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La Cour suprême honore la mémoire de Sir Raymond Hein
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La Cour suprême honore la mémoire de Sir Raymond Hein
Mi-janvier 1983, la Cour suprême rend hommage à Sir Raymond Hein, décédé le 6 janvier précédent. Prennent la parole à cette occasion, le chef juge, Sir Cassam Moollan, l?Attorney General et ministre des Droits de la Femme, Mme Shirin Aumeeruddy Cziffra et le doyen par intérim du Barreau, Sir Marc David. Participent à cet hommage professionnel, les anciens chefs juges, Sir Maurice Latour-Adrien, Sir Henry Garrioch, Sir Maurice Rault, les proches du défunt, dont son fils Raymond. Me Marc David regrettera plus particulièrement l?absence du pays de Me André Raffray, le doyen du Barreau, car nul mieux que lui est en mesure de rendre l?hommage qu?il faut à un légiste mauricien aussi émérite que Sir Raymond Hein.
Celui-ci est lauréat de la Bourse d?Angleterre en 1920, en même temps que Paul Vigoureux. Il est, en cela, devancé en 1915 par Francis Herchenroder, en 1917 par André Raffray, en 1918 par Maxime de Comarmond mais précède André Nairac (1921), Joseph LeRoy (1923), Paul Nairac (1924), Rampersad Neerunjun (1925), Harold Glover (1927), Michel Rivalland (1929).
Il étudie le Droit au Collège Wadham, à Oxford, où il obtient son M.A. en jurisprudence. Il est appelé au Barreau à Middle Temple, le 6 mai 1925, et prête serment comme avocat devant notre Cour suprême, le 6 novembre suivant. Commence alors une carrière devant faire date dans les annales judiciaires mauriciennes, une de ces carrières pouvant inspirer les plus exigeants de nos jeunes en matière de perfectionnement professionnel et de quête d?excellence.
Cassam Moollan rappelle, à ce propos, que les débuts de Sir Raymond correspondent à une époque particulièrement glorieuse dans nos annales quand des légistes de la trempe des Furcy Herchenroder, des Eugène Serret, des Louis Rouillard, des Edouard Nairac, des Adolphe Duclos, des Roger Pezzani, des Alfred Gellé, des Philippe Raffray, des Amand Esnouf, servent d?exemples et de références à leurs cadets. Ceux-ci, dont les avocats précités, mais encore les Raman Osman, les Jules Koenig, les Maxime de Spéville, apprennent vite et savant se montrer dignes de leurs aînés.
Sir Raymond Hein est élevé au rang des conseillers de la reine en 1956, en même temps qu?André Nairac. Il est fait chevalier de l?empire britannique en 1977, juste reconnaissance officielle d?une vie et d?une carrière irréprochables au service de la Justice de son pays.
Cassam Moollan et Marc David vantent à juste titre la courtoisie coutumière de Sir Raymond. Toujours très attentionné, ne parlant jamais plus que nécessaire, logique et conséquent dans son approche, Sir Raymond est vite connu pour ses contre-interrogatoires d?une extrême finesse et d?une grande perspicacité. Il n?élève jamais la voix, ni ne se permet, crime extrême, de bousculer un témoin de la partie adverse. Il n?est jamais plus redoutable que lorsqu?il pèse ses mots et se montre plus posé que d?habitude. L?on peut deviner alors que l?escarmouche est imminente.
Nul mieux que lui n?a su imposer à tous l?indépendance de notre Judiciaire. Il possède un sens sacré de l?amitié et de la confraternité professionnelle. En aucun cas, il ne se permet la moindre entorse à son code d?éthique personnel, encore plus rigoureux et exigeant que celui de la plupart de ses confrères. De même, il sut demeurer intransigeant dans le respect de ses principes de vie et de ses critères moraux.
Marc David n?oublie surtout pas de saluer en Sir Raymond le grand ami des Belles Lettres, des Beaux Arts et de la musique classique qu?il demeure jusqu?à la fin de ses jours terrestres. Sa traduction du chef d??uvre de Bernardin de Saint-Pierre, «Paul et Virginie», demeure un classique du genre. Faut dire que sa maîtrise de la langue française n?a d?égale que celle de l?anglais. Il demeure aussi un des spécialistes mauriciens du naufrage du «Saint-Géran» auquel il consacre une étude particulièrement éclairante. Jusqu?à la fin de sa vie parmi nous, les ?uvres de Sophocle et d?Homère demeurent ses livres de chevet. La veille de sa mort, il relisait encore quelques-unes des plus belles pages de l? «Odyssée».
Un quart de siècle après sa disparition, rien n?entame la renommée et le prestige professionnel qu?il nous laisse en héritage et qui continuent à inspirer les meilleurs parmi nous.
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