Publicité

La crise urbaine

1 avril 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Au nombre des pathologies sociales, celle qui occupe l?opinion en ce moment est la pollution sonore. Mais la crise urbaine entière n?est cernée ni par les lois, ni par les administrations. L?usage immodéré et con-damnable des haut-parleurs au top de leurs décibels, de jour comme de nuit, est brutal pour l?oreille, certes, mais qu?y a-t-il de plus énervant qu?un chien de maison qui aboie sans raison des heures durant ?

Les municipalités en général, celle de Quatre-Bornes se trouvant au pilori fait exemple, sont-elles conscientes et motivées par les tares grandissantes des agglomérations ? Elles s?abritent derrière les lois, mais elles, qui sont chargées de les appliquer, en lettres et en esprit, ont-elles la compétence, le sérieux et la sensibilité nécessaires ? Les paperassiers municipaux estiment, trop souvent, avoir fait leur devoir quand ils ont suivi une procédure et payé pour des avis publicitaires, pendant que se détériore, aux yeux et aux oreilles de tous, l?environnement urbain. Les ronds-de-cuir derrière leurs bureaux et leurs ordinateurs sont de bien piètres gendarmes des lois qu?ils sont chargés d?appliquer, mais, en plus, l?environnement, c?est dehors, pas dans des bureaux climatisés et insonorisés !

Pendant que se déroule tout le « powwow » de la campagne contre les moustiques, combien de dalles transformées en réservoirs d?eau de pluie ont-elles été identifiées par la municipalité de Quatre-Bornes (et les autres) depuis Gamede ? Pour les voir, il faut quitter le plancher des vaches et monter sur les toits ? quelle aventure indigne ! Pourtant, la ville est en plein essor de construction, les blocs résidentiels en hauteur poussent comme des champignons. Le paysage urbain, et celui de la mousticaille, ont évolué. Combien d?inspections ont-elles été faites, disons, depuis les dernières élections, de dalles-bassins, de dalles-jardins, de dalots bouchés ? Il n?est pas sérieux de s?en remettre au ciel pour tous les manquements humains. En plus que d?appliquer les procédures, policiers, inspecteurs municipaux et préposés à l?environnement doivent sortir dans la rue pour identifier les entorses, celles qui relèvent des lois, mais aussi et surtout des autres, qui relèvent des desiderata évidents de la protection de l?environnement urbain. Quel est le bilan municipal typique ? Il est illustré par un record de puanteur aux abords des marchés aux poissons et des toilettes publiques, les ferronneries installées en milieu résidentiel (fonctionnant y compris les dimanches et après les heures), l?usage immodéré du klaxon (claque-son, a-t-on écrit avec justesse et humour), les diffusions tonitruantes des espaces commerciaux et religieux, la fange, les fientes et la crasse de trottoirs disjoints et établis à différents ni-veaux (véritables pièges pour les chevilles et le bon sens), les « brèdes » qui foisonnent dans les caniveaux pleins de boue et les recoins des parkings, la crasse à hauteur des mains, les fritures en plein air, les « gonis » croupissants des marchés. En plus de lois plus strictes, plus fouillées, en plus des jugements de cour lucides, les pollutions urbaines ne seront combattues, en fin de compte, que par des officiers qui, outre le portable dernier-cri, seront munis de la vo-lonté d?utiliser les sens avec lesquels ils sont pourvus à leur naissance : sans doute l?oreille, mais les yeux et le nez aussi.

Les villes logent une proportion grandissante de la population et l?irresponsabilité de leurs gestionnaires augmente à la même vi-tesse. Il y a des religions qui font de l?hygiène personnelle une obligation, mais quid de l?hygiène de tous en milieu urbain ? L?évolution des méthodes dans les fonctionnariats se concentre sur l?informatique et les trafics d?influence et des balances ethniques. Mais l?environnement est celui de tous ; les sectarismes et les particularités n?y ont pas droit de cité.

Les élus (pour quoi faire ?) de-vraient donner le bon exemple quand il s?agit du bien commun. Il n?y a plus de patrouilles policières, plus d?inspections systématiques, de prélèvements. Que se passe-t-il en temps de pluie ? Les fonctionnaires sont soigneusement à l?abri, pas le citoyen dont la vraie vie se déroule sous les cascades des dalots ! Il vaut mieux ne pas parler de sens esthétique et de l?usage salutaire d?un peu de peinture. Cela ne fait pas partie des soucis des gestionnaires des affaires publi-ques. Le ministre des Administra-tions régionales et le maire de Port-Louis s?occupent en priorité de boulons. Le changement de mentalité est commode comme slogan ; il devrait influencer le « mindset » des gestionnaires en premier : élus par les citoyens, payés par les citoyens, ils devraient se mettre plus souvent à la place des citoyens qui attendent un environnement plus sain, plus civilisé. Nous ne sommes plus des nomades du désert, nous vivons dans des villes avec tant d?habitants au mètre carré ; cette con-centration est celle du XXIe siècle pas du VIIe. Les décibels sont la pointe de l?iceberg. Il vaut mieux ne pas s?en remettre au ciel. Le ciel, nous en avons par-dessus la tête ; c?est sur terre que nous devons vivre.

PÉRISCOPE

Publicité