisse, le Père Ariet ou Arietti. Sa tombe se trouve à l?entrée du cimetière, à gauche de l?allée centrale.

Quelques années après commence la construction de l?église paroissiale. Elle s?achève en 1756 pendant la première année du gouvernement de René Magon. ?La chronique veut que ce dernier ait contribué de ses deniers à cette édification?, précise Clément Charoux. A nous de suivre son exemple. Les travaux ont dû commencer sous Lozier-Bouvet, indique Charoux, qui regrette de n?avoir pas pu trouver le nom du ou des premier(s) architecte(s) de la doyenne de nos lieux de culte. La façade avant de l?église de Pample-mousses n?a guère changé depuis 1756. Les estampes de l?époque en font foi dont un dessin de Milbert en 1812. Bernardin de Saint-Pierre la décrit dans Paul et Virginie mais son héroïne n?a pu la connaître si elle trouve la mort dans le naufrage du Saint-Géran (août 1744).

Glissons aussi sur la période révolutionnaire qui donne lieu à de nouvelles polémiques foncières quant à l?identité du véritable propriétaire des biens paroissiaux et de son étendue exacte. La conquête anglaise de l?île ne change guère le statu quo réglé par le gouvernement Decaen.

En 1817, les Statistiques du baron d?Unienville révèlent que le district de Pamplemousses compte environ 2 000 hommes libres et 12 000 esclaves. On compte aussi 16 sucreries ou guildiveries, dix cotonneries, indigoteries girofleries, une briqueterie et une poterie. Le tout en bon état. Autre son de cloche en 1825 car ?église et presbytères tombent en ruines?, note le même d?Unienville. Une avance du gouvernement permet leur rénovation. Une taxe imposée aux habitants du Nord permettra au gouvernement de rentrer dans ses fonds.

En 1830, les sucreries sont au nombre de 31 dont 18 à vapeur, dix à eau et trois à manège. On y fabrique 9 225 tonnes de sucre, soit environ 300 tonnes par usine sucrière. Le 30 mars 1825, la paroisse se dote d?un conseil de fabrique mais qui ne brille guère par ses activités. M.A.W. Blanc, secrétaire en chef du gouvernement, convoque pour le 11 avril 1827 une importante réunion du conseil de fabrique sur laquelle nous reviendrons la semaine prochaine.

(à suivre)

Rares sont les curés qui s?acharnent à bâtir et à rénover dans des paroisses qui ne sont pas les leurs. Henry Souchon, dit ?Le Buldozer?, est de ceux-là.Son tableau de chasse s?étend de l?église St-Sacrement, à Cassis, à une église en Chine. Aujourd?hui, il entreprend le sauvetage de l?Eglise Saint-François d?Assises.

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