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?La concurrence entre destinations nous forcera à penser régionalement?

5 août 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

-Air Seychelles était, à un certain moment, la plus petite compagnie d?aviation internationale du monde. Est-ce toujours le cas ?

Il est vrai qu?il y a quelques années, on devait être la plus petite compagnie d?aviation offrant des vols internationaux long-courriers. Je pense que les choses ont changé depuis. Avant 1997, la flotte d?Air Seychelles était composée de deux Boeing, un 757 et un 767, et de trois Twin-Otters pour la desserte inter-îles.

Entre 1997 et 2002, la compagnie a investi pour accroître ses capacités. Nous avons maintenant deux Boeing 767-300 pour les vols long- courriers principalement vers l?Europe, et un Boeing 737 pour le trafic régional, soit vers Maurice, Johannesburg, les Maldives, les Comores et l?Inde.

Nous avons acquis un Shorts 300 de 36 places en remplacement d?un Twin-Otter de 19 places. Au total, nous avons augmenté le nombre de sièges de 126 places.

Aujourd?hui, Air Seychelles brasse un chiffre d?affaires de

US$ 125 millions. Nous avons réalisé un bénéfice de deux millions d?euros l?an passé et nous avons été profitables ces cinq dernières années.

-Comment Air Seychelles vit-elle la morosité de l?industrie du tourisme et du voyage depuis ces deux dernières années ?

Il est vrai que cette industrie a été bouleversée depuis les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Comme tout le monde, nous avons subi les contrecoups immédiatement après. Nous avons enregistré des annulations de la part des voyageurs. Mais celles-ci ont tourné autour de 5 % seulement et non de 10 % à 20% comme chez certaines compagnies d?aviation.

Dans un deuxième temps, nous avons très vite repris du poil de la bête. Les voyageurs recherchaient des destinations sûres et les Seychelles ont cette réputation. Toutefois, je dois avouer que nous avions eu très peur. Nous avions même envisagé d?avoir à rendre le Boeing 737 que nous venions d?acquérir. Finalement, aucun vol n?a été annulé.

Nous avons aussi très bien résisté aux effets de l?épidémie de pneumonie atypique (SARS) ayant un seul vol sur Singapour. Nous n?avons pas beaucoup de touristes singapouriens. Ce vol est surtout rempli par des Seychellois qui vont faire du shopping ou se faire soigner à Singapour. Au retour, nous prenons beaucoup de fret. L?annulation de ce vol pendant quatre mois représente certes un manque à gagner mais ce n?est pas la mer à boire pour la compagnie.

-Les affaires ont donc repris leur cours normal pour Air Seychelles?

Maintenant que le 11 septembre, la guerre en Irak et le SARS sont derrière nous, nous sommes confrontés à une nouvelle difficulté : les réservations se font plus tardivement.

Les voyageurs attendent la dernière minute pour acheter leurs billets car ils savent qu?ils pourront obtenir des remises. Le phénomène est particulièrement notable en Italie et en Allemagne.

Les consommateurs savent comment cela se passe. Ils débarquent à l?aéroport quelques minutes avant le décollage pour acheter leur billet. Ils savent que les compagnies aériennes préfèrent vendre un billet au rabais plutôt que de laisser un siège vide.

-Ce sont donc les compagnies aériennes elles-mêmes qui ont engendré ce phénomène?

L?industrie de l?aviation est à haute intensité de capital. Un Boeing 767 coûte US $ 100 millions. Une compagnie aérienne a beaucoup de coûts fixes en termes de prêt, de crédit-bail, d?assurance et d?entretien. Les coûts fixes représentent 50 % du coût total.

Notre priorité est donc d?opérer et de voler au maximum pour couvrir les coûts variables. Dans une telle situation, il vaut mieux vendre un siège avec une remise plutôt que de le laisser vide.

L?autre option est d?augmenter le prix du billet, mais là nous rencontrons beaucoup de résistance. Les tour-opérateurs tiennent le marché. Ce sont eux, dans une grande mesure, qui déterminent les prix. Ils jaugent les différentes destinations, les divers packages et calculent les prix comparativement. Il vaut mieux offrir des deals que de décoller vide.

Le monde de l?aviation est quelque peu irrationnel. La logique veut que tout le monde soit d?accord pour une hausse des prix des billets d?avion. Mais nous voyons, au contraire, des offres de rabais. Il y a toujours quelqu?un qui tentera un coup pour tirer avantage de la situation. L?aviation c?est un peu comme l?Opep, l?organisation des pays producteurs de pétrole. Il arrive difficilement à s?entendre sur la production et les prix.

-Ce que vous nous dites là est en contradiction avec la perception populaire selon laquelle les compagnies d?aviation travaillent en cartel?

Même quand nous opérons en joint-venture avec une autre compagnie, il n?est pas toujours aisé de s?entendre. Tout le monde pense que nous décidons ensemble des prix. Mais dans la pratique, ce n?est pas aussi simple. Lors des discussions, nous faisons nos calculs mais nous sommes confrontés à la même réalité. A cause de la concurrence, notre avion risque de décoller à vide si nous majorons nos prix. Notre priorité est, au contraire, de le remplir au maximum pour couvrir les frais fixes qui sont très élevés.

Il y a deux niveaux de compétition : entre les compagnies d?aviation et entre les destinations. Pour des destinations touristiques comme les Seychelles et Maurice, la compétition venant d?autres destinations ayant les mêmes caractéristiques, est omniprésente. Nous devons donc faire très attention dans notre politique de prix. Un touriste potentiel qui se rend chez son tour-opérateur va d?abord voir son budget avant de choisir entre des destinations qui, pour lui, sont comparables. Si cela coûte moins cher d?aller aux Caraïbes, il ne viendra pas aux Seychelles.

-Il semble que le concept d?un tourisme régional pour les îles de l?océan Indien n?a pas beaucoup progressé dans la pratique ?

Cette idée avait été longuement étudiée en 1997. Elle avait même débouché sur la création d?une compagnie d?aviation régionale avec la participation d?Air Mauritius, Air Seychelles et Air Madagascar notamment. Finalement cela n?a pas abouti.

Il n?empêche qu?Air Mauritius et Air Seychelles ont chacune poursuivi cette stratégie régionale. Pour ce qui est du tourisme régional, cela se développe lentement.

Air Seychelles, Air Mauritius et Air Austral ont lancé, il y a six mois, un Indian Ocean Pass. Un touriste qui achète ce package peut, avec un seul billet vendu à un prix forfaitaire, visiter Maurice, les Seychelles et la Réunion. Il vaut mieux offrir trois ou quatre destinations en un seul package plutôt qu?une seule. C?est une tendance qui est appelée à se développer. Le nombre de touristes sud-africains se rendant aux Seychelles puis aux Maldives pour faire de la plongée est en croissance.

Alors qu?au départ, il y avait un vol sur Johannesburg, nous en avons maintenant quatre. Il y a désormais deux connexions sur les Maldives à partir des Seychelles au lieu d?une. Un autre axe entre la France, les Comores et les Seychelles, se développe.

Le circuit Maurice-Seychelles-Dubayy était également à l?étude, mais lorsqu?Emirates est arrivée, l?équation a changé. Pour le tourisme régional, l?important c?est de développer les connexions.

-La concurrence entre les destinations et entre les compagnies aériennes n?est-elle pas un frein au développement de ce circuit touristique régional ?

Le concept fait son chemin quoique lentement. Je ne pense pas que ce soit lié à la compétition. En fait, la vraie difficulté est que nos compagnies aériennes ont d?autres priorités.

Elles privilégient toutes les vols long-courriers vers l?Europe car c?est leur core business, leur gagne-pain. C?est pour cela que le maximum d?efforts et de ressources sont investies dans les vols long-courriers. Il faut à tout prix que les dessertes vers Londres et Paris marchent au mieux. Air Mauritius et Air Seychelles ont les mêmes priorités et la même stratégie à ce sujet.

Toutefois, au fil du temps, les compagnies aériennes se sont rendues compte que les lignes régionales marchent aussi bien et elles ont commencé à y mettre davantage de ressources. Avec la compétition venant des autres régions de la planète, nous aurons un jour ou l?autre à développer davantage ce concept de circuit touristique océan Indien.

Pour en revenir à la concurrence entre les îles de la région, il y a deux écoles de pensée. Il y a ceux qui pensent que le nombre de jours qu?un touriste passe aux Seychelles est autant de jours qu?il ne passera pas à Maurice. Mais il y a aussi ceux qui pensent que c?est le combiné Sey-chelles-Maurice qui a décidé le touriste à venir dans l?océan Indien, sinon il serait allé ailleurs.

J?adhère à la deuxième école de pensée. Je préfère qu?il y ait quelque chose à partager plutôt que rien du tout : zéro divisé par deux donne zéro.

Quand Air France et British Airways effectuaient la liaison Europe-Maurice via les Seychelles, il y avait 20 000 touristes qui séjournaient annuellement dans les deux pays. C?est un trafic qu?il faut récupérer.

Propos recueillis par

Stéphane Saminaden

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