Publicité
La confiance règne
«Dans 100 zour mo pou sanz ou lavi? » En osant cette promesse, Navin Ramgoolam avait placé la barre très haut durant la campagne électorale des législatives. À quelques jours de l?échéance qu?il s?est fixée, un premier bilan de son action gouvernementale peut déjà être établi. L?électorat des cinq villes a donné dimanche dernier un premier avis sur le début de mandat du Premier ministre. Il est positif, si l?on se fie à la très confortable victoire que l?Alliance sociale a obtenue. Le sondage Synthèses-l?express que nous publions indique, lui, que plus d?une personne interrogée sur trois (37,9 %) pense que sa situation matérielle s?est améliorée depuis l?arrivée du nouveau gouvernement.
Dans les rangs du gouvernement, les plus enthousiastes pensent qu?un feel good factor plane sur l?ensemble des citoyens. En tout cas, le Premier ministre semble avoir travaillé, dès les premiers jours de son mandat, pour arriver à ce résultat. Pour cela, il a joué sur deux tableaux. En premier lieu, il a multiplié les mesures populaires et souvent symboliques. D?autre part, il a entamé, en étroite consultation avec Rama Sithanen, le ministre des Finances, un plan de relance économique censé, s?il porte ses fruits, accentuer davantage la relation de confiance entre la population et le gouvernement.
Dans la Presidential Address du 29 juillet, le gouvernement consacre sa philosophie de Putting People First. C?est ce qu?il fera en rétablissant la pension universelle pour tous, en réintroduisant le contrôle des prix ou des marges bénéficiaires sur des produits aussi symboliques que le lait en poudre et pour nourrissons, les médicaments et quelques conserves. Et le gouvernement ne s?épargne aucune occasion de traduire sa philosophie dans la réalité. Cela va jusqu?à, par exemple, l?assouplissement des conditions de suspension ou de rétablissement de la fourniture d?électricité ou d?eau aux mauvais payeurs qui sont en situation précaire.
<B>Pas de big-bang économique</B>
Cette orientation semble avoir marqué les esprits. Ainsi, 76,6 % des personnes interrogées estiment avoir confiance dans l?action entreprise par le gouvernement depuis les élections générales. La mesure « sociale » phare du transport gratuit pour les retraités et les étudiants, appliquée en août a, sans doute, contribué largement à consolider la cote de popularité du gouvernement. Pour le moment, elle est d?ailleurs assez élevée pour amener 87,8 % des personnes interrogées à dire que les actions prises par le gouvernement donnent déjà ou donneront prochainement des résultats satisfaisants.
Mais étrangement, alors que Navin Ramgoolam ne manque désormais plus une seule occasion pour dire que son gouvernement est résolument « social », c?est sur ce chapitre que les sondés se montrent les plus réservés. Toutefois, il faut relativiser cette réserve. Ils ne sont « que » 77,4 % à avoir une bonne opinion de la façon dont le gouvernement traite les problèmes sociaux. Alors qu?ils sont respectivement 87,5 % et 79,4 % à penser que le gouvernement agit de manière positive pour ce qui est des problèmes de politique intérieure et économique.
S?il y a bien un dossier sur lequel le gouvernement est condamné à réussir, c?est bien l?économie. Le Mauricien semble se contenter de peu à ce chapitre. Une personne interrogée sur deux (54,8 %) estime que la situation économique s?est déjà améliorée depuis l?arrivée du nouveau gouvernement. Pourtant, comme l?avait prévenu Rama Sithanen, aucune des mesures qu?il a annoncées jusqu?ici n?était censée générer un big-bang économique. Moins d?une personne sur 10 (7,4 %) pense en revanche que la situation s?est détériorée.
Sur le plan économique, le gouvernement s?est plutôt borné à réorienter les politiques dans plusieurs secteurs économiques, sans jamais entièrement rompre avec le passé. Ainsi dans le textile-habillement et le secteur manufacturier local, c?est à un savant mélange d?abattements fiscaux, d?aides financières, d?apport en conseils et de protection tarifaire qu?utilise le gouvernement. Pour le tourisme, c?est le pari de l?ouverture de l?accès aérien et d?un marketing plus agressif vers l?Europe qui est privilégié pour amener le secteur à connaître un nouveau boom. Toutefois aucune des mesures économiques annoncées jusqu?ici n?est susceptible de porter ses fruits dans un délai aussi réduit que 100 jours.
Peu importe, on veut avoir confiance en l?avenir. L?orientation économique choisie par le gouvernement fait penser à une personne interrogée sur deux (50,1 %) que les perspectives économiques du pays sont meilleures depuis que Ramgoolam est au pouvoir. Tandis que 31,5 % des sondés pensent qu?elles demeurent les mêmes qu?avant. La catégorie des sans-emploi, regroupant retraités et chômeurs, semble être plus optimiste que les autres. Elle pense, à 54,2 %, que les perspectives sont meilleures.
<B>Ne pas s?installer dans une logique populiste</B>
Au-delà des questions économiques, c?est l?apparente absence de clivage dans la manière de voir le bilan du gouvernement qui surprend. En effet, aucune différence significative n?est notée dans la façon dont les villes ou villages, jeunes ou retraités et les différents groupes socio-économiques du pays appréhendent l?action gouvernementale de Navin Ramgoolam. Cependant, les sondés appartenant à la population générale apparaissent légèrement plus circonspects que les autres.
Mais c?est le bilan au-delà des 100 premiers jours qui est le plus important. Le gouvernement aurait tort de s?installer dans une logique populiste consistant, avant tout, à maintenir sa cote d?amour auprès de l?électorat. Il s?agit de ne pas retarder les mesures douloureuses, essentiellement économiques. Le vrai travail commence pour le gouvernement...
Publicité
Publicité
Les plus récents